Boeing prévoit un marché de 43000 nouveaux avions d’ici 2039, en léger repli

Malgré la crise liée au Covid-19, les prévisions de marché de Boeing se veulent plutôt rassurantes. L’avionneur estime qu’il faudra 18 350 nouveaux avions commerciaux d’ici 10 ans et 43 110 d’ici 20 ans, en légère baisse par rapport aux estimations précédentes. Les services resteront très porteurs.

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Boeing 777X
Le Covid-19 n'y fera rien: la demande d'avions devrait se maintenir à des niveaux élevés, selon Boeing. Même l'aviation-bashing, très contagieux, ne devrait pas remettre en cause les fondamentaux du secteur.

Face à la tempête Covid, le secteur plie mais ne rompt pas. C’est ce qui ressort des dernières perspectives de marché publiées mardi 6 octobre par Boeing, les premières de l’ère post pandémie. L’avionneur américain table en effet sur un marché civil de 18 350 avions (comprenant les avions de moins de 100 sièges) pour les dix prochaines années, soit une baisse de 11% par rapport aux estimations effectuées en juin 2019 au moment du salon aéronautique du Bourget.

Sur 20 ans, la baisse est encore plus ténue : le groupe table sur un marché de 43 110 nouveaux avions, contre 44 040 l’an dernier, représentant une diminution de seulement de 2,1%.

Des chiffres qui témoignent d’une baisse de régime du transport aérien certes significative, mais qui sont loin de refléter la chute d’activité actuelle chez les avionneurs et leurs sous-traitants de l’ordre de 40% et l'ampleur de la crise qui secoue la filière aéronautique. "Cette année, l’aviation commerciale doit relever des défis historiques qui affectent de façon significative la demande d’avions et de services à court et moyen termes, reconnaît Darren Hulst, vice-président de Boeing en charge du marketing commercial dans un communiqué. Mais l’histoire nous a montré à maintes reprises que le transport aérien est un secteur résilient."

Une flotte de 48 400 appareils attendue d'ici 2039

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Comment expliquer cette baisse de régime relativement contenue, sur fond de Covid-19 mais aussi de défiance grandissante envers un transport aérien critiqué pour ses émissions de CO2 ? D’abord parce que la demande devrait se maintenir à l’échelle de la planète : Boeing prédit un trafic passagers en croissance de 4% par an, contre 4,6% estimées auparavant. L’Asie en restera le principal moteur, qui devrait voir sa part dans la flotte mondiale passer de 30 à 40% d’ici 2039. En outre, comme cela a été constaté lors des précédentes crises qu’a connu le secteur, le phénomène de renouvellement des flottes devrait s’accélérer, soutenant là encore la demande en avions neufs. Les compagnies aériennes vont en effet chercher avec ces nouveaux appareils, moins gourmands en carburant, à réduire leurs coûts d’exploitation.

In fine, pour Boeing, la flotte commerciale devrait donc atteindre 48 400 appareils d’ici à 2039 (25 900 aujourd’hui), contre une estimation établie à 50 660 appareils d’ici à 2038 l’année passée. Impact du Covid-19 oblige, la domination des monocouloirs dans la demande d’avions devrait encore se renforcer. Boeing prévoit que la demande en monocouloirs (familles Airbus A320 et Boeing 737) devant être livrés d’ici 2039 restera quasiment inchangée, avec 32 270 appareils à livrer (32 420 pour les estimations antérieures). Il faut dire que ce segment de marché, qui dessert en particulier les marchés intérieurs, devrait se rétablir rapidement.

Les services toujours dans le vert

Si les livraisons d’avions régionaux pourraient également résister, avec 2 430 appareils (contre 2 240 auparavant), les gros porteurs subissent le plus fort impact vis-à-vis cette décélération annoncée : ils devraient être 7 480 pour le transport de passagers et 930 pour le fret à l’horizon 2039, contre réciproquement 8 340 et 1040 comme l’avait envisagé Boeing l’an dernier. "La demande de gros-porteurs sera affectée par la lenteur de la reprise sur les liaisons long-courriers — ce qui est habituel après un choc enregistré par le secteur aérien —, ainsi que par les incertitudes inhérentes à l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les transports internationaux", justifie l’avionneur dans son communiqué.

En valeur, le marché aéronautique semble donc, contre vents et marées, encore promis à un bel avenir au grand dam des tenants de l’aviation-bashing qui pâliront à la vue des sommes évoquées : Boeing l’estime au total à 8 500 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, en comptant la demande de produits et de services aérospatiaux. En juin 2019, l’avionneur l’imaginait sur cette même période s’élevant à 8 700 milliards de dollars. Il faut dire que le potentiel du très lucratif marché des services n’est pas remis en cause. Loin de là…

"Bien que la demande de services commerciaux à court terme soit en baisse, les perspectives de marché de Boeing prévoient une opportunité de marché de 3 000 milliards de dollars pour les services commerciaux et gouvernementaux d’ici à 2029, les solutions numériques s’imposant comme un facteur critique auprès de clients qui se concentrent sur l’allègement de leurs opérations en vue de s’adapter à la demande future du marché", détaille l’avionneur dans son communiqué. L'estimation s'élevait l'an dernier à 3 000 milliards de dollars d'ici 2028. Le secteur des services s’élèverait désormais d’ici les dix prochaines années dans l’aéronautique à 1 600 milliards de dollars d’une part et à 1 400 milliards de dollars dans les services gouvernementaux (militaire) d’autre part.

2,4 millions d'embauches à l'horizon 20 ans

Boeing se félicite au passage du dynamisme également non remis en cause côté défense et spatial, dont il sera l’un des principaux bénéficiaires. "Les perspectives de marché de Boeing tablent sur une opportunité de marché de 2 600 milliards de dollars pour les secteurs de la défense et de l’espace au cours de la prochaine décennie, chiffre le géant américain. Cette projection confirme l’importance des avions militaires, des systèmes autonomes, des satellites, des engins spatiaux et autres produits de défense tant au niveau national qu’international."

Cette baisse mesurée du transport aérien selon Boeing aurait pour autre effet de ne pas totalement remettre en cause les prévisions de main d’œuvre : l’industrie aéronautique aurait besoin de recruter quelque 2,4 millions de pilotes et de techniciens d’ici à 2039, soit peu ou prou ce qui avait été établi en 2019 avec 2,5 millions d’embauches nécessaires. Pas de doute pour Boeing : le secteur aéronautique pique du nez mais parviendra en quelques années à se rattraper. Reste à savoir si Airbus, qui n'a pas encore officiellement fourni de dates de publication pour ses propres prévisions, sera au diapason.

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