Et maintenant, ils volent ! En 2023, les jeunes pousses de l’aéronautique développant des aéronefs électriques et hybrides avaient fait parler d’elles lors du dernier salon aéronautique du Bourget (Seine-Saint-Denis), dévoilant leurs démonstrateurs et engrangeant nombre de commandes. Cette année, signe de la maturité acquise par leurs projets, plusieurs d’entre elles ont pu faire voler leurs engins dès le premier jour des festivités, le 16 juin. «Ce n’est pas la première fois que des appareils de ce genre volent durant le Salon, mais clairement, le plateau s’est enrichit», confie Guillaume Bourdeloux, le directeur général du Salon International de l'Aéronautique et de l'Espace (SIAE). Aura Aero, VoltAero, Beta Technologies… Les appareils bas carbone assurent leur part de spectacle.
Lors de la précédente édition du salon, le Velis Electro du slovène Pipistrel ainsi que le Volocity de l’allemand Volocopter avaient pu effectuer quelques vols. Le premier – appartenant au groupe américain Textron – est toujours dans la course et fait voler cette année encore son appareil de formation, le seul appareil électrique certifié à ce jour. Quant au second, il a déposé le bilan avant d'être repris, en 2025, par le groupe chinois Wanfeng.
L'Integral E d'Aura Aero fait sa première apparition
Les dizaines d’acteurs qui ont éclos sur ce segment ces dernières années visent à développer des engins de petites dimensions capables d’effectuer des trajets de quelques dizaines ou centaines de kilomètres, et tablent pour la plupart sur une commercialisation avant la fin de la décennie. Le salon devrait être pour eux l’occasion de décrocher une nouvelle vague de commandes auprès de clients intéressés par des usages comme le tourisme, l’aviation d’affaires, l’évacuation sanitaire, voire, pour certains, le militaire.
C’est le cas du toulousain Aura Aero, avec l’Integral E, déclinaison tout électrique de sa gamme d’avions thermiques, les Integral R et S. Les trois appareils ont participé dès le lundi matin au vol inaugural de cette nouvelle édition du Bourget. «C’est sa première apparition publique depuis son premier vol, en décembre dernier», sourit Jérémy Caussade, le patron de l'entreprise fondée en 2018. Destiné à l’entraînement, l'engin pourrait être certifié fin 2026 et cumule un peu plus de 200 pré-commandes.

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VoltAero fait voler son appareil hybride
Surtout, la jeune pousse veut développer un appareil de bien plus grande envergure, l’appareil régional hybride électrique de 19 places dénommé ERA. Son premier vol pourrait intervenir en 2027 et être certifié l’année d’après. Il a engrangé quelque 650 intentions d’achats. Comme tous les autres avion d’Aura Aero, il doit être assemblé dans deux futures usines, à Toulouse, et au niveau de l’aéroport de Daytona, aux Etats-Unis.
Même satisfaction pour VoltAero, un autre français, parmi les plus avancés dans ce domaine. L’appareil hybride Cassio S (une version bêta) a lui-aussi volé dès le premier jour. «Il cumule 200 heures de vol et s’est rendu auprès de plus de 40 aéroports», s’enthousiasme Jean Botti, le charismatique patron de l’entreprise, ex directeur de la technologie chez Airbus. Si l’engin est issu d’un Cessna, une maquette quasi taille réelle sur le statique donne à voir à quoi ressemblera la version définitive de ce premier avion, le Cassio 330, capable de transporter cinq personnes. «Nous visons une certification fin 2027», glisse le dirigeant.
Comme Aura Aero, VoltAero pourra compter sur deux usines pour la production de sa gamme d’avions hybrides, qui s’étoffera avec le Cassio 480 (6 places) puis le Cassio 600 (10-12 places). Outre le site basé au niveau de l’aéroport de Rochefort (Charente-Maritime), inauguré fin 2024, l’entreprise tricolore va s’implanter, comme sa compatriote, aux Etats-Unis. VoltAero affiche quelque 250 pré commandes. Un chiffre qui pourrait grimper d’ici la fin du salon.
Beta Technologies fait le show
Autre acteur sur le segment des petits aéronefs électrifiés à se distinguer au premier jour du salon : l’américain Beta Technologies, avec son Alia CX300, visible sur le statique de l’aérodrome du Bourget. Il sera disponible en version VTOL (atterrissage et décolle vertical) et CTOL (atterrissage et décolle conventionnel). «C’est un appareil de cinq places, tout électrique, qui cumule quelque 600 commandes et options d’achats», assure une porte-parole. La certification pourrait être décrochée d’ici 2026 pour cet aéronef qui sera en mesure de franchir quelque 280 kilomètres.
Alors que Beta Technologies a levé plus d’un milliard de dollars, elle compte parmi ses principaux clients les géants de la livraison UPS et Amazon. Mais les regards des dirigeants de l’entreprise, basée à South Burlington (Vermont), se tournent aussi vers la défense. L’US Air Force et l’US Army ont déjà mordu à l’hameçon, ayant même effectués des exercices. «Les armées explorent les possibilités comme l’évacuation de personnes et le transport de pièces», précise la porte-parole de cette société créée en 2017.
Il s’en est fallu d’un cheveu pour que d’autres acteurs puissent aussi faire voler leurs engins électrifiés. C’est le cas du chinois Ehang, qui a décroché cette année une certification pour l’exploitation de son eVTOL autonome de deux places, déjà vendu à plus de 300 exemplaires, en Chine. «EHang se préparait pour le salon du Bourget, confirme à L’Usine Nouvelle Jonathan Wang, le directeur des opérations de l’entreprise. Cependant, en raison du temps considérable que prennent les formalités douanières, le transport, les enquêtes sur le terrain, nous avons malheureusement conclu que notre modèle EH216-S ne serait pas en mesure d'arriver à temps.» Le petit appareil est toutefois visible au sol.
Certains restent scotchés au sol
Même contretemps pour l’américain Archer, dont l’impressionnant eVTOL, dénommé Midnight, est visible durant toute la semaine mais seulement niché dans un hall d’exposition. «Il volera sans doute pour la prochaine édition», pronostique Julien Montousse, vice-président du design et de l’innovation chez Archer. L’appareil a effectué son premier vol début juin. La société vise une certification aux Emirats arabes unis à brève échéance pour son engin capable de transporter cinq personnes (dont le pilote). Et assure avoir engrangé plus d’un millier de pré-commandes. Son usine basée en Géorgie sera capable d’assembler à termes quelque 750 appareils par an, assure l’expert.
L’escadrille des aéronefs électriques et hybrides compte aussi d’autres noms présents au Bourget, qui comptent être aperçus dans le ciel aux prochaines éditions. C’est le cas des français Ascendance, Blue Spirit Aero, et Beyond Aero, mais aussi des américains Joby et Wisk, du suisse Smartflyer et du néerlandais Elysian Aircraft, avec son ambitieux projet d’appareil de 100 passagers, encore à l'état de maquette.
Des acteurs qui vont devoir relever les nombreux défis de l’électrification des appareils, en particulier au niveau des batteries dont les performances vont devoir être améliorées. Les partenariats avec des acteurs traditionnels, tels que les motoristes et fournisseurs d’avionique devraient se multiplier. Le partenariat entre Safran et Saft dans les batteries électriques, annoncé le matin même de l'ouverture du Bourget, démontrent la volonté de la filière à investir dans l'électrification des appareils.



