Le géant du pneumatique Michelin a donné le coup d’envoi, le 1er juillet, d’un nouveau consortium européen pour le recyclage des déchets plastiques. Baptisé « Whitecycle », son objectif est de développer une solution techniques pour recycler des déchets plastiques complexes à base de textiles. Ce projet, cofinancé par le programme d’innovation Horizon Europe, embarque au total 16 partenaires, dont l’équipementier spécialisé dans le tri intelligent de déchets IRIS, et le spécialiste mondial du recyclage enzymatique Carbios. Il est piloté par Michelin.
100 % de pneus en matière durable d’ici 2050
« Ce programme s’inscrit dans la continuité de nos initiatives dédiées au recyclage », pointe Jean-Michel Douarre, responsable de la recherche sur les matériaux durables et directeur du consortium Whitecycle, « Michelin a l’ambition d’atteindre 100% de matière durable, c’est-à-dire biosourcée ou recyclée, dans ses pneus d’ici 20250. » Dans ce cadre, le fabricant de pneumatique s’est engagé en 2020 dans le programme européen « Blackcycle », qui visait la valorisation des caoutchoucs des pneus en utilisant le procédé de pyrolyse.
Avec « Whitecycle », ce nouveau consortium va s’attaquer aux textiles techniques, produits en polyéthylène téréphtalate (PET), et dont certains sont intégrés dans les pneumatiques. « Les fibres de PET sont très utilisés dans la structure des pneus », explique Christophe Le Clerc, directeur technique du consortium et spécialiste des matériaux de renforcement chez Michelin.
Recycler les fibres PET
Si le PET est un polymère couramment recyclé, notamment grâce au recyclage dit mécanique qui consiste à collecter, broyer et refondre les matières plastiques, le traitement des fibres demeure une gageure. « Les bouteilles peuvent facilement être séparées et broyées. Le processus est plus compliqué à réaliser avec des fibres issues de déchets complexes, contaminées par d'autres éléments. », souligne Christophe Le Clerc.
Le recyclage étant en grande partie inefficace pour ce type de produits, Michelin s’est tourné depuis quelques années vers le spécialiste du recyclage enzymatique Carbios. La technologie de ce dernier, qui a fait l’objet de la Une du prestigieux magazine Nature en 2020, consiste à utiliser une enzyme qui est capable de casser très sélectivement les chaînes polymères du PET, pour revenir aux monomères de base, c’est-à-dire l’éthylène glycol et l’acide téréphtalique. Une phase de repolymérisation permet de revenir à la matière première d'origine.
Le procédé, sans étape de préparation mécanique de la matière, est adapté aux traitements des fibres en PET. Les plastiques recyclés seront utilisés pour produire de nouvelles fibres textiles de hautes qualités
Un projet de 4 ans
Le consortium bénéficiera du tout récent démonstrateur industriel de Carbios, inauguré l’année dernière sur l’ancien site de Michelin de Cataroux, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), capable de traiter 2 tonnes par mois de PET . Les partenaires travailleront également sur des technologies de tri des déchets, en utilisant des techniques aéroliques, vibrationnelles ou encore électrostatique.
Le projet « Whitecycle » devrait durer 4 ans, période qui permettra de faire la démonstration de l’ensemble des briques technologiques. A la fin du projet en 2026, une centaine de pneus auront été produits avec la matière recyclée. A partir de 2026-2028 s’ouvrira une phase de montée en industrialisation, avec pour objectif l’obtention de suffisamment de matière recyclée à une plus grande échelle.



