Comment Analog Devices catalyse l’innovation collaborative dans son nouveau campus dédié

Fabricant de composants électroniques, l'américain Analog Devices a mis en œuvre le programme Catalyst, dans le but d'innover en collaboration avec ses clients. Construit à Limerick, en Irlande, un bâtiment complet s'étalant sur 9000 mètres carrés concentre cet effort. La rédaction d'Industrie et Technologies a pu le visiter le mercredi 18 octobre 2023.

Réservé aux abonnés
ADI Catalyst
Une vue interne du bâtiment Catalyst, bâti dans une zone industrielle de Limerick (Irlande). La partie gauche est encore inoccupée. Au premier plan, on aperçoit une batterie de voiture électrique, un des axes de co-développement mis en oeuvre par ADI et des partenaires tels que Munich Electrification, qui conçoit des logiciels de supervision de batterie (BMS).

Robots fixes ou mobiles, modules sans fil incorporés à des batteries de véhicule électrique, moteurs et automates pour l’industrie 4.0, cartes électroniques de radiocommunication ou encore casque de réalité virtuelle… Ces dispositifs matériels disparates ont en commun des composants électroniques - capteurs, convertisseurs, microcontrôleurs et on en passe - conçus et produits par l’américain Analog Devices Incorporated, ou ADI.

C’est aussi la raison pour laquelle ils se retrouvent à l’intérieur d’un même bâtiment, construit dans la zone industrielle de Limerick (Irlande) où ADI a implanté dès 1976 son premier site européen de production de semi-conducteurs et de R&D. Son nom, écrit en grosses lettres non loin de l’entrée, se devine malgré les rideaux de pluie qui battent le trèfle irlandais en cette mi-octobre 2023 : Analog Devices Catalyst Europe. « Le mot Catalyst a été choisi en référence à la catalyse en chimie », signale Mike Morrissey, qui dirige le programme du même nom.

Cent millions d'euros sur trois ans

Si un catalyseur sert à accélérer les réactions chimiques, Catalyst promet de jouer le même rôle pour l’innovation technologique collaborative. Les hubs ou incubateurs de vocation similaire ont fleuri ces dernières années, mais ADI ne lésine pas sur les moyens pour structurer sa stratégie. Le bâtiment dévolu au programme ADI Catalyst, annoncé en mars 2022, se déploie sur 9000 m2 et l’investissement total s’élèvera à 100 millions d’euros sur trois ans.

Le lieu n’étant opérationnel que depuis le printemps 2022, une bonne moitié de l’espace du bâtiment est encore inoccupée. Le reste est partagé entre salles de réunion et de conférence, de grands volumes assez vides pour le moment, appelés à se remplir de bureaux et, surtout, la zone qui héberge des douzaines de bancs d’essai.

Réduire le coût de thérapies individualisées contre le cancer

On y croise des représentants de Johnson & Johnson, entreprise pharmaceutique d’origine américaine, qui conduit plusieurs expérimentations à l’aide de systèmes robotiques. Un peu en retrait, un trio de bras poly-articulés, placés sous un abri de verre, se coordonnent pour manipuler l’un après l’autre de petits éléments. Ils sont assortis de plusieurs composants issus des usines d’ADI : capteurs temps de vol pour mesurer des distances, capteurs magnétiques, etc. ainsi qu’une caméra de l’allemand Sick pour le contrôle-qualité.

Ce banc d’essai a pour objectif de développer une solution matérielle et logicielle pour réduire le coût des traitements individualisés contre le cancer, comme l’immunothérapie basée sur les récepteurs antigènes chimériques (les lymphocytes T, modifiés génétiquement, parviennent à identifier et à éliminer les cellules cancéreuses).

« Le coût de production passerait de 500 000 dollars à 10 000 dollars », explique Mike Morrissey. Ceci grâce à une chaîne robotique beaucoup moins figée, dans laquelle chaque robot serait indépendant, ajouté ou retiré selon le besoin immédiat et reprogrammé pour telle ou telle tâche. « Le TRL est de 6/7 », poursuit Mike Morrissey.

Johnson & Johnson a détaché sur place du personnel et y installé ses robots. « Ce sera le modèle dominant pour ADI Catalyst », indique Mike Morrissey. Un peu plus tard, il précise que le type de partenariat noué entre ADI et ses partenaires s’inspire du programme européen de recherche et d’innovation Horizon 2020 – aujourd’hui Horizon Europe.

Des données en direct pour améliorer puces et circuits

Le groupe pharmaceutique a ainsi l’opportunité d’éprouver les composants d’ADI dans des conditions proches de la réalité. Il profite aussi de l’expertise des quelque 1000 ingénieurs présents sur le « campus », ainsi qu’est surnommé ce site industriel.

Cette relation plus étroite profite aussi à Analog Devices, bien évidemment, qui acquiert une meilleure connaissance des attentes de ses clients, plus en amont sur la chaîne de valeur, et peut ainsi aiguiller ses projets de R&D. Ou, plus immédiatement, optimiser ses produits.

« On peut leur fournir directement des données pour améliorer leurs puces et circuits », illustre l’ingénieur Lino Delizia, ancien d’ADI travaillant désormais pour Vodafone. A l’autre extrémité du bâtiment, l’opérateur télécoms, Intel et ADI ont monté un mât avec des antennes radio, reliés à un serveur informatique. 

Les trois partenaires visent une réduction de « 40% de la consommation électrique du système », commente Peadar Forbes, directeur du développement des plateformes radio à ADI, qui désigne une unité radio (une carte électronique) de référence, posée sur le serveur. « Nous voulons synchroniser le mode Microsleep (un état de veille défini par la 3GPP, publiant les spécification des réseaux mobiles, ndlr) de l’unité radio avec les techniques de sauvegarde d’énergie sur les couches basses II et III du réseau », détaille-t-il.

Les start-up attendront leur tour

Responsable du développement Open RAN (architecture pour des réseaux ouverts, ndlr) chez Vodafone, Andy Dunkin témoigne de l’intérêt de cette collaboration au sein de Catalyst et de la mutation en cours dans l’industrie: « Il y a deux ans, nous parlions davantage aux OEM et ODM (fabricants de produits, ndlr). Aujourd’hui, nous passons 80% de notre temps avec les fournisseurs de semi-conducteurs. C’est devenu plus horizontal. »

Ces collaborations s’étendent aussi au monde académique, en particulier l’université locale. Plusieurs étudiants et thésards, spécialisés en électronique et en logiciel, peuplent les lieux. ADI ne se cache pas que c’est un moyen de distinguer de futurs talents.

On s’attend à rencontrer des visages de startuppeurs, généralement aussi juvéniles. Mais Mike Morrissey prône une certaine prudence : « Des start-ups, il y en a tellement que c’est difficile de choisir et la plupart se cassent rapidement la figure. Nous préférons nous concentrer sur les grands groupes et les PME, mais c’est une position que nous pourrions revoir à l’avenir quand le site Catalyst sera mieux établi. » Ce concept de bâtiment collaboratif pourrait s’exporter hors d’Irlande, et le Japon serait la direction privilégiée.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.