« C’est une première pour un constructeur automobile en France », lance Thierry Koscielniak, directeur des opérations de l’après-vente du groupe Renault. Derrière lui, se dresse la structure qui lui vaut ces propos empreints d’une certaine fierté… et qu’il serait impossible de ne pas remarquer : de multiples rangées d’étagères en aluminium dont on voit à peine le bout, alignées au cordeau et hautes d’une douzaine de mètres.
Le bruit ambiant, sans être assourdissant, donne un indice sur le « manège » qui s’y déroule. Des robots mobiles de la licorne française Exotec circulent dans les allées et grimpent entre les étagères pour aller récupérer des bacs plastiques contenant des pièces de rechange – balai d’essuie-glace, pièce de carburateur, câblerie électrique… - commandées quelques minutes plus tôt.
Les Skypod – c’est leur petit nom - les transportent ensuite jusqu’aux 14 stations de picking, de part et d’autre de la structure. Là, les opérateurs prélèvent les pièces pour les ranger dans des cartons, qui seront acheminés par convoyeur dans la zone de palettisation, une centaine de mètres plus loin, où s’affichent les destinations. Les camions attendent pour effectuer leur livraison jusqu’aux clients, par exemple des réseaux de concessionnaires et de garagistre. Un cycle qui se répète sans relâche tout au long de la journée…
Frédéric Monflier Au second plan, un robot Exotec monte pour aller chercher un bac. L'entreposage bénéficie d'une double densité (deux bacs placés l'un derrière l'autre, du même côté d'une étagère). Les robots se localisent grâce à leur lidar et à un algorithme de localisation classique de type Slam.
C’est à Villeroy, dans l’Yonne, que le système robotique Skypod, automatisant le stockage dans les trois dimensions pour le densifier, est donc désormais implanté. La bourgade accueille l’immense site logistique du groupe Renault, qui s’étale sur à perte de vue sur 152 000 m2 et quatre bâtiments. C’est l’un des trois entrepôts du constructeur automobile en France.
Un gain en agilité et en qualité
Le site de Villeroy est devenu un centre stratégique dans la chaîne logistique du groupe Renault, distribuant dans toute la France et dans les pays voisins 110 000 références de pièces pour tous les modèles de véhicules de la marque au losange. Quelque 40000 commandes y sont traitées par jour.
« L’accroissement de notre activité demandait une solution de rupture », argumente Thierry Koscielniak. Une solution fournie par le lillois Exotec, créé en 2015 et dont les robots ont aujourd’hui fait leur preuves dans 15 pays. Occupant le bâtiment sud, le système est opérationnel depuis mai dernier, au terme d’un chantier commencé un an plus tôt.
Dans un monde où tout va toujours plus vite, Skypod est un avantage concurrentiel, accélérant significativement la cadence en comparaison avec la méthode précédente principalement manuelle. « On est passé de 120 à 20 minutes pour traiter une commande, poursuit Thierry Koscielniak. On a gagné en agilité – les flux sont fluidifiés et la gestion des commandes est optimisée - et en qualité, grâce à un contrôle pondéral, vérifiant le poids des cartons, et à l’augmentation du remplissage des cartons. »
4000 lignes de commande par heure
Le système d’Exotec peut prendre en charge 4000 lignes de commandes par heure et augmentera de 25% le nombre de commandes servies, d’après Renault. Comme dans le retail et l’e-commerce, secteurs de prédilection d’Exotec, Skypod s’applique ici à de petites pièces, stockées dans des bacs d’une contenance de 60 litres, ce qui correspond à un catalogue de 20000 références. Une machinerie qui tient compte de la fréquence de demandes des pièces pour un rendement optimal.
L’installation de Villeroy ne propose aucune évolution technologique majeure de la part d’Exotec. Mais c’est « une étape supplémentaire, en matière de complexité et du nombre d’équipements pilotés », signale Thomas Genestar, directeur général Europe de l’ouest de l’entreprise nordiste. Outre la flotte de 191 robots mobiles, on compte en effet 500 mètres linéaires de convoyage Skypath, de marque Exotec. S’ajoutent à cela des imprimantes d’étiquettes de suivi et de livraison (avec encodage RFID) et des formeuses et fermeuses de cartons, de marques tierces.
Deepsky, le chef d'orchestre
Inutile de dire qu’un bon chef d’orchestre doit superviser et coordonner l’ensemble. Il se nomme Deepsky, le logiciel d’exécution d’entrepôt (WES, warehouse execution system) qu’Exotec a lancé il y a deux ans. Le WES est un système informatique de plus bas niveau que le WMS (warehouse management system). Il réceptionne les commandes transmises par le WMS et pilote tous les automatismes pour que ces commandes soient traitées au plus vite.
« Deepsky nous permet d’accélérer sur le métier d’intégrateur de solution, souligne Thomas Genestar. C’est crucial, car le client a rarement besoin d’un unique système Skypod mais d’une solution logistique comprenant différentes fonctions à incorporer. » Exotec, qui consacre 15% de son chiffre d’affaire à la R&D, prépare deux projets plus ambitieux encore aux Etats-Unis et en Europe.



