Avec le taxi volant Wisk, Boeing s’attaque à l’aviation électrique

Désormais détenu à 100% par Boeing, Wisk a développé un taxi volant 100% électrique et autonome. Au-delà de l’engin, c’est toute son exploitation commerciale qui a été imaginée.

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Wisk avion électrique
Avec Wisk, Boeing est rentré d'un coup d'un seul dans le prometteur marché de l'aviation électrique.

C’est le cheval de Troie qui pourrait permettre à Boeing de se tailler une place de choix dans l’aviation électrique. Il faut pourtant avoir l’œil pour le découvrir au salon aéronautique du Bourget, où il faisait sa première apparition française : l’aéronef à atterrissage et décollage vertical de Wisk n’est pas directement visible sur le statique, mais se niche dans le pavillon de cette jeune entreprise qui a tapé dans l’œil du géant américain. Elle porte les espoirs de Boeing dans le transport aérien électrique, qui a déboursé en pleine crise interne pas moins de 450 millions de dollars en 2022 pour l’acquérir.

«Notre objectif est d’offrir un nouveau mode de transport aérien accessible au plus grand nombre», résume Sébastien Vigneron, vice-président ingénierie du programme Wisk. A deux pas du taxi volant jaune vif, le dirigeant, ingénieur aéronautique français issu des rangs de Dassault Aviation et de Bombardier, ne cache pas son enthousiasme. L’aéronef 100% électrique, capable de transporter quatre passagers sur 150 km à 220 km/h, en impose avec ses 12 moteurs de chacun 100 kW de puissance et ses 15 mètres d’envergure. Un appareil qui a permis à Boeing d’avoir en main l’un des projets d’aéronefs électriques les plus ambitieux du monde…

Un appareil 100% électrique et autonome

Le géant américain va en effet mettre à profit plus de dix années de travaux. Car l’origine de Wisk remonte à 2010, avec la création de Zee Aero notamment par le cofondateur de Google, Larry Page. «Il s’est approché d’Ilan Kroo, professeur d’aérodynamisme à Stanford, et lui a demandé de développer un engin volant, pour lui éviter les embouteillages», glisse Sébastien Vigneron. Peu à peu, le projet prend du poids, développe plusieurs générations d’appareils d’abord appelés Cora jusqu’à l’actuelle – la sixième – , et intègre la société de Larry Page dénommée Kitty Hawk, englobant d’autres engins innovants. Alors que Boeing et Kitty Hawk créent la société commune Wisk en 2019, l’avionneur décide finalement d’en prendre les rênes deux ans plus tard.

Aujourd’hui, Wisk emploie 700 personnes, dont 200 salariés de Boeing, à Mountain View (Californie), à deux pas de Palo Alto, où se concentrent nombre de géants du numérique. Le digital va d’ailleurs constituer un axe majeur pour faire décoller Wisk. Car contrairement aux projets français équivalents, aucun pilote n’y prendra place. «Dès le début de son exploitation, l’appareil volera sans pilote, assure Sébastien Vigneron. Le but est d'offrir une sécurité accrue, répondre au manque de pilotes et améliorer l’équation économique». Le dirigeant mise sur un vol test en 2024 puis une certification avant 2030, ouvrant dès lors la voie à la commercialisation de l’appareil.

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De grandes espérances

Comment Wisk imagine l’exploitation de son futur appareil, qu’il assurera d’ailleurs lui-même en plus de sa construction ? Pas d’intelligence artificielle pour assurer les vols autonomes, mais le recours à des systèmes prédictifs classiques, plus simples à certifier. «Nos appareils voleront à l’intérieur de corridors définis et seront en contact direct avec des stations au sol capables de gérer plusieurs appareils, lesquelles communiqueront avec le contrôle aérien par messagerie digitale», détaille Sébastien Vigneron.

Wisk a d’ailleurs annoncé à l’occasion du salon du Bourget, lundi 19 juin, que Safran fournirait un système de navigation inertielle, permettant de maintenir la trajectoire même en cas d’absence de signaux de positionnement. L’exploitation reposera aussi sur le concept de vol 4D, prenant en compte les temps de passage via des points pré définis. Une approche qui vise en outre à faciliter l'intégration de ce taxi volant, qui volera à une altitude maximale de 1,2 km (4000 pieds), dans le trafic aérien conventionnel.

Boeing, un magasin de bonbons?

«Quand Dave Calhoun, le patron de Boeing, passe nous voir, il nous dit qu’on utilise le groupe comme un magasin de bonbons», s’amuse Sébastien Vigneron, signalant au passage que Wisk profite aussi désormais à plein des compétences de l’avionneur dans de nombreux domaines. De quoi contribuer à améliorer encore les performances du nouvel appareil de sixième génération, plus grand que ses prédécesseurs. La cible visée par Wisk pour attirer les passagers dans cet appareil ? Parvenir à un prix de 3 dollars par mile (1 mile correspondant à 1,6 km) et par passager.

En discussions rapprochées avec l’autorité de l’aviation civile américaine (FAA) mais également avec l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), Wisk imagine que sept ans après la certification de l’appareil, une vingtaine de villes devrait l’avoir adopté dans le monde. La flotte de taxis volants pourrait à cette date avoir transporté par mois de 290 millions de passagers. Pour l’heure, un partenariat a été signé avec Japan Airlines en vue de lancer un billet de transport multimodal associant un billet d’avion et un transfert via l’aéronef de Wisk. Si les promesses du marché des taxis volants se concrétisent, Boeing pourra l'affirmer : la prise de Wisk aura valu la peine.

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