Aucun doute que cette 55e édition du Bourget fera la part belle aux filières de la défense et du spatial. Avec une nouveauté lourde de sens : ArianeGroup insistera pour la première fois sur son savoir-faire dans le domaine de la défense. Plus connue comme maître d’œuvre industriel des fusées civiles Ariane, la société commune à Airbus et Safran montrera son expertise dans le domaine des planeurs hypersoniques, du missile M-51, de la dissuasion et de la surveillance spatiale, de l’orbite basse à l’orbite géostationnaire... Une première au salon, à ne pas louper.
Les fabricants de drones kamikaze, de missiles, d’aéronefs militaires, de systèmes de défense anti-aérienne devraient, eux, montrer comment ils ont tiré les leçons de la guerre en Ukraine et des conflits précédents. Et comment cela se traduit dans leurs systèmes d’armes. «Le champ de bataille s’est considérablement transformé, explique Frank Saudo, président de Safran Electronics & Defense.Quand on fait les retours d’expérience des conflits en Syrie, du Haut-Karabagh et en Ukraine, il est clair que le champ de bataille devient plus transparent et génère un tsunami de données, que le soldat ne peut plus absorber sans l’aide de l’intelligence artificielle.»
D’où aussi une accélération des budgets de défense des Etats pour mettre à niveau leurs armées face aux nouvelles menaces. Rien qu’au niveau européen, les dépenses en matière d’armement ont cru de 12% entre 2023 et 2024, pour atteindre 529 milliards de dollars, selon la dernière étude annuelle du cabinet AlixPartners publiée à l'occasion du salon.
L’IA pour les systèmes d’armes capte ainsi une partie de ces investissements et devrait se tailler une part de choix dans les innovations présentées cette année au Bourget. Sur le stand de la société franco-allemande Helsing, les visiteurs pourront interroger les démonstrateurs sur la dernière prouesse réalisée lors d’une campagne de vols menée au-dessus de la Baltique avec les forces aériennes suédoises en mai dernier : le pilotage par IA de l’avion de combat Gripen du fabricant Saab durant une mission de combat face à un appareil piloté par un humain.

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Les plus curieux devraient également se rendre sur le stand d’Anduril, le nouveau champion américain de la défense high tech, qui promet de ringardiser les fournisseurs traditionnels du Pentagone «en rebootant l’industrie de défense». Il sera pour la première fois présent au salon.
Les règles de la guerre changent
Sur toutes les lèvres depuis le début de la guerre en Ukraine, les drones auront aussi leur moment, avec de nombreuses innovations présentées. «Les drones, développées en quelques semaines, produits à bas coût et en masse, changent les règles de la guerre», estime d’ailleurs Alix Partners.
Certains acteurs surprendront en prenant position là où on ne les attend pas forcément. Outre son drone tactique Patroller, Safran devrait présenter un drone de moins de 50 kilos à décollage et atterrissage vertical, le Lanner. Capable de détection de signaux radio ou de brouillage, l’équipement en cours d’essai auprès des forces françaises est codéveloppé avec la société balte Edge Autonomy.
L’industriel présentera également une munition téléopérée (MTO) en cours de développement, la Warbler. Soit un drone de 25 kg piloté à distance grâce à sa caméra embarquée capable d’embarquer jusqu’à 3 kg de charge utile. De quoi en découdre avec les autres fournisseurs de ce type de munitions comme KNDS, Rheinmetall ou MBDA…
Dans le spatial, les petits lanceurs font le show
En disposant pour la première fois d’un hall dédié, le Space Hub, les acteurs du spatial devrait eux aussi capter l’attention des visiteurs. La nouveauté est sans conteste l’arrivée des nouveaux mini et micro-lanceurs, comme ceux de la start-up rémoise Latitude ou de Sirius Space Services qui entrent dans leur phase d’industrialisation. La constellation Kineis, qui ambitionne de connecter les objets depuis l’espace, sera également présente au Space Hub après avoir réussi le déploiement de ses 25 satellites.
Dans le domaine spatial, l’enjeu est également stratégique. D’une part, les acteurs hexagonaux seront en attente de l’intervention du président de la République française, dont la venue sur le salon est prévue le vendredi 20 juin, où il devrait dévoiler les grands principes de la nouvelle stratégie spatiale française.
D’autre part, toute la filière européenne a déjà en tête la prochaine conférence ministérielle de l’agence spatiale européenne (ESA) qui se tiendra en novembre prochain à Brême en Allemagne et au cours de laquelle les ministres en charge des affaires spatiales décideront des futurs programmes spatiaux européens. Là, l’Europe devra définir ses priorités et son ambition spatiales. D’où l’intérêt de passer des messages forts au Bourget.
Notamment lors de la conférence organisée sur le thème de l’autonomie d’accès à l’espace, à laquelle participeront les principaux acteurs de la filière (ArianeGroup, Arianespace, Avio, CNES, ESA). Ainsi, l'industrie spatiale européenne, à travers le consortium ASD Eurospace, appelle l’Union européenne à doper ses investissements dans le secteur spatial.
L’association soutient une proposition d'enveloppe de 40 à 60 milliards d'euros pour le programme spatial dans le cadre financier pluriannuel 2028-2034 de l’UE. Il s’agit une augmentation substantielle par rapport aux 19 milliards d'euros actuels. «Mais c’est toujours bien en deçà des niveaux de dépenses des autres puissances spatiales», rappellent les industriels du secteur.



