"Ce n'est pas le moment de revenir sur les règles fondamentales de l'Europe en matière d'émissions", insistent plusieurs organisations de la société civile et grands groupes – tels que le géant suédois Ikea ou la multinationale Unilever – dans une lettre adressée, jeudi 16 avril, à la Commission européenne.
Les 14 cosignataires se disent "très préoccupés" par l’appel du secteur automobile à assouplir deux règlements européens.
L’un, entré en vigueur le 1er janvier 2020, s’applique aux voitures et camionnettes. L’autre, adopté en juin dernier par les 27, vaut pour les bus et poids-lourds. Tous deux contraignent les constructeurs à réduire de 15% les émissions de leurs véhicules d’ici 2025, de 30% et plus d’ici 2030.
Un calendrier qui "devrait être ajusté", estiment les représentants de l’industrie automobile. Eux aussi ont écrit à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le 25 mars dernier. "Les travaux de production, d’essai ou d’homologation" se sont interrompus, soulignaient-ils alors. La pandémie de Covid-19, expliquaient-ils, a bouleversé les plans qui avaient été élaborés par les constructeurs afin de pouvoir appliquer les nouvelles normes dans les délais requis.

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Secteur clé de l’économie européenne
Les mesures de confinement, notamment, ont contraint les fournisseurs automobiles à fermer temporairement leurs usines, les privant également de nouvelles recettes. Selon les chiffres avancés par l’Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), la demande de voitures neuves dans l’UE a diminué de 25,6%, de janvier à mars 2020, et de 34,1% pour la France.
Pour Eric-Mark Huitema, directeur général de l'ACEA, l'Europe doit se préparer à stimuler la reprise du secteur automobile, qu’il voit comme "un facteur clé de la reprise accélérée de l’ensemble de l'économie européenne".
Cela, estiment les 14 entreprises et organisations de la société civile, ne devrait toutefois pas se faire sans investissements verts.
Début avril, l’eurodéputée française Karima Delli, présidente de la commission des transports au Parlement européen, avait, elle aussi, écrit à la Commission, ainsi qu’au ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et à Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire. "En aucun cas la crise du Covid-19 ne doit être instrumentalisée afin de justifier des mesures néfastes à la qualité de l’air", écrivait l’élue européenne, soulignant par ailleurs qu’un assouplissement des normes serait injuste vis à vis des constructeurs ayant commencé à s’y préparer.
En marge d’une session plénière, vendredi 17 avril, Mme Delli a répété son opposition à la requête du secteur automobile européen. Ce dernier, a-t-elle ajouté, devra rapidement opérer sa transition énergétique, car "les grands concurrents du monde ne l’attendront pas".



