Après le C919, le chinois Comac en embuscade contre les long-courriers d’Airbus et de Boeing

Alors que le moyen-courrier C919 est désormais en service en Chine, Comac compte étoffer sa gamme en développant deux long-courriers, le C929 et le C939. Si sa montée en puissance industrielle s’annonce longue, elle constitue bien une fissure grandissante dans le duopole historique entre Airbus et Boeing. L’aéro-post, la chronique aéro-spatial de L'Usine Nouvelle.

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Comac C919
Après l'ARJ 21, le C919 fend désormais le ciel chinois. Et Comac concocte déjà la suite, avec le C929 et le C939.

Gros porteur chinois à l’horizon ! Alors que le monocouloir C919 – concurrent des Airbus A320 et des Boeing 737 – est entré en service en mai 2023, Comac poursuit plus que jamais l’objectif de se mesurer face aux deux géants occidentaux dans la catégorie poids lourds. L’avionneur chinois « a esquissé la conception préliminaire » d’un nouvel appareil, le C939, d’après un article du South China Morning Post, publié lundi 13 mai. L’appareil s’érige en futur rival de l’A350 et du 777, capable de transporter quelque 400 passagers. Pas de doute : le duopole entre Airbus et Boeing se fissure. Lentement, mais sûrement.

La montée en puissance de la Chine dans le secteur aéronautique s’effectue via une implacable logique de paliers successifs. En 2016, Comac met d’abord en service un avion régional : l’ARJ 21 (70 à 90 places). Puis, sept ans plus tard, le monocouloir C919 (160 à 190 passagers), largement inspiré de l'A320, qui cumulerait quelque 1 500 commandes. Malgré les retards, ces deux appareils sont bel et bien en exploitation. Et la suite de l’histoire est déjà écrite.

Profiter des déboires de Boeing

Le C929 (280 à 400 passagers), concurrent attendu de l’Airbus A330 et du Boeing 787, pointe à l’horizon : à l’origine dénommé CR929 puisque élaboré en tandem avec la Russie, le programme suit désormais son cours avec la Chine comme seule pilote, en raison de la guerre en Ukraine. En phase de conception détaillée, une première section de fuselage doit être livrée en 2027. Outre le C939, des rumeurs évoquent même un éventuel super jumbo, le C949…

Bien sûr, cette famille d’avions en devenir va devoir attendre longtemps avant de bousculer Airbus et Boeing, l’absence de calendrier et de détails techniques des deux long-courriers reflétant leur faible état d’avancement. Nul doute que les vicissitudes de Boeing doivent être perçues en Chine comme une aubaine historique. Comac va notamment devoir décrocher – dans un premier temps pour le C919 – une certification européenne pour assoir sa légitimité et assurer le succès commercial de son appareil.

Le constructeur n’a aussi d’autres choix que d’étoffer sa chaîne locale de fournisseurs, étant encore très dépendant des entreprises occidentales. Il va enfin falloir se retrousser les manches pour maîtriser certaines technologies, telles que les composites, ainsi que des équipements clés, comme les moteurs. La menace pourrait devenir préoccupante pour l’Europe et les Etats-Unis peut-être vers 2035, 2040, voire 2050. Un horizon à long terme de notre point de vue. Mais pour la Chine, habituée à patienter pour décrocher les meilleures opportunités, c’est déjà demain.

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