L'Usine Nouvelle. - Succès du vol inaugural de Vega-C le 13 juillet, mise à la verticale d’Ariane 6 sur son nouveau pas de tir un jour avant… Il s’agit d’étapes clés pour ces deux lanceurs…
Daniel Neuenschwander. - Cela a été une semaine fantastique pour l’Europe spatiale. Ces réussites interviennent après la mise sur orbite parfaitement réussie du télescope spatial James Webb par Ariane 5 à Noël dernier. L’ESA et ses partenaires ont montré qu’ils étaient au rendez-vous et capables de relever les défis malgré un contexte international complexe. Ces bonnes nouvelles font du bien après des dernières années difficiles.
Le premier vol de Vega-C a été un succès malgré deux arrêts du compte à rebours final. Que vous a appris l’analyse des dernières données?
Un vol de qualification, c’est très particulier. Il y avait une grande pression et en conséquence beaucoup d’émotions le jour du lancement. Pour rappel, le vol inaugural d’Ariane 5 était un échec en juin 1996 (la fusée avait explosé peu de temps après son décollage, ndlr) et le vol inaugural de Vega un succès. Cela vous donne une idée sur les risques.

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Le jour du lancement, nous avons eu deux alertes rouges en fin de chronologie. Les raisons ont été identifiées. Il s’agissait d’un léger survoltage au moment du basculement de l’alimentation externe du lanceur vers ses batteries fonctionnelles. Cela n’a rien de critique. Ce dépassement a été identifié par deux canaux différents, d’où les deux arrêts. Ce qui montre par ailleurs, la résilience du système mise en place.
La mission s’est ensuite déroulée à merveille. La première revue technique faite le lendemain du tir, indique que tout s’est très passé. Elle a montré que les quatre moteurs des différents étages, le P120C, le Zefiro 40, le Zefiro 9 et l’Avum+, ont bien fonctionné. Les satellites ont pu été libérés d’une manière ultra-précise.
Quelles sont les prochaines étapes pour Vega C ?
Nous nous sommes fixés pour objectif de lancer une deuxième Vega-C d’ici novembre. Soit seulement quatre mois après le vol inaugural. Ce sera un lancement commercial pour Airbus. Si les délais sont tenus, c’est une excellente nouvelle. En termes de cadence, nous visons quatre lancements par an à partir de 2023 et plus seulement 3 par an pour répondre à la demande du marché. Nous pourrions encore même augmenter le rythme mais cela doit être décidé lors de la prochaine réunion ministérielle des états membres de l’ESA en novembre prochain. Vega-C est un excellent lanceur. Il répond parfaitement à des missions institutionnelles comme pour l’observation de la Terre comme aux besoins du secteur commercial.
Le moteur P120C est commun à Vega-C et Ariane 6. Comment s’est-il comporté ?
Ce lancement a été l’occasion de la qualification en vol du P120C. Au lendemain du tir, la revue technique a montré que le P120C a très bien fonctionné. C’est une excellente nouvelle pour les deux lanceurs.
Ariane 6 est désormais sur son pas de tir pour réaliser des essais combinés. En quoi cela consiste-t-il ?
C’est le dernier moment d’un programme de développement qui a démarré en 2015 avant de passer à la première campagne de lancement. Le lanceur et son pas de tir, développés chacun de leur côté, vont enfin se rencontrer. C’est le point culminant du développement et qui nécessite une synchronisation parfaite de l’ensemble des éléments.
Ces essais sont complexes. Il y a des enjeux mécaniques, logicielles et de propulsion. Leur durée va dépendre des difficultés techniques rencontrées. L’objectif est de mener l’essentiel des essais combinés cette année. Cette phase va mobiliser environ 200 techniciens.
Les essais à feu de l’étage supérieur d’Ariane 6 menés à Lampoldshausen en Allemagne par le DLR (centre aérospatial allemand, ndlr) prennent du retard. Quel est le problème rencontré ?
Nous visions un démarrage de ces essais avant la fin du mois de juillet. Cela a pris en effet plus de temps que prévu. C’est lié à la complexité et surtout le besoin de réapprendre en Europe à maîtriser les essais à feu d’un étage supérieur cryotechnique. C’est un vrai savoir-faire qui remontait au tout début d’Ariane voici il y a 42 ans à Vernon pour Ariane 1 et qu’il a fallu reconstruire en Europe. Ces essais vont durer plusieurs mois pour qualifier l’étage supérieur d’Ariane dans son spectre de fonctionnement le plus large. Mais pour le vol d’Ariane 6, on a seulement besoin d’une partie de ces essais à feu.
Au global, le programme Ariane 6 cumule plus de deux ans de retard…A quoi est-ce dû ? Quand aura lieu le premier vol ?
D’une part, nous avons rencontré des difficultés techniques. C’est normal dans le cadre d’un programme de développement aussi complexe. D’autre part, nous avons également rencontré des difficultés de complexité organisationnelle. Il faudra les analyser et en tirer tous les enseignements le moment venu.
Nous avons encore devant nous des jalons techniques importants comme les essais à feu de l’étage supérieur à Lampoldshausen, les tests logiciels du nouveau pas de tir à Kourou ainsi que d’autres enjeux techniques. D’ici fin septembre, on pourra faire un arrêt sur image de la situation du programme et consolider le planning d’Ariane 6.
Ariane 5 va s’arrêter en 2023 et la fusée russe Soyouz n’est plus disponible pour les Européens. Avec le retard d’Ariane 6, l’Europe ne risque-t-elle pas de se retrouver sans lanceur lourd ?
L’invasion le 24 février de l’Ukraine par la Russie a fondamentalement changé la donne. Personne ne pouvait le prévoir. Cela a entrainé l’abandon du Soyouz depuis la Guyane. Cela nous met clairement une pression supplémentaire sur la capacité de lancer des missions institutionnelles européennes dans cette classe de performance. Il faudra trouver des solutions alternatives à court terme dans certains cas. On les présentera d’ici à l’automne.
Faut-il comprendre que l’Europe spatiale pourrait avoir recours à Space X pour des missions institutionnelles ?
Aujourd’hui on évalue tous les scénarios.



