Et de quatre ? Après le chinois Comac avec son C919 désormais commercialisé, le brésilien Embraer pourrait à son tour vouloir déstabiliser le duopole formé par les géants historiques de l’aéronautique, Airbus et Boeing. L’avionneur, connu notamment pour ses gammes d’avions régionaux E-Jet et ERJ, étudie la possibilité de lancer un appareil susceptible d’entrer en concurrence avec l’A320 et le 737, rapporte le Wall Street Journal, dans un article publié mercredi 1er mai.
A ce stade, il s’agirait d’un monocouloir ou d’un jet d'affaires à grand rayon d’action, assure le journal citant des sources proches de l’industriel. Si le troisième avionneur mondial a déjà pensé par le passé à développer un tel avion, le contexte actuel semble l’inciter à remettre ce projet sur la table.
Alors que la demande d’appareils n’a jamais été aussi importante, Airbus et Boeing peinent à satisfaire les besoins des compagnies aériennes. En passant commande aujourd’hui pour un A320, il leur faut patienter au moins jusqu’en 2030. Aux tensions au sein des chaînes d’approvisionnement qui freinent les montées en cadences, s’ajoutent depuis quelques mois les difficultés spécifiques de Boeing qui plombent en particulier son monocouloir. Pour rappel, le géant américain avait tenté de mettre la main sur les activités civiles d’Embraer, avant de se rétracter en 2020.
Un projet qui ne serait pas à l'ordre du jour
Illustration du rôle qu’Embraer pourrait jouer à l’avenir : en mars dernier, American Airlines a passé commandes pour 85 A321neo, 85 737 MAX 10 ainsi que 90 E175, son appareil phare. Avec sa récente gamme d’appareil renouvelée, dénommée E2, le groupe brésilien propose des appareils capables de transporter entre 90 et 146 passagers. De quoi d’ores et déjà concurrencer les plus petits avions d’Airbus et de Boeing, à savoir l’A220-100 (100 à 135 sièges) et le Boeing 737-7 (138 à 172 sièges). Mais l’avionneur compte-t-il vraiment lancer un avion aux capacités supérieures ?

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«Embraer a certainement la capacité de développer un nouveau monocouloir», fait savoir le porte-parole du groupe à L’Usine Nouvelle, en réaction à l’article du Waal Street Journal. Reste que le lancement effectif de ce projet est loin d’être acté. «Nous disposons d'un portefeuille de produits jeune et très performant développé ces dernières années, et nous nous concentrons vraiment sur la vente de ces produits et sur la croissance et la force d'Embraer, précise-t-on au sein de l'avionneur. Nous n’avons pas de plan pour un cycle d’investissement important pour le moment.»
Embraer encore loin des capacités industrielles d'Airbus
Il faut dire que le développement d’un monocouloir capable de concurrencer Airbus et Boeing sur leur terrain de jeu nécessite d'investir au minimum 10 milliards de dollars. Sans oublier que les dérapages de coûts et les délais supplémentaires ne sont pas rares dans l’industrie aéronautique, comme en atteste le CSeries de Bombardier racheté in fine par Airbus en 2017 pour devenir l’A220 une fois intégré au sein de l’avionneur européen. Certes, Embraer a retrouvé le chemin de la croissance après les années Covid, affichant l’an dernier un chiffre d’affaires de 5,3 milliards de dollars (+16%) et un bénéfice de 164 millions de dollars. Mais le pas financier à franchir pour lancer un tout nouvel avion reste difficile à franchir.
Si Embraer prenait malgré tout la décision de s’aventurer dans le développement d’un concurrent à Airbus et Boeing, il faudrait beaucoup de temps avant qu’il ne s’arroge une part significative du gâteau. Alors que la décision de mettre en œuvre ce projet ne sera pas prise avant la fin de l’année 2025, comme le suggère le Wall Street Journal, son éventuelle entrée en service interviendrait aux environs de 2035. Au-delà de ce délai, les capacités industrielles du groupe semblent pour l’heure limiter sa capacité de nuisance vis-à-vis des grands avionneurs. Embraer a livré en 2023 64 avions commerciaux, contre 68 A220 et 571 A320 pour Airbus. Quand le premier espère produire entre 72 et 80 appareils cette année, le second mise sur la livraison de 75 A320 par mois en 2026.



