Intégrer l’intelligence artificielle générative pour accélérer la prise de décision sur le champ de bataille : c’est l’intention de Thales et du CEA-List avec leur partenariat dévoilé à l’occasion d’Eurosatory, le grand salon de la défense et de la sécurité qui se termine ce vendredi 21 juin 2024 à Villepinte (Seine Saint-Denis).
Le projet a en vérité débuté fin 2023. Long de trois ans, il consistera à insérer l’IA générative dans la boucle de commandement OODA (observer, orienter, décider et agir), qui dicte de façon conceptuelle la conduite des opérations militaires.
Le CEA-List y contribue avec son expertise en IA générative, tandis que Thales, au travers de sa nouvelle entité CortAIx présentée en mars dernier, apporte ses compétences d’intégration de l’IA dans les systèmes d’information et sa connaissance des métiers de la défense.
« L’idée est d’exploiter des données de source et nature différentes – images, vidéos, textes ou autres types de données – pour produire de l’information pertinente à l’adresse des opérateurs dans les centres de commandement, les aidant à mieux comprendre la situation et à prendre la bonne décision », explique Quoc-Cuong Pham, responsable du service d'intelligence artificielle langage et vision au CEA-List. De cette manière, les militaires pourront « gagner en vitesse et en capacité d’anticipation face à des situations complexes et changeantes ».
Souveraineté et confiance, maîtres-mots
Les deux partenaires comptent explorer et co-développer un ensemble de pistes techniques, dont l’architecture Transformer au cœur de l’IA générative, bien adaptée à l’analyse multimodale.
« On parle d’IA générative pour pouvoir dialoguer de façon intuitive avec les systèmes d’information et on parle aussi d’autres modèles qui pourront croiser des données de nature différente, détaille Quoc-Cuong Pham. Les technologies récentes ont montré qu’on pouvait générer des images cohérentes à partir de texte par exemple. Nous allons étendre ce genre d’approche en y adjoignant d’autres modalités. »
Souveraineté oblige pour un secteur aussi stratégique, les modèles seront construits de pied en cap. « Nous voulons maîtriser les données d’apprentissage, les manières d’évaluer leurs performances, leur précision, leur robustesse… », précise Quoc-Cuong Pham. L’IA générative sera spécialisée de manière à obtenir des performances optimales et une « taille » raisonnable pour exécuter localement les inférences.
Et comme il s’agit de systèmes critiques, il est bien sûr question d’IA de confiance. A plus forte raison avec l’IA générative, en proie à des hallucinations qui feraient désordre sur un théâtre d’opérations militaires.
Un premier démonstrateur à base de cartographie interactive
« L’humain restera dans la boucle, assure Quoc-Cuong Pham. Si l’IA permettra aux opérateurs d’enrichir leur compréhension de la situation, l’expertise humaine permettra aussi de corriger certaines erreurs de l’IA et de modifier son comportement. Ce sera une collaboration entre IA et humain. »
C’est une démarche d’IA hybride que Thales connaît bien pour avoir travaillé sur le sujet, entre autres dans le cadre du programme national Confiance.ai. D’autre part, les données étant généralement peu abondantes dans le domaine de la défense, « nous travaillerons sur des techniques d’apprentissage frugal » ajoute Quoc-Cuong Pham.
Thales et le CEA-List élaborent un premier démonstrateur. « C’est un système qui prend la forme d’une cartographie interactive où sont placés automatiquement les évènements que l’on déduit à partir d’images et de texte », conclut Quoc-Cuong Pham.



