Allemagne et France dans la bataille des batteries pour l’automobile

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Cest près d’Angoulême (Charente), dans une zone industrielle de la commune de Nersac, que pourrait se jouer une partie de l’avenir de l’industrie automobile européenne. C’est en tout cas là qu’entrera en service, à la mi-2021, la ligne pilote de production de cellules de batteries pour véhicules, issue du projet franco-allemand porté par le fabricant français de batteries Saft et le constructeur automobile PSA – dont la coentreprise devrait être officialisée "dans les semaines à venir", selon plusieurs sources interrogées par "L’Usine Nouvelle". Inaugurée en grande pompe le 30 janvier par Emmanuel Macron et par la ministre de la Recherche allemande, Anja Karliczek, cette ligne vise à accélérer l’élaboration d’échantillons de batteries lithium-ion d’un niveau technologique avancé, en collaboration avec le centre de R & D de Saft à Bordeaux (Gironde). Objectif : "Être capable de fournir au moment de leur industrialisation, en 2023, les meilleures cellules de batteries en termes de performances du marché, que ce soit au niveau de la densité énergétique ou de la capacité à opérer dans des conditions extrêmes", souligne le directeur général de Saft, Ghislain Lescuyer.

Mise en production à partir de 2023

La mise en œuvre de cette ligne pilote devrait employer environ 200 personnes d’ici à trois ans. Elle n’est qu’une première étape dans le projet des deux industriels. Une fois abouties technologiquement, les cellules de batteries de Nersac entreront en production vers 2023 dans l’usine l’assemblage de moteurs de PSA à Douvrin (Pas-de-Calais). Le travail de compactage réalisé dans les sites du groupe a permis de libérer ces dernières années des centaines d’hectares, dont une partie sera adaptée, dans les Hauts-de-France, à la production de ces futures batteries. Idem dans l’usine de la marque Opel – propriété de PSA – à Kaiserslautern, en Allemagne, où les travaux de conversion devraient commencer en 2024.

À terme, ces deux sites devraient afficher des capacités annuelles de production de 48 gigawattheures. De quoi couvrir les besoins en batteries de près de 1 million de véhicules électriques. Sur chaque site, 2 000 à 2 500 emplois devraient être créés d’ici à la fin de la décennie, pour un investissement total de 5 milliards d’euros. La France devrait contribuer à cette enveloppe à hauteur de 846 millions d’euros et l’Allemagne apporter 436 millions.

Des chiffres ambitieux, en phase avec l’objectif européen de créer une véritable force de frappe dans la production de batteries pour l’automobile. L’enjeu est crucial, puisque ces composants représentent 30 à 40 % de la valeur totale d’une voiture électrique. D’autant plus que le passage aux 95 grammes de CO2 en Europe va faire croître la part de ces nouveaux véhicules dans les ventes... Problème : "Les batteries sont toutes produites en Asie", a déploré ­Emmanuel Macron, qui voit dans le projet lancé à Nersac le moyen de retrouver une "souveraineté européenne" dans le domaine. Surfant sur le savoir-faire acquis dans l’électronique grand public, les chinois CATL et BYD, le japonais Panasonic et les sud-coréens LG-Chem et Samsung-SDI ont totalisé en 2018 plus de 70 % de la production de cellules de batteries pour l’automobile, selon le Center for automotive research.

Un marché dominé par l’Asie

Un monopole auquel souhaite mettre fin l’Europe. En décembre, la Commission a donné son feu vert à un projet important d’intérêt européen commun (IPCEI) dédié aux cellules de batteries pour l’automobile, dans lequel s’inscrivent les travaux de PSA et de Saft. Les IPCEI correspondent à des systèmes d’aide qui permettent de soutenir les phases de R & D et le début de l’industrialisation. Au total, 3,2 milliards d’euros abondés par sept États européens doivent être consacrés au développement de cette filière de production de batteries. Mais les interrogations restent nombreuses sur la capacité de l’Europe à rattraper les fabricants implantés en Asie.

"Certains considèrent que l’Europe est en retard. J’estime au contraire que l’on arrive au bon moment, puisque les ventes de véhicules électriques sont en train de décoller", défend Olivier Bourges, le directeur de la stratégie et des programmes du groupe PSA. Même discours chez Saft : "Je n’ai aucun complexe sur la qualité des cellules", lance Ghislain Lescuyer. Reste à savoir si les futures usines de la coentreprise entre PSA et Saft ainsi que les autres projets 100 % européens portés par le suédois Northvolt seront en mesure de délivrer ces batteries à un coût compétitif. "C’est fondamental", admet Olivier Bourges, tout en ajoutant que les batteries produites à Douvrin et à ­Kaiserslautern auront vocation à alimenter les besoins de PSA et de tout autre constructeur soucieux de se fournir localement. Comme, peut-être, Renault, qui s’approvisionne pour le moment auprès de fournisseurs asiatiques ? À condition de parvenir à faire mieux que les géants d’Asie.

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