Avec la guerre en Ukraine, le salon Eurosatory consacré à l’armement terrestre, prend une nouvelle dimension. Du 13 au 17 juin, au parc des expositions de Paris Nord Villepinte, plus de 1 800 exposants se réunissent pour présenter leurs systèmes d’armes : chars lourds, véhicules blindés, fusils d’assaut, munitions de tout calibre, hélicoptères, missiles, robots et drones… Autant d’armes déployées en masse sur le sol ukrainien.
Preuve du caractère exceptionnel de cette 27e édition du salon : Emmanuel Macron a décidé de s’y rendre dès la journée d’ouverture, lundi 13 juin, alors que ce rendez-vous est plutôt inauguré par le ministre des Armées. Le président de la République a prévu de rencontrer des acteurs français de la filière, mais aussi des groupes européens qui œuvrent au développement de nouvelles capacités communes. « Il rappellera en outre l’engagement pris par la France afin de répondre aux besoins capacitaires de l’Ukraine », souligne-t-on du côté de l’Elysée. Au total, 650 sociétés françaises exposeront leur savoir-faire.
Phénomène de « massification » des armées
Le premier salon mondial de l’armement terrestre devrait connaître une audience record. Environ 260 délégations officielles et une cinquantaine de chefs d’Etat-major feront le déplacement. Plus de 57 000 visiteurs professionnels sont attendus. Au-delà de la guerre en Ukraine, cette édition est portée par un contexte de fortes tensions internationales et un réarmement globalisé des Etats. Le commerce mondial des armes est en croissance : en 2021, les dépenses militaires mondiales ont dépassé pour la première fois le seuil des 2 000 milliards de dollars, selon la dernière étude du Sipri.
Quel sera l’impact du conflit ukrainien pour les armées et leurs fournisseurs de systèmes ? « L’évolution des combats asymétriques vers des conflits inter-étatiques de haute intensité qui a surgi avec la crise ukrainienne, nécessite une révision des modèles et des capacités de leurs forces armées et de sécurité pour s’adapter aux nouvelles menaces », analyse Marc Darmon, président du Gicat (Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres) qui organise le salon.

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Pour certains, il y aura un avant et un après l'invasion russe en matière de doctrine militaire. « La guerre en Ukraine va changer de manière durable la doctrine de l’emploi des forces, analysait récemment Aymeric Gobilliard, directeur au sein du cabinet AlixPartners et spécialiste des questions de défense. Le volume d’équipements engagés a surpris tout le monde. » L’intensité du conflit ouvert par la Russie s’inscrit dans une doctrine plus large dite de « massification » des armées. Dans ce cadre, c’est le nombre de combattants, de munitions et de systèmes d’armes engagés (véhicules, bateaux, avions, etc.) plutôt que leur sophistication qui fera plier l’adversaire.
Les industriels tirent également les premières leçons du conflit. « Cette guerre souligne l’importance d’avoir des équipements en nombre, modulaires et polyvalents pour faire face à différents types d’engagements », indique Emmanuel Levacher, PDG du fabricant de véhicules blindés Arquus, exposant sur le salon. Le groupe indique que ses véhicules blindés pour le transport de troupes peuvent être équipés de capacités anti-char et d’une autonomie de combat suffisante pour emporter des systèmes d’observation, mais également des drones et des dispositifs de lutte anti-drones. « Cela rappelle aussi l’importance de la logistique efficace qui permet d’alimenter en stock de pièces et en maintenance les premières lignes », ajoute-t-il.
L'enjeu de la survivabilité des drones aériens
A coup sûr, les innovations en matière de drones aériens seront très observées. Ces aéronefs sans pilote sont devenus des éléments incontournables des conflits modernes, comme l’a montré encore l’usage du drone turc Bayraktar TB2 aux premiers jours du conflit. Le salon comptera une soixantaine de fabricants de drones. « Dans le cadre de conflits à haute intensité, les drones devront être capables d’évoluer dans des milieux disputés. Leur capacité de survivabilité sera primordiale. Ils devront résister à tout type d’attaques, comme le brouillage du signal GPS et la coupure du lien télécom avec son opérateur », explique un expert du groupe Thales. Le groupe exposera son mini-drone tactique Spy Ranger, de 4 mètres d’envergure pour un poids de 15 kilos, dont l’une des versions dispose d’une autonomie de vol de 3h30 pour 30 kilomètres de rayon d’action.
Autres innovations attendues de ce salon : les robots terrestres. Plus de 50 familles de robots seront présentées, assurant une grande variété de missions (mini-chars de combat, engins de reconnaissance, dispositifs anti-incendie, etc. ). Par ailleurs, plus de 160 sociétés présenteront des solutions de télécommunications, de brouillage et de guerre électronique. Le salon fera également la part belle aux start-up. L’Eurosatory Lab prévoit d’accueillir une soixantaine de pépites dans un espace de 1 000 mètres carrés. En France, l’industrie de l’armement terrestre et aéro-terrestre réalise un chiffre d’affaires de 7,7 milliards d’euros dans le domaine de la défense et de la sécurité.



