Entretien

Bourget 2025 : «Les start-up sont un moteur de l’innovation de la défense européenne», pour la fondatrice du fonds Expansion

Le fonds Expansion ambitionne de devenir incontournable pour le financement des start-up européennes de l’aéronautique. Et mise sur le salon du Bourget pour attirer de nouveaux investisseurs. Sa fondatrice, Sandra Budimir, revient sur son bilan depuis sa création il y a trois ans et ses ambitions en pleine montée en puissance du secteur de la défense.

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Sandra Budimir
La fondatrice du fonds Expansion, Sandra Budimir, tente de propulser les start-up européenne de la défense sur ledevant de la scène.

L’Usine Nouvelle – Pourquoi avoir lancé le fonds Expansion, il y a trois ans ?

Sandra Budimir, gérante du fonds Expansion – L’objectif était de proposer du financement en capital via des fonds privés aux start-up du secteur aérospatial et de la défense, ce qui était le cas aux Etats-Unis depuis longtemps, mais pas encore en France. Les start-up avaient du mal à intéresser les marchés et les banques. Or peu à peu, le cycle d’investissement de ce type d’entreprises a commencé à correspondre à celui des cycles financiers d’investissements, soit une dizaine d’années environ. L’idée était donc de fournir un soutien financier pour leur permettre de développer leurs technologies et les accompagner, en leur apportant un suivi et un soutien personnalisés, ainsi qu’une plus grande visibilité auprès des investisseurs traditionnels.

Mais d’autres mécanismes apportaient des soutiens aux start-up…

Oui, en Europe, les financements publics existaient, certains industriels s’étaient rapprochés en ce sens, mais, encore une fois, le secteur souffrait de l’absence d’investissements privés. Des fonds d’investissement dédiés ont vu le jour en France, mais sans avoir de dimension pan-européenne. Les politiques avaient une forte volonté d’entrer sur le marché de l’investissement en Europe, mais sans vraiment savoir comme s’y prendre, dans le new space en particulier. Nous sommes finalement parvenus à monter un fonds réellement pan-européen, de droit français, avec des succursales au Luxembourg et à Stockholm.

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Pourquoi participez-vous au salon du Bourget ?

Il y a habituellement peu d’investisseurs au Bourget. Nous avons décidé d’y être pour attirer les investisseurs traditionnels, et avons donné rendez-vous à des acteurs qui n'y sont pas habitués, comme des banques et des assurances. Ils vont venir voir de leurs propres yeux des innovations qui ne sont plus des produits qu'on développe dans un garage, mais qui sont là, bien réels.

Quel est votre bilan depuis le lancement du fonds ?

Nous avons démarré la levée de fonds avec un premier closing de 137 millions d’euros qui a eu lieu au dernier trimestre 2024, surpassant notre objectif initial de 100 millions d’euros. Y ont contribué le Fonds européen d’investissement, Bpifrance, des banques, des assurances, ainsi que des family offices. A ce jour, nous avons déjà déployé un peu plus de 40 millions d’euros au travers de de 23 start-up, et ce dans sept pays européens. Nous sommes aujourd’hui le plus gros investisseur aéronautique et spatial indépendant en Europe.

Des exemples de starts-up dans lesquelles vous avez investi ?

Je peux citer Look Up en France, portée par le général Friedling, Space Cargo Unlimited au Luxembourg, lancée par Nicolas Gaume, ou bien encore Atmos Space Cargo en Allemagne, qui développe une capsule de ré-entrée dans l’atmosphère pour objets envoyés et produits en orbite spatiale. Nous avons aussi investi dans Ascendance près de Toulouse, qui développe des technologies pour accélérer la decarbonation dans le secteur aérien, et ExoBiosphere au Luxembourg, qui fait de la recherche médicale en environnement de microgravité. Le secteur de la défense est également de plus en plus actif et dynamique, notamment en France. Nous avons investi dans la société Alta Ares, qui développe une solution de reconnaissance à base d’IA pour des drones, notamment dans des contextes conflictuels.

Outre des capitaux, qu’apportez-vous à ces acteurs ?

Nous dé-risquons l’investissement auprès des autres investisseurs. Nous sommes un fonds spécialisé, avec des ingénieurs experts de ces domaines. Beaucoup d’investisseurs maintenant veulent investir dans l’aérospatial et la défense, mais ne savent pas exactement comment s’y prendre ; nous sommes alors vus comme un partenaire de choix du fait de notre expertise sectorielle. Nous avons vu passer un millier de start-up sur trois ans et plus de 250 au cours du premier trimestre de cette année uniquement. Lorsqu’une start-up a levé des fonds, elle devient rapidement très courtisée. Notre rôle est alors de les aiguiller sur les bonnes fées que l’on peut mettre au-dessus de leur berceau.

Que peuvent apporter les start-up à un secteur comme la défense ?

Les start-ups peuvent contribuer à renforcer le secteur défense en Europe. Il y a des besoins critiques de pouvoir produire en masse et à l'échelle de nouveaux types de produits, par rapport à ceux qui nécessitent des dizaines, voire des centaines, des millions d’euros de développement. Cela concerne notamment des capacités de production de drones de plusieurs milliers d’exemplaires par mois, en Chine et en Russie. Ce type de société va amener un changement de paradigme avec des matériaux différents, des manières de produire différentes, des technologies différentes.

Assiste-t-on à un changement de perception quant à l’importance des start-up dans les milieux industriels et politiques ?

Il y a encore dix ans, les start-up n’étaient pas du tout considérées dans le secteur aéronautique et spatial. Au Bourget, leur place a longtemps été dérisoire. Aujourd’hui, il y a tout un hall qui leur est dédié. Les start-up ont longtemps représenté un accessoire, désormais, elles sont un des moteurs de l’innovation de la défense européenne. Elles ont radicalement changé la donne dans le conflit ukrainien en apportant une vague d’innovation technologique majeure. Elles révolutionnent le paysage industriel. Je suis certaine que la base industrielle et technologique de défense (BITD) va être bouleversée très prochainement. Beaucoup de programmes aujourd’hui sont développés avec des briques technologiques sourcées dans des start-ups.

Mais leur émergence ne doit-elle pas être maîtrisée pour éviter qu’elles soient en surnombre ?

Nous sommes en effet à la veille de ce que l'on peut appeler une période de consolidation du marché. Certaines, dans des segments communs, commencent à discuter de rapprochements éventuels. Pouvoir bénéficier d’un continuum de financement public et privé est désormais critique, pour qu’au niveau européen nous puissions prendre une direction stratégique afin d’aller vers un marché plus unifié. C’est le cas par exemple de l’Agence spatiale européenne qui a lancé le European Launcher Challenge, lequel a mené à l’organisation de consortiums afin notamment d’éviter le saupoudrage.

Propos recueillis par Olivier James

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