À quoi pourrait ressembler un aéroport accueillant une flotte d'avions à hydrogène ? Pour répondre à cette question et être en mesure d'adapter l’écosystème aéroportuaire à ces avions de rupture prévus à horizon 2035, Air Liquide, Airbus et Aéroports de Paris ont annoncé, lundi 21 juin, avoir signé « un protocole d’accord » qui prévoit le lancement d’études d’ingénierie, en amont de la mise en place d’infrastructures. L’avionneur européen Airbus a en effet lancé le programme ZEROe, dont l’objectif est de développer un court-moyen courrier propulsé à l’hydrogène liquide en moins de 15 ans.
Une étude assez générale sera d’abord réalisée auprès d’une trentaine d’aéroports dans le monde pour « déterminer les configurations du développement et de l’approvisionnement en hydrogène liquide », est-il précisé dans le communiqué. À partir de cette enquête, « des scénarios et plans détaillés pour définir les infrastructures requises, le dimensionnement et l'implantation » seront ensuite élaborés pour les deux principaux aéroports parisiens, à savoir Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly.
Un hub de mobilité hydrogène
Ce type d'étude s'avère indispensable, compte tenu des défis technologiques propres à l’hydrogène liquide. Comme ce carburant entre en ébullition dès que la température dépasse - 253°C, des technos cryogéniques sont requises pour stocker ou transporter l'hydrogène sous forme liquide. Et toute fuite, facilitée par la petite taille de la molécule, est à prévenir absolument : elle risque en effet de provoquer une explosion.
En termes d'infrastructures, le transport de l’hydrogène cryogénique depuis les installations de l’aéroport vers les réservoirs des avions représente d'ailleurs l'une des plus grosses difficultés. « Transporter de l’hydrogène à - 253°C dans des tuyaux est un sacré défi technologique… », soulevait récemment Thierry Poinsot, du Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (Cerfacs), interrogé dans le cadre de notre enquête sur l’avion à hydrogène, paru dans notre dossier consacré à la décarbonation de l’aviation.
Le reste de l'écosystème hydrogène pourrait s'intégrer dans un schéma plus classique. « Nous aurons probablement une sorte de hub à proximité de l’aéroport, où l’on produira l’hydrogène liquide nécessaire à l’ensemble d’une région pour alimenter les aéroports, les stations à hydrogène gazeux, les gares », anticipait Pierre Crespi, le directeur de l’innovation chez Air liquide Advanced Technologies, interrogé lors de cette même enquête. « Certains gros aéroports s’équiperont peut-être de pipelines d’ici à 2050. Mais dans un premier temps, il n’y aura pas suffisamment d’avions pour installer un site de production et des canalisations au sein de l’aéroport », a poursuivi M. Crespi.



