Airbus lance son propre diplôme cyber, sur fond de guerre des talents

Airbus lance en septembre un diplôme en cybersécurité, de niveau licence, encadré par ses équipes. Alors que 180 postes dans ce domaine sont non pourvus au sein du groupe, l’initiative vise à réduire les difficultés de recrutements sur cette thématique stratégique.

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lycee Airbus
Airbus aimerait bien faire le plein de cyber... Rien de tel que de mettre en place une formation maison: un diplôme de niveau licence ouvrira en septembre.

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Et en particulier en période de pénurie… C’est pour pallier de fortes difficultés de recrutements dans le domaine sensible de la cybersécurité qu’Airbus lance son propre diplôme. De niveau licence, il sera mis en place dès la rentrée de septembre à Toulouse (Haute-Garonne). La première promotion sera constituée de 24 étudiants, des bac+2 (IUT, BTS…) âgés de 20 à 22 ans. Une formation qui devrait vite monter en puissance.

« Nous sommes confrontés à une vraie guerre des talents, reconnaît Catherine Jestin, vice-présidente exécutive digital et gestion de l’information à Airbus. Le digital est désormais présent dans toutes les entreprises et pas seulement industrielles. Il y a une vraie pénurie de ressources sur ces métiers, exacerbée par l’accélération de la transformation digitale. » Sur les quelque 6000 recrutements du groupe prévus en 2022 dans le monde, 250 postes sont directement liés en Europe aux besoins dans le digital (cyber, cloud, IA…). Et l’avionneur affiche aujourd’hui 180 postes non pourvus spécifiquement dans la cybersécurité…

Un diplôme de niveau licence

Avec ce diplôme mijoté en interne, Airbus cherche à se donner toutes les chances de sortir de cette situation de pénurie dans un domaine stratégique, touchant à la fois à ses produits, ses usines et ses opérations. « En créant notre propre diplôme, nous cherchons à fidéliser une promotion entière d'étudiants en les formant et en les embauchant au sein du groupe à l’issue de leur formation, dévoile Catherine Jestin. A ma connaissance, c’est une première en France sur cette thématique. »

Dans le détail, il s’agira d’un diplôme reconnu de niveau licence, avec 550 heures de formation. Il sera en effet fourni dans le cadre du RNCP, le Répertoire National des Certifications Professionnelles, un dispositif spécifique à la France qui permet à une entreprise de développer un diplôme correspondant à un besoin spécifique, ici la cybersécurité appliquée à l’aéronautique. « Notre modèle sera basé sur un enseignement théorique et de la formation en apprentissage, en alternance toutes les deux semaines », explique Catherine Jestin.

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Confronter les étudiants au terrain

Pour la première année, les cours seront donnés sur le site de Saint Eloi, où se trouve le lycée Airbus attenant à l’usine d’assemblage des mâts réacteurs. Ce sont des salariés d’Airbus qui effectueront les enseignements sur la base du volontariat, qu’il s’agisse de RH, d’éthique, de finance, et bien sûr de cybersécurité. Au menu des travaux pratiques : des tests de pénétration, des analyses de vulnérabilités, des analyses de données… Autant d’opérations assurées par les équipes cybersécurité présentes au SOC (Security Operation Center).

Confronter les étudiants aux problèmes spécifiques du secteur, c’est le but de cette formation. Or la cyber concerne les réseaux, les postes de travail, les produits mais aussi les opérations en production et donc les robots, les grues, les machines-outils, l’internet des objets ou bien encore les tablettes. Durant leur formation, les étudiants toucheront de près cette réalité, sur des ordinateurs, des serveurs dédiés et toute la panoplie des outils digitaux.

Plusieurs évolutions possibles

Airbus est parvenu à bâtir cette formation maison en un temps record. Les premières discussions en interne ont eu lieu en décembre 2021, avec dans la boucle Thierry Baril, le directeur général des ressources humaines du groupe. « Nous avions alors beaucoup plus de questions que de réponses, se souvient Catherine Jestin. Le dossier a été déposé en janvier 2022 et nous attendons l’agrément avant l’été. » Si le groupe est resté discret sur le sujet, il a tout de même commence à assurer la promotion de ce diplôme et a reçu en quelques semaines plus de 200 candidatures.

S’il s’agit pour l’heure d’un diplôme de niveau licence, Airbus prépare déjà le deuxième étage de la fusée : un diplôme de niveau master, soit trois ans de formation au total. La formation cumulera alors trois années de 550 heures de formation chacune. L’avionneur n’affiche pas d’objectif chiffré en termes d’évolution des effectifs. « Si les besoins sont là, pourquoi ne pas accueillir plus d’étudiants, mais rien n’est décidé à cette heure », souligne Catherine Jestin. Autre piste envisagée en interne, celle d’exporter cette formation dans les autres pays où Airbus est présent.

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