Au One Ocean Summit, une série de promesses et beaucoup d’incertitudes

Le One Ocean Summit organisé par la France à Brest s’est achevé sur plusieurs engagements - des aires marines protégées à la pollution plastique - mais qui doivent encore être concrétisés par des accords internationaux qui tardent à être signés.

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Image d'illustration poisson mer
Avec 10,2 millions de kilomètres carrés, la France possède la deuxième Zone économique exclusive au monde, devant les Etats-Unis.

Trois jours de sommet, et plusieurs engagements à la clef : le One Ocean Summit s’est clos ce 11 février, à Brest (Finistère), en présence d’Emmanuel Macron, de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, et des présidents égyptien, portugais ou encore colombien. Les 27 Etats membres de l’UE ainsi que 13 autres Etats ont notamment annoncé être prêts à soutenir un traité de protection de la haute mer, qui représente à elle seule 60% des océans et ne se trouve sous l’autorité d’aucun pays. Les négociations sont en cours depuis 2018 sous le patronage de l’ONU mais ont été interrompues à cause de la pandémie. L’objectif final, désormais partagé par 84 pays, est de protéger 30% des terres et des océans d’ici 2030.

Le président français a souhaité montrer l’exemple en annonçant à Brest l’extension de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises, qui va désormais couvrir 1,6 million de kilomètres carrés. Celle-ci deviendra ainsi la deuxième plus grande aire marine protégée du monde, et permettra à la France de dépasser l’objectif de 30% d’aires marines protégées. « Dans le détail, la "protection forte" n’exclut pas complètement les activités industrielles comme cela est conseillé par les scientifiques, et ne concernera en réalité que 4% des eaux françaises », critique François Chartier, chargé de campagne Océans à Greenpeace France. Pour l’association écologiste Bloom, les engagements de la France sur le sujet sont surtout un moyen de faire diversion puisque « la France possède le deuxième plus grand territoire maritime mondial mais elle est au 17e rang en termes de protection de ses eaux nationales ».

Au niveau européen, quatre milliards d’euros d’ici 2025 contre la pollution plastique

Parmi les autres annonces, les Etats-Unis ont affirmé leur volonté de soutenir des négociations pour obtenir un accord international contre la pollution plastique, déjà porté par l’UE. Plus de huit millions de tonnes de plastique sont déversées chaque année dans les océans, un chiffre qui devrait tripler d’ici 2040 selon l’ONG Pew Charitable Trusts. La Banque européenne d’investissement et plusieurs banques de développement de pays européens ont à ce titre annoncé doubler leur financement contre la pollution plastique, à hauteur de quatre milliards d’euros d’ici 2025. Emmanuel Macron a également promis que les décharges sauvages en mer de Dollemard (Seine-Maritime), Fouras (Charente-Maritime) et d'Anse Charpentier (Martinique) seraient nettoyées dès cette année, et les autres « sous dix ans ».

Le transport maritime, qui échappe aux accords de Paris, a été un autre point important des discussions. 22 armateurs européens se sont déclarés prêts à accepter le nouveau label Green Marine Europe, décerné aux compagnies allant plus loin que les réglementations actuelles. Onze grands ports internationaux, dont Marseille et Dunkerque, se sont par ailleurs engagés à déployer des bornes électriques pour fournir les navires en électricité. Afin de protéger la Méditerranée des effets du transport maritime, l’ensemble de ses pays côtiers a promis la création d’une zone à faible émission de soufre d’ici 2025, et même d’une « zone maritime particulièrement vulnérable » pour la France, l’Espagne, l’Italie et Monaco, où la vitesse de navigation sera sensiblement réduite.

Le dernier grand axe concernait la lutte contre la surpêche, encore largement subventionnée par les Etats à hauteur de 14 à 54 milliards de dollars par an, rapporte l’OMC. « L'argent des contribuables ne doit pas être utilisé pour continuer à financer les actions qu'on condamne par ailleurs », a tancé Emmanuel Macron à Brest, alors que des discussions sont en cours depuis deux décennies sur ces subventions. L’Accord du Cap sur la sécurité des navires de pêche, signé il y a dix ans mais jusqu’à présent trop peu soutenu pour entrer en vigueur, devrait en outre bel et bien s’appliquer à la fin de l’année, grâce aux discussions du One Ocean Summit. 

La France, pas le meilleur élève pour la protection marine

Ces différentes annonces n’ont pas empêché 150 personnes de manifester le 11 février à Brest, à l’appel des associations Greenpeace et Pleine mer, qui dénoncent un « blue washing ». La première s’insurge contre la volonté du président français d’explorer les métaux et minerais des fonds marins, « un levier extraordinaire de compréhension du vivant, d'accès à certains métaux rares, de compréhension du fonctionnement de nouveaux écosystèmes d'innovation », avait-il soutenu lors de la présentation du plan France 2030, en octobre 2021. Greenpeace y voit plutôt le prélude à une exploitation de ces fonds, riches en manganèse, cobalt et nickel, essentiels dans la fabrication des batteries de véhicules électriques. Le One Ocean Summit aura en tout cas été l’occasion pour l’Unesco de prendre l’engagement de cartographier 80% des fonds marins d’ici 2030.

Les associations reprochent aussi au gouvernement son inaction sur le dossier du golfe de Gascogne, où 10 000 à 11 000 dauphins sont tués chaque hiver en raison de la pêche, selon le réseau Pelagis. Le Conseil international pour l’exploration de la mer (Ciem) y demande une réduction de 40% de la pêche et l’arrêt pendant cette période de la pêche au chalut. Cette méthode, employée même dans les aires marines protégées, se trouve également dans le viseur des ONG. Celles-ci auront à nouveau l’occasion de faire entendre leur voix lors des prochains grands rendez-vous environnementaux prévus en 2022 qui, entre la COP 15 pour la biodiversité au printemps, le Sommet de la Terre en juin et la COP 27 pour le climat en novembre, s’annonce très chargée sur le front de l’environnement.

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