Analyse

CGG, Vallourec, TechnipFMC... Le parapétrolier joue sa survie

Variable d’ajustement du secteur, les services pétroliers ne se sortiront pas seuls de cette nouvelle crise, alors qu’ils reprenaient tout juste leur souffle après avoir frôlé la noyade en 2017.

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Le groupe TechnipFMC a dû reporter sa scission et annoncer un plan d’économies.

Mi-février, Moody’s qualifiait de "fragile" la reprise du secteur parapétrolier européen, dans un contexte où le baril de Brent valait 60 dollars. Trois semaines plus tard, l’épidémie chinoise de coronavirus devenait une pandémie mondiale, la demande de pétrole s’effondrait et le cours du baril était divisé par deux. "La hausse des investissements dans l’exploration-production va soulager les services pétroliers après plusieurs années difficiles", espéraient encore les analystes de Moody’s. Un mois plus tard, les compagnies pétrolières coupaient les budgets de 20 à 25 %.

"Cette fois, les entreprises du parapétrolier ne s’en sortiront pas seules, affirme Moez Ajmi, associé EY responsable du pétrole et du gaz. On a vu, avec TechnipFMC, que les consolidations horizontales ne généraient pas forcément de la valeur. On peut questionner des intégrations verticales, mais chez les pétroliers, l’exploration-production n’est clairement plus prioritaire."

Selon lui, le secteur n’a que deux recours : "Soit, comme BP après 2014 avec le parapétrolier britannique, Total fait preuve de solidarité et de responsabilité, en privilégiant un peu le nationalisme pour favoriser le parapétrolier français, soit l’État intervient, comme dans l’automobile".

Moez Ajmi n’envisage pas qu’un secteur qui a mis cinq ans à reprendre son souffle après la crise de 2014 puisse s’en sortir sans aide, alors que la période est bien plus dure et que tous les leviers – restructurations, réductions de coûts et licenciements – ont déjà été activés.

Les efforts de CGG douchés par les projets annulés

En tête des groupes les plus menacés, on retrouve une nouvelle fois CGG. Le spécialiste de la géophysique, qui a frôlé la faillite en 2017, s’est restructuré autour de l’analyse de données, des géosciences et des équipements, abandonnant son activité historique d’acquisition de données et sa flotte. Cette restructuration adroite menée par deux anciens de Schlumberger, Sophie Zurquiyah à la direction générale et Philippe Salle à la présidence du conseil d’administration, réduit un peu l’exposition du groupe aux fluctuations des budgets d’exploration. Le 6 mars, alors qu’échouaient les négociations à l’Opep+, CGG insistait sur la solidité de son carnet de commandes, en hausse de 34 % à 537 millions de dollars. Malheureusement, les reports et les annulations de projets annoncés début avril ne l’épargneront pas. "Nous entrons dans l’environnement actuel avec 622 millions de dollars de trésorerie, un nouveau profil plus résilient, aucune dette obligataire à rembourser avant avril 2023 et aucun besoin de refinancement", insistait Sophie Zurquiyah le 8 avril. Pourtant, les objectifs financiers communiqués le 6 mars, "fondés sur un prix du baril de Brent de 55 à 65 dollars, ne sont plus pertinents", reconnaît CGG, qui publiera des objectifs actualisés le 12 mai.

Vallourec taille dans les coûts et les effectifs

Vallourec, pas tout à fait remis de la chute de 50 % des investissements dans l’exploration-production entre 2014 et 2016, affichait pourtant des résultats encourageants pour l’année 2019. Le chiffre d’affaires était reparti à la hausse (+ 6 % à 4,2 milliards d’euros). En février 2019, le fabricant de tubes français signait un contrat de 900 millions de dollars (environ 814 millions d’euros) avec Abu Dhabi National Oil Company (Adnoc). Mais la triple crise qui allie le Covid-19 à l’effondrement des prix et des investissements pétroliers vient gâter le fruit d’un drastique plan d’économies, de suppressions de postes et de cessions d’actifs en France (dont l’aciériste Ascoval), en Allemagne (1 100 postes supprimés) et en Chine, suite au ralentissement des constructions de centrales électriques au charbon. Ce redressement était aussi dû au rebond des gaz de schiste aux États-Unis en 2017-2019.

Mais dès le 20 mars, Vallourec alertait sur les impacts de la crise sur ses activités, surtout en Amérique du Nord "où de nombreux opérateurs du pétrole et du gaz non conventionnel annoncent leur volonté de réduire fortement leurs plans de forage". Officiellement, les États-Unis tablent sur une réduction naturelle (par déplétion des puits et réduction des forages) de 2 millions de barils par jour d’ici à la fin de l’année. Ryan Sitton, commissaire à la Railroad commission du Texas, envisage plutôt 4 millions de barils de réduction.

Le 6 avril, Vallourec taillait dans le vif avec un plan de suppression de 900 postes, soit le tiers de ses effectifs aux États-Unis et près de 5 % de ses effectifs mondiaux (19 000 personnes à fin 2019). Lors de l’assemblée générale à distance tenue ce jour-là, le nouveau président Edouard Guinotte, qui a remplacé Philippe Crouzet le 16 mars, a détaillé un nouveau plan d’économies de 200 millions d’euros et tracé de nouvelles voies de diversification, insistant sur l’innovation dans la géothermie, l’éolien offshore, la réduction de CO2 et l’hydrogène. Pas de quoi leurrer les actionnaires, privés de dividendes cette année, ou assurer l’avenir immédiat du groupe.

TechnipFMC réduit ses investissements

Chez TechnipFMC, né de la fusion en 2016 de l’américain FMC et du français Technip au sortir de la crise de 2014, tous les nouveaux plans s’effondrent. La greffe n’avait pas vraiment pris, en raison de logiques financières et de développement divergentes. Fin août 2019, le groupe avait annoncé sa scission en deux entités aux périmètres un peu différents de ceux des entreprises initiales. Il y avait urgence. L’entité s’enfonçait dans le rouge, avec une perte de 2,4 milliards de dollars sur l’exercice 2019, supérieure à celle de l’année précédente (- 1,9 milliard). Plutôt qu’une scission entre égaux, il s’agit d’isoler les activités d’ingénierie dans une entité baptisée Technip Énergies, implantée en France et dirigée par Catherine MacGregor, une ancienne de Schlumberger. Mais le 15 mars, en pleine crise de l’Opep+, la scission était reportée, les conditions de marché n’étant "pas propices". Le 1er avril, le groupe annonçait une réduction de 30 % de ses dépenses d’investissement, ramenées à 300 millions de dollars en 2020.

"Le parapétrolier reste la variable d’ajustement", relève Moez Ajmi. Il est plus facile, en temps de crise, de couper l’exploration et les nouveaux projets que de réduire la production. L’expert veut pourtant croire à "un mouvement de solidarité des compagnies envers leurs sous-traitants". Il souligne un autre risque : "Cette industrie a perdu beaucoup d’attractivité, alors que son principal atout est l’expertise. S’ils licencient, ce savoir-faire sera perdu à jamais."

Jean Cahuzac, président d’Evolen, groupement des entreprises parapétrolières et paragazières de France : "Le risque de rachat ou de faillite n’est pas à négliger"

L'Usine Nouvelle. - Êtes-vous prêts à solliciter une intervention directe de l’État, y compris en capital ?
Jean Cahuzac. - Le soutien aux trésoreries s’applique à notre filière comme aux autres. En revanche, le soutien aux exportations est moins proactif que dans d’autres pays européens. Or, nous rencontrons des difficultés d’approvisionnement et de mise en quarantaine des équipes dans des zones moins bien équipées en structures médicales, liées à notre forte présence à l’international.

Les parapétrolières n’ont plus de marges sur leurs coûts. Quels sont leurs leviers pour augmenter leur résilience ?
Amélioration des procédures, des méthodes de travail, tout cela a déjà été fait. Beaucoup d’entreprises de la filière ont une stratégie de capture des opportunités créées par la transition énergétique, à la fois en décarbonant les procédés d’extraction du pétrole et du gaz et en développant des énergies nouvelles. Il faut absolument que ces projets, même pas immédiatement rentables, soient maintenus et financés par les secteurs financier et pétrolier.

Craignez-vous, cette fois, des faillites ?
Absolument. Les mesures gouvernementales d’aide aux industries face au Covid-19 sont positives. Mais cette crise risque d’être très difficile. Le savoir-faire et l’innovation des parapétrolières françaises sont parmi les plus reconnus dans le monde. Le risque de rachat de certaines sociétés par des compagnies étrangères n’est pas à négliger. D’où le soutien nécessaire de tous les acteurs.

 

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