En quête d'une filière drone souveraine, le ministère des Armées lâche la bride aux industriels

Contractualisation, spécifications, certification… La DGA a revu sa manière de travailler avec les industriels afin de faire émerger une filière de drones de combat. Plusieurs projets doivent être sélectionnés et soutenus par une enveloppe d’une dizaine de millions d’euros. Ils doivent être signés en juin, au Salon du Bourget. 
Réservé aux abonnés
Drone MALE AAROK
Développé sur fonds propres par la société Turgis Gaillard, le drone de combat AAROK sera à terme capable de mener des missions de frappe, de renseignement et de surveillance

Turgis Gaillard, est un ovni. Sans attendre de commande du ministère des Armées, la société spécialisée dans la conception de systèmes aéronautiques, qui emploie 400 personnes, a développé sur ses fonds propres un prototype : le drone de combat AAROK. En prenant tous les risques. Une prise d'initiative que le ministre des Armées Sébastien Lecornu – en visite chez la PME jeudi 27 février, à l’aérodrome de Blois-Le Breuil (Centre-Val de Loire) – veut encourager... et entend répliquer dans la filière. 

Il ne s’agit pas d’un mini-drone kamikaze comme ceux déployés en Ukraine, mais d'un drone dit MALE (moyenne altitude, longue endurance). De la taille d’un planeur et 5,5 tonnes, l'appareil doit être capable de voler à moyenne altitude pendant longtemps pour mener des missions de combat et de surveillance. Le 14 février dernier, des essais au sol ont permis à l’avionneur de vérifier le bon fonctionnement des systèmes de l’aéronef lorsqu’il est propulsé par son propre moteur. L’appareil, ITAR-free, pourrait bien faire l’objet de commandes dans un futur proche.

Cette manière de faire bouscule la DGA, jusqu’ici habituée à passer commande des appareils pour lesquels elle a préalablement financé des études de faisabilité et imposé aux industriels un volumineux cahier de spécifications techniques. Pas de quoi stimuler l'innovation ni la prise de risque des industriels... ce qui explique en partie pourquoi la France a raté le virage des drones aériens militaires, se rabattant sur les américains Reaper.

Stimuler l'innovation des industriels

Pour se doter de drones MALE d’entrée de gamme, la DGA a donc procédé différemment. Elle a d’abord changé son mode de contractualisation et simplifié les normes pour faire émerger des solutions plus rapidement. «Il y a une part d’autoinvestissement de l’entreprise, explique-t-on au ministère des Armées. La subvention n’est pas là pour payer des développements, mais pour aider et stimuler les développements de l’entreprise.»

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Début 2024, la DGA a ainsi fait part aux industriels de ses besoins, imposant un calendrier et des jalons techniques : réaliser en 2026 le vol d’un démonstrateur en montrant sa capacité à rester à l’intérieur d’une zone confinée. Et être capable de livrer en 2027. L’appareil doit être certifiable – mais pas certifié – pour alléger les contraintes. «Cette démarche a plutôt bien fonctionné, se félicite le ministère. On a eu plusieurs candidats, dont des petits acteurs, qui se sont positionnés sur cette demande d’information. Ce qui montre qu’ils sont prêts à prendre des risques.»

Avec cette nouvelle méthode, la DGA espère réduire à environ trois ans le délai entre l’expression du besoin des armées et la livraison des appareils. A titre de comparaison, le développement de l’Eurodrone, ce drone de combat lancé en coopération avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, a été lancé il y a plus de dix ans et ne sera pas livré… avant 2029.

Le ministère des Armées indique qu’il signera des conventions de subventions avec les industriels retenus à l’occasion du salon du Bourget en juin prochain. Une enveloppe d’une dizaine de millions d’euros sera dégagée pour financer jusqu'à une dizaine de projets. Les premières commandes de drones MALE pourraient être passées dès 2027.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.