Les batteries défilent déjà à côté des moteurs à combustion sur les lignes de production de Stellantis à Hordain (Nord). Bientôt, les mécaniciens de l’usine ajouteront une autre corde à leur arc : les piles à combustible. Jeudi 27 octobre, le constructeur automobile a annoncé un investissement de 10 millions d’euros pour assembler des véhicules utilitaires à hydrogène. Le chantier permettra de regrouper sur le même site trois types d’énergies : thermique, électrique à batterie et hydrogène.
«Ce site a été précurseur dans la digestion de l’électrique, c’est pour cela que j’ai décidé de lui faire confiance pour l’hydrogène. Cela le place en position de pointe sur la mobilité propre», a déclaré Carlos Tavares, directeur général de Stellantis.
Début de production en 2023
La production des fourgons à hydrogène doit débuter en 2023 avec les modèles Citroën Jumpy, Opel Vivaro et Peugeot Expert. Dès 2024, Stellantis souhaite atteindre une capacité de 5000 véhicules par an. Pour l’instant, la production du constructeur ne se limitait qu’à une centaine d’exemplaires réalisés dans un atelier pilote à Rüsselsheim en Allemagne. «Entre cet atelier pilote et l’usine de Hordain, nous faisons un pas très significatif dans la réduction des coûts», souligne Carlos Tavares.
Eric Flogny L'usine de Hordain compte 2 342 salariés, dont 1580 CDI, 576 contrats de travail temporaire et 186 CDD. Crédit : Eric Flogny
Les fourgons n’auront plus besoin de passer la frontière pour recevoir leur pile à combustible et les réservoirs capables de stocker l’hydrogène à haute pression. Tout sera réalisé sur place à Hordain, dans une nouvelle installation de 8000 mètres carrés. « Equipés dès le ferrage d’une plateforme renforcée, les modèles à hydrogène suivront ensuite les étapes classiques de la peinture et du montage, sur la même ligne de production que les véhicules thermiques et électriques », précise Stellantis dans un communiqué.
Augmenter les volumes pour réduire les coûts
Au département montage de l’usine, les fourgons pendus aux convoyeurs survolent les allées. En-dessous d’eux, une nuée de chariots transportent les pièces nécessaires à l’assemblage final des véhicules. L’usine a suivi la cure de compactage chère à Carlos Tavares. Et cette logique bénéficiera bientôt aux véhicules à hydrogène qui seront assemblés sur la ligne « multi-énergie ». Selon Stellantis, ce regroupement permettra de diviser par deux le temps d’adaptation des véhicules à hydrogène par rapport au process de petite série à Rüsselsheim.
Eric Flogny L'usine de Hordain a été relativement préservée de la crise des semi-conducteurs, Stellantis privilégiant la fabrication de véhicules à forte marge. Crédit : Eric Flogny
«Ce sera un facteur déterminant pour faire de ces véhicules une proposition abordable», souligne Carlos Tavares. Le prix actuel des fourgons à hydrogène de Stellantis tourne autour des 110 000 euros. Une note douloureuse quand les équivalents dans l’électrique à batterie coûtent environ 40 000 euros. Mais Stellantis compte sur les besoins de professionnels qui recherchent un temps de recharge rapide (environ trois minutes pour un véhicule à hydrogène).
« En France et en Allemagne, il y a des aides très conséquentes aux entreprises qui vont dans cette direction. Donc il y a des clients qui sont prêts à payer très cher ces véhicules, développe Carlos Tavares. Les grandes entreprises avec des flottes pourront investir dans des bornes de recharge. » Stellantis a noué un partenariat avec Engie pour proposer des offres de recharge à ces acteurs.
Une transition électrique bien entamée à Hordain
L’usine de Hordain assemble elle-même ses batteries. Dans l’atelier dédié aux accumulateurs, des cartons chargés de modules portent le sigle du groupe chinois CATL. Les salariés utilisent des préhenseurs pour manipuler les piles et les installer sur un refroidisseur. Avec cette activité intégrée dans l’usine, 43% des véhicules fabriqués à Hordain sont 100% électriques. « Ce n’est pas du tout marginal, fait valoir Carlos Tavares. Nous pensons que nous allons très bientôt être au-dessus de 60%» Et le mouvement devrait s’accélérer avec la mise en service (prévue en 2023) de l’usine de batteries d’ACC à Douvrin, située à une dizaine de kilomètres de Hordain.
Eric Flogny Les salariés doivent porter des gants isolants sur certains postes de l'atelier d'assemblage des batteries. Crédit : Eric Flogny
Pour Stellantis, l’arrivée de l’hydrogène à Hordain confirme aussi « la volonté éthique de l’entreprise de ne pas séparer ses activités entre électrique et thermique, afin d’embarquer l’ensemble de ses collaborateurs dans la transition énergétique. » Un tacle à peine voilé à son rival Renault. Difficile pourtant de parler de climat apaisé à Hordain. Les représentants de la CGT ont profité de la venue de Carlos Tavares pour dénoncer une dégradation de leurs conditions de travail. « Derrière ces beaux véhicules à très forte rentabilité, des salariés souffrent et sont exploités », peut-on lire dans un tract du syndicat. « Nous n’apprécions pas la rentabilité d’une usine de façon isolée », a argumenté de son côté le directeur général, estimant que l’objectif de réduction des coûts n’avait pas encore été atteint à Hordain.
Quel avenir pour l'hydrogène ?
Le dirigeant ne se risque pas à livrer des prédictions sur la croissance du marché de l’hydrogène, une technologie décriée pour son faible rendement. «Beaucoup d’éléments peuvent interférer, à commencer par le coût de l’énergie», souligne Carlos Tavares.
Pour l’instant, Stellantis souhaite utiliser cette technologie dans les fourgons et les poids lourds. Mais le constructeur automobile envisage aussi des applications pour les pick-up américains. Et il n’exclut pas de se pencher sur le cas des voitures particulières comme le fait Toyota. «La plateforme du K-Zero est l’EMP2, c’est aussi celle de la Peugeot 3008. Donc nous saurions faire des voitures particulières à hydrogène mais il est trop tôt pour s’engager dans ces investissements. Ce n’est pas une question financière. Il y a une limite à la complexité et à la diversité qu’une entreprise est capable de gérer», conclut Carlos Tavares.



