À l'Ensci, des cours pour apprendre à manier l'IA

L'école de design industriel Ensci - Les Ateliers étudie les forces et les faiblesses de l'intelligence artificielle pour renforcer la créativité de ses étudiants.

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Le recours à l'IA oblige les étudiants à repenser les processus de création.

L'intelligence artificielle est-elle créative par elle-même ? Pour Johan da Silveira, professeur à l'École nationale supérieure de création industrielle (Ensci - Les Ateliers), «la réponse n'est pas tranchée ».

Cette question presque philosophique teinte tous les cours d'IA générative proposés par cette école de design, située dans le XIe arrondissement de Paris, à ses 350 élèves. Car pour Frédérique Pain, l'énergique directrice, impossible de passer à côté de cette révolution. Elle lie le succès de cette technologie à «l'arrivée de solutions ergonomiques et faciles d'utilisation ». Que ce soit Midjourney, Dall-E ou Stable Diffusion, ces nouveaux logiciels génèrent automatiquement des images à partir d'une consigne appelée prompt. De quoi faire trembler les designers.

Dès 2022, l'Ensci a donc institué des cours pour tester les solutions du marché, les évaluer et réfléchir à leurs répercussions sur la production, la création et la conception. L'occasion pour cette école, dont une immense verrière recouvre ce qui était autrefois une cour centrale ouverte, de se démarquer.

Déstructurer les idées

«À travers leurs projets, les étudiants sont amenés à réfléchir à l'impact des solutions d'IA sur leur processus de création, afin de mieux comprendre quand et comment elles interviennent sur leur flux de travail », détaille Étienne Mineur, le responsable du labo expérimental chargé de l'IA. Cela peut être au début, pour structurer ou déstructurer leurs idées. Car une partie du travail consiste à trouver et à étoffer une ébauche avec des recherches, des croquis et des dessins. Une partie moins visible que les nombreux projets jonchant le sol et les tables, sous la forme de maquettes, de constructions et même d'une Citroën Ami One désossée.

Dans son dédale de 11000 m2, où des métiers à tisser côtoient des imprimantes 3D et des instruments pour découper le bois et le métal, l'école tient à combiner numérique et physique. Un étudiant se penche sur la création d'une nouvelle langue à partir des déformations faites par un algorithme d'IA. Une autre utilise la technologie pour confectionner des couverts en mélangeant les cultures taïwanaise et française du XVIIe siècle.

«Malheureusement, l'IA est souvent déconnectée du processus de création du designer. Elle est traitée comme une machine à créer du contenu, relate Ulysse Van Duinen, fraîchement diplômé de l'Ensci. Avec un simple prompt, des personnes pensent remplacer les étapes de recherche et de réalisation des images -dessin et maquette pour lesquelles le designer tire son inspiration du contexte client, du projet, de ses impressions. »

Pour son projet final, le jeune homme est parti de cette réflexion : les images issues des prompts figent la création et le rendu sans laisser l'espace suffisant pour s'interroger sur l'intention. Il a donc paramétré un outil d'IA générative pour que des formes soient suggérées en boucle à partir d'un dessin fait à la main. «Il ne faut plus créer d'image finie », souligne-t-il.

Au-delà des questionnements sur la créativité, la prise en main de ces systèmes est essentielle car ils sont utilisés dans les agences de design. L'insertion professionnelle est un point clé pour la directrice, qui redoute que ces entreprises n'embauchent plus ni étudiant ni stagiaire ni jeune diplômé pour de petits boulots. «Les images à très faible valeur ajoutée sont créées avec des outils d'IA générative, mais ce n'est pas grave. Qui a envie de faire ce type d'images ?», objecte Ulysse Van Duinen.

Monter des scénographies, faire des rendus 3D ou dessiner des images complexes sont des tâches bien plus intéressantes, demandées aujourd'hui à ces nouveaux venus sur le marché de l'emploi. D'où la formation des élèves aux forces et faiblesses de la technologie. Un prérequis alors que tous les logiciels spécialisés intègrent progressivement des briques d'IA.

3739 février 2025
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Vous lisez un article du numéro 3639 - Février 2025

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