Aviation décarbonée et compétitivité industrielle peuvent faire bon ménage. C’est ce que tente de prouver SKF Aerospace, division dédiée à l’aéronautique du groupe suédois. L’entreprise a dévoilé sur son site de Lons-le-Saunier (Jura), mardi 29 mars, le résultat d’un investissement de 2,5 millions d’euros : une ligne automatisée de placements de fibres pour la production de bielles en composites des Airbus A350. Une modernisation qui s’est accompagnée d’une deuxième enveloppe de 1,5 million d’euros, dédiée à la digitalisation de tous les process du site. SKF Aerospace a reçu au total une aide de l’Etat de 800 000 euros, dans le cadre du plan de relance de la filière.
Discret, le spécialiste des roulements à billes est pourtant un sous-traitant omniprésent dans le secteur aéronautique, qui représente environ 8% du chiffre d’affaires du groupe à l’échelle mondiale (7,3 milliards d’euros en 2021). Des avions d’Airbus et de Boeing, en passant par les Falcon et Rafale de Dassault, ces pièces se retrouvent des trains d’atterrissage aux moteurs en passant par les éléments de voilure. En France, l’activité aéronautique du groupe génère plus de 150 millions d’euros de chiffre d’affaires via trois sites regroupant un millier de salariés : Lons-le-Saunier, Valence (Drôme) et Valenciennes (Nord).
Un parc de six robots Kuka
Avec ce nouvel investissement, SKF souhaite rester dans la course dans le domaine très compétitif des composites. Des matériaux dont la mise en œuvre reste encore en bonne partie manuelle dans l’aéronautique. « Avec cette ligne automatisée, les bielles gagnent en résistance, offrant in fine un gain de masse de 10 à 20% suivant leur taille », s’enthousiasme Philippe Peroz, président de SKF France et directeur de l’activité aéronautique du groupe au niveau mondial. De quoi améliorer les performances de ces imposantes pièces critiques qui renforcent le caisson central de voilure des avions et séduire les avionneurs soucieux de décarboner leurs appareils.

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Comment SKF Aerospace a-t-il obtenu un tel résultat ? En lieu place du procédé de moulage par transfert de résine (RTM), SKF Aerospace a adapté pour ses besoins un parc de six robots Kuka qui assurent l’assemblage des fibres de carbone pré-imprégnées sur des mandrins selon une géométrie complexe. Les étapes suivantes restent toujours manuelles, de la cuisson, au ponçage en passant par la peinture. « Les premiers kits de bielles pour les A350-900 ont été livrés via cette ligne en janvier 2022 », précise Charlotte Thouvenot, responsable production de l’activité composites du site.
Ce procédé de tissage fait au final la différence : les 72 bielles allégées – 145 kilos contre 165 kilos auparavant – destinées à chaque A350 généreraient au global un gain de plus de 100 000 tonnes de CO2 sur toute la durée de vie de la flotte A350 livrée à partir de 2022, selon les calculs de SKF Aerospace. En 2022, SKF prévoit de livrer 52 kits complets : 45 pour des A350-900 et 7 pour des A350-1000, soit 52 appareils. Si cette ligne a la capacité de produire 14 kits par mois, Airbus dit tabler sur une cadence de six appareils par mois à l’automne 2022, le marché des long-courriers restant toujours atone.
Avec cet investissement, ce site espère regagner du terrain en termes de compétitivité. « Notre activité reste 20% inférieure à celle de 2019, avant la crise générée par la pandémie mondiale », déplore Philippe Peroz. Ce site de Lons-le-Saunier, qui a généré 60 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, a été contraint de réduire ses effectifs par la mise en œuvre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). « Les effectifs sont passés de 370 personnes en 2019 à 310 aujourd’hui, avec 20 licenciements », chiffre Sylvie Moine, responsable des ressources humaines. Une passe difficile qui n’empêche pas l’entreprise de faire face à une pénurie de compétences. Elle pourrait être en partie atténuée par le lancement en 2022 d’une école de formation interne.



