Les plans de Renault en Russie s’effondrent. Le 23 mars au soir, le constructeur automobile a décidé de suspendre jusqu’à nouvel ordre les activités de son usine de Moscou en Russie. Une autre annonce fait l’effet d’un tremblement de terre dans la stratégie du groupe : Renault évalue désormais « les options possibles concernant sa participation dans Avtovaz », la société qui assure la production des voitures Lada.
Entre les lignes, Renault fait comprendre qu’il prépare un éventuel désengagement dans sa coentreprise avec l’entreprise d’État russe Rostec. Un partenariat de plus en plus difficile à défendre devant les pressions politiques et alors que les sanctions économiques pleuvent sur la Russie. Mais cette retraite est loin d’être évidente pour le groupe français qui commence à peine à redresser ses finances. Explications des conséquences financières et industrielles en cinq chiffres.
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C’est le nombre de véhicules vendus par Renault en Russie en 2021. Grâce à Lada, le constructeur français domine le marché russe avec une part de 28,8% sur les véhicules particuliers et utilitaires. Un succès qui expose aussi très fortement les comptes du groupe. En 2021, la Russie représentait presque 18% des ventes mondiales de Renault en volumes. D’un point de vue financier, l’activité d’Avtovaz représentait à elle seule 2,8 milliards d’euros (soit 6,2% du chiffre d’affaires du groupe). Et il faut ajouter à cela les ventes engendrées par Renault hors Avtovaz en Russie.

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Il s’agit de la participation détenue par Renault dans la coentreprise Avtovaz. Le reste, 32%, appartient à Rostec, un groupe public russe qui intervient principalement dans l’industrie militaire. Mais même si Renault représente l’actionnaire majoritaire d’Avtovaz, l’État russe pèse beaucoup dans les décisions. En 2016, le camp russe avait fait pression pour écarter le patron d’Avtovaz, Bo Andersson. Nul doute que l’avenir de l’entreprise dépendra encore du bon vouloir du Kremlin. Pour riposter aux sanctions économiques, le pouvoir russe a évoqué de possibles nationalisations d’entreprises étrangères. Dans cette crise internationale, il sera en tout cas difficile pour Renault de vendre ses parts dans Avtovaz à un acteur étranger.
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C’est le nombre de salariés de Renault en Russie. Le constructeur dispose de trois usines sur place. Deux sites sont gérés à travers Avtovaz : ceux de Togliatti et d’Izhevsk qui produisent principalement des Lada. Renault dispose aussi d’un site hors Avtovaz à Moscou où le groupe assemble des Duster, des Arkana ou encore des Nissan Terrano.
Ces trois sites ne fonctionnent pas en vase clos et ils ont tous subi des arrêts de production depuis le début de la guerre. « Avtovaz assemble des moteurs et boîtes de vitesses pour Renault et Nissan », indique le constructeur dans son document d’enregistrement universel de 2020. Les décisions prises sur l’avenir d’Avtovaz auront donc également un impact sur l’avenir du site moscovite.
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C’est la chute du cours de Renault entre le 24 février et le 24 mars. Mi-février, le constructeur pouvait encore se féliciter d’avoir retrouvé un résultat net positif en 2021. Mais l’exposition de Renault en Russie n’a pas échappé aux investisseurs… Et l’industriel devra gérer des crises ailleurs qu’en Russie : pénuries de semi-conducteurs, inflation des matières premières, flambée des prix de l’énergie… Malgré ces sombres perspectives, Renault espère atteindre une marge opérationnelle de 3% en 2022 (contre un objectif initial de 4% et un résultat de 3,6% en 2021) et le président du groupe Jean-Dominique Senard veut se montrer rassurant sur la stratégie à long terme de l'entreprise.
2008
C’est l’année où Renault est entré au capital d’Avtovaz, sous l’impulsion de son ancien patron Carlos Ghosn. Les défis étaient nombreux : moderniser l’appareil industriel, améliorer la qualité des véhicules, réduire les coûts par des vagues de licenciements massifs… En se désengageant de la coentreprise, Renault pourrait tirer un trait sur deux décennies d’investissements qui avaient permis de redresser les résultats d'Avtovaz en 2018. L'année 2022 pourrait marquer la fin de ce partenariat fructueux.



