Après la Nouvelle-Aquitaine en mai dernier, une deuxième région va accueillir une ligne de production dédiée au traitement des ballons d’eau chaude en fin de vie. Et c’est dans le Nord, à Lesquin, près de Lille, que cette unité capable, à plein régime, de traiter 15000 tonnes de ballons par an, va entrer en service début juillet.
«C’est la deuxième ligne au monde de dépollution de ballons d’eau chaude, se réjouit Guillaume Tellier, directeur des opérations chez Renewi E-Waste, filiale du groupe Renewi (6000 salariés en Europe). Au-delà du symbole, cette ligne industrielle place la France au rang de pionnière.»
Une filière unique au monde
Quatre autres sites doivent ouvrir dans l’hexagone : Derichebourg Revival à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne) en septembre 2025 ; Derichebourg Eska à Cheminot en Moselle (Moselle) et Derichebourg Purfer à Saint-Pierre-de-Chandieu (Rhône) plus tard en 2025 ; puis Derichebourg AFM Recyclage à Montoir (Morbihan) en 2026.
«Lorsque les six sites seront opérationnels, nous pourrons valoriser jusqu’à 100000 tonnes de ballons d’eau chaude par an et éviter ainsi le rejet de près de 400000 tonnes de CO2», indique Philippe Chemineau, directeur des opérations chez Ecosystem. L’éco-organisme prévoit de consacrer chaque année plus de 50 millions d’euros au financement de la dépollution des ballons d’eau chaude sur l’ensemble de ses six sites en France.
Une spécificité française
«Le gisement est conséquent puisqu’on estime à 16 millions le nombre de foyers français possédant un ballon d’eau chaude», poursuit Philippe Chemineau. C’est une spécificité bien française. «Les ballons d’eau chaude sont particulièrement répandus en France, un peu aux Pays-Bas et en Allemagne, en raison notamment d’une électricité nucléaire peu chère, observe Guillaume Tellier. Nous n’avons donc pas de problème d’approvisionnement. Notre problème est plutôt d’éviter que ces ballons en fin de vie ne partent en Espagne, par exemple.»
«Des pollueurs silencieux»
Avec ce site nordiste, l’éco-organisme vient concrétiser un appel à projets lancé en 2022. «Cette ligne vient combler un manque car pendant longtemps, les ballons d’eau chaude sont restés des pollueurs silencieux, contenant des gaz jusqu’à 10000 fois plus polluants que le CO2», ajoute Sébastien Huyghe, député du Nord.
Des ajustements ont été opérés sur la ligne spécialement conçue pour les ballons d’eau chaude. «Nous sommes rompus au traitement des réfrigérateurs que nous savons valoriser à 97%, précise Guillaume Tellier. Mais un ballon d’eau chaude contient plus de fer et moins de plastique. Et nous avons également dû gérer la problématique du calcaire.»
Un procédé unique a été développé pour traiter le calcaire. «Le calcaire représentait un verrou technique car il crée une sorte de boue qui va colmater l’ensemble du système», explique Philippe Chemineau. Renewi E-waste a donc installé en amont de la ligne une station de lavage, conçue sur-mesure, qui sépare le calcaire de la cuve.
Jusqu’à 80% de matières recyclées
En sortie de ligne, le calcaire ainsi isolé est envoyé en cimenterie, l’acier récupéré sera revendu à des sidérurgistes de la région et en Belgique, le cuivre à des affineurs en Europe et les gaz captés seront comprimés et envoyés en installations agréées pour être incinérés.
Le site lillois prévoit une montée en puissance dans les huit à douze prochains mois. «Il nous faut une bonne année pour éduquer tous les récupérateurs de ballons à les vendre à Renewi», estime Philippe Chemineau. Les partenaires chiffrent le taux de valorisation possible des ballons à 80%. «Seules les matières sont recyclées. La difficulté actuelle est l’inexistence de valorisation de la mousse de polyuréthane, utilisée comme isolant dans le ballon», précise-t-on chez Renewi.



