« Nous sommes ici pour inaugurer la ligne de montage des piles à combustible », se félicite Heinz-Jürgen Löw. Le vice-président senior de l’unité véhicules utilitaires de Renault se tient devant un grand écran, entouré par David Holderbach, le président de la coentreprise Hyvia, et Andy Marsch, le dirigeant du spécialiste américain de l’hydrogène Plug Power. Trois véhicules flambants neufs trônent en majesté dans un coin de l’ancien hangar. Seule une ligne de production et un centre de test, tamisés par les projecteurs bleus, rappellent que nous sommes ici dans une usine. Bienvenue à Renault Flins (Yvelines), qui entame une nouvelle vie autour de l'économie circulaire.
Les cadres d'Hyvia, coentreprise détenue par Renault et Plug Power, ne sont pas peu fiers. En à peine neuf mois, ils sont parvenus à reconvertir ce bâtiment de 3 000 mètres carrés en une ligne de montage et d’assemblage de piles à combustible pour véhicules lourds. Devant l'écran géant, les trois alliés mettent volontiers en scène leurs affinités : « Quand Plug Power s'est cherché un grand frère, on a eu la chance de trouver Renault, le plus grand fabricant de véhicules utilitaires en Europe », sourit Andy Marsch.
Sur les 70 salariés de la coentreprise, une quinzaine de salariés de Renault ont bénéficié d'une reconversion et travaillent sur le site de Flins. Parmi eux, figurent également six ingénieurs américains de Plug Power, qui ont franchi l'Atlantique et tenté l'aventure en France. Heureusement, « tout le monde dispose d'un niveau d'anglais suffisamment bon pour qu'on se comprenne », sourit Mike Marciniak, employé de Plug Power venu de l'Etat de New York. L'entreprise américaine apporte son savoir-faire dans le stack, à savoir le cœur de la pile à combustible.
Guittet Pascal Les véhicules exposés dans l'ancien hangar sont situés sur la zone normalement dévolue à la fabrication des stations de recharge. Photo : Pascal Guittet

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Mars 2026
Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 2168+2.94
Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
Ces piles viendront équiper les trois nouveaux véhicules utilitaires de Renault : un van, un châssis cabine et un bus urbain, disponibles au deuxième semestre de cette année. Et ce, alors que la course dans les utilitaires hydrogène s'intensifie. Stellantis a notamment livré ses propres utilitaires à hydrogène fin 2021.
Plus de 400 composants dans une seule pile
A Flins, la pile est d’abord assemblée pendant huit ou dix heures, sur une ligne manuelle, « pour augmenter la capacité de la ligne », précise Olivier Cormier, son responsable. Le composant passe ensuite les différentes phases de test, qui vérifient l’étanchéité, le système d’air ou de refroidissement, ce qui prend jusqu’à trois heures. A l’intérieur de la pile, « c’est entre chaque membrane de polymère que la réaction chimique s’opère et que l’hydrogène se sépare en deux », décrit Mehdi Ferhan, directeur des opérations chez Hyvia. Les matières premières nécessaires à la fabrication de la pile - du platine notamment - proviennent d’Afrique du Sud ou d’Amérique et ne sont pas affectées par la guerre en Ukraine.
Guittet Pascal Dans la dernière phase de test, la pile à combustible monte peu à peu en puissance. Elle est maintenue 10 à 15 minutes à 5 kWh, 10 kWh, 15 kWh puis 30 kWh, sa capacité maximale, avant d'être validée. Photo : Pascal Guittet
Au-dessus du lieu de test, six cheminées surplombent la pile pour acheminer l’hydrogène au-dehors en cas de fuite. « Les composants, et il y en a plus de 400 sur une pile, viennent du monde entier. Plug Power nous aide à les localiser et on commence par les plus onéreux, les plus difficiles à transporter », poursuit le directeur des opérations d'Hyvia.
Une fois la pile fonctionnelle, elle est expédiée sur le site de PVI (une filiale de Renault) à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne). Les fourgons finis, eux, sortent du site de Batilly (Meuthe-et-Moselle). Sur le châssis cabine, la pile et le système de stockage se trouvent dans le châssis et à l’arrière du véhicule. Sur le bus et le van, tout est stocké sur le toit, pour libérer de l'espace et faciliter l'accès.
Guittet Pascal Le City Bus ne dispose que d'une capacité de stockage de 350 bars, contre 700 pour les deux autres modèles. Une performance jugée suffisante en ville, et qui libère de la place en bas pour les usagers. Photo : Pascal Guittet
Une gigafactory en vue d’ici à 2025
La stratégie d’Hyvia vise à s’implanter d’abord en France et en Allemagne, puis au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, pays les plus avancés sur l’hydrogène. « Les véhicules seront disponibles dans le réseau Renault et ils seront aussi vendus à terme par Hyvia », projette David Holderbach. Des mécaniciens qualifiés seront formés en interne pour être capables d’intervenir sur les piles à combustible. « On veut que Flins devienne le centre européen de l’assemblage des piles à combustible, ajoute Mehdi Ferhan. L’objectif est de créer une gigafactory hydrogène d’ici à 2025 avec 1 000 piles à combustible assemblées par an, des stations de recharge et de l’hydrogène vert. »
Les cadres de la coentreprise reconnaissent que le prix de ces véhicules à hydrogène reste élevé, mais assurent que le prix à l’usage est déjà intéressant. « Pour les petites séries, il faut 12 litres de diesel pour 100 kilomètres, donc 24 euros, contre 12 euros le kilo d’hydrogène, explique David Holderbach. Sachant qu’il faut deux kilos d’hydrogène pour 100 kilomètres, c’est le même prix sur cette distance. »
Guittet Pascal Une fois les éléments électroniques montés, le radiateur auxiliaire est assemblé. Les outils numériques de Renault et Plug Power suivent tous les composants de la pile, et déterminent s'il y a lieu de les retoucher ou de les échanger. Photo : Pascal Guittet
Renault et Plug Power attendent beaucoup des plans en faveur de l’hydrogène récemment annoncés au niveau national et européen. Le pacte vert présenté l’an dernier par la Commission européenne prévoit que seuls les véhicules électriques à batteries et à hydrogène seront disponibles à l’achat en 2035. Hyvia fait partie des quinze projets français retenus dans le cadre du Projet important d’intérêt européen commun (Piiec) en matière d’hydrogène. 1,9 milliard d’euros issus du plan France 2030 vont également être consacrés à cette énergie. « Avec les aides publiques, on s’attend à une décroissance du coût de l’hydrogène », assure Mehdi Ferhan. Dans l’usine de Flins, on y croit dur comme fer... Ou plutôt comme platine.



