Pour réunir les principaux industriels de l’armement, Emmanuel Macron n’a pas choisi par hasard de se déplacer sur le site d’Eurenco situé à Bergerac (Dordogne), ce 11 avril. Pour l’Elysée, ce site est à la convergence des enjeux d’une politique industrielle dans le contexte de la guerre en Ukraine : réindustrialisation et souveraineté avec la pose de la première pierre d’une nouvelle usine de fabrication de poudre (un investissement de 60 millions d'euros) ; économie de guerre avec le doublement de la production de charges modulaires des obus de 122 mm. La dimension européenne n'est pas oubliée avec l’octroi d’une subvention de 76 millions d’euros à Eurenco via le programme "Asap" de soutien à la production de munitions de la Commission européenne.
«Grâce à la mobilisation des collaborateurs, l’usine tourne en permanence. Elle a augmenté ses cadences. On a doublé la production, s’est félicité le président de la République. Depuis l’agression russe en Ukraine, nous avons décidé de rentrer dans cette économie de guerre. (…) Nous avons besoin de produire davantage pour soutenir l’Ukraine et nous protéger nous-mêmes».
Alors que le conflit en Ukraine est entré dans sa troisième année et que des doutes montent sur la capacité des pays européens à soutenir l’effort de guerre ukrainien, le président a tenu à donner le signal d’une mobilisation totale en se rendant à Bergerac. Il a convoqué les principaux acteurs concernés par le chantier de l’économie de guerre : le général Thierry Burkhard chef d’état-major des Armées, et Emmanuel Chiva, le patron de la DGA (Direction générale de l'armement) pour le domaine militaire, les deux membres de son gouvernement en première ligne, Sébastien Lecornu, ministre des Armées et Bruno Le Maire, ministre de l’Économie ainsi que les dirigeants des principales entreprises d’armement (Aubert et Duval, Dassault Aviation, Eurenco, KNDS France -ex Nexter-, MBDA, Naval Group, Roxel, Thales). Seul manquaient à l’appel les patrons d’Airbus et de Safran.
Mobilisation générale
«J’ai réuni ici l’ensemble des industriels du secteur de la défense pour constater ce qui avait été fait. Et pour encore mobiliser davantage (…) Ce n’est pas demain l’économie de guerre, c’est là», a souligné Emmanuel Macron. A l’occasion d’un déjeuner de travail, les acteurs étatiques et industriels ont mis les principaux sujets sur la table. Comment optimiser les financements ? Comment simplifier les procédures pour aller plus vite ? Comment mobiliser les financements européens ? Comment jouer sur le levier de l’exportation pour donner plus de visibilité au carnet de commandes…

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Le président confirme ainsi sa volonté d’être le grand chef du chantier de l’économie de guerre. Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Emmanuel Macron avait lancé cette initiative en juin 2022 lors du salon de l’armement terrestre d’Eurosatory, moins de trois mois après l’invasion de l’Ukraine. Il exhortait déjà les industriels de l’armement à produire plus et plus vite. Depuis il n’a eu de cesse de mettre la pression sur tous les interlocuteurs concernés. Comme lors de ses vœux aux armées en début d’année à Cherbourg. Le président insistait sur le pilotage par les délais et qu’il ne fallait plus raisonner en années mais en mois et en semaines.
Des engagements respectés au centime près
A Bergerac, le chef de l’Etat a rappelé que les investissements dédiés à l’effort militaires et inscrits dans l’actuelle LPM de 2024-2030 (loi de programmation militaire, NDLR) ne seront pas réduits malgré le contexte budgétaire. «Depuis 2016, on a doublé les commandes militaires. On a donné de la visibilité à l’industrie de défense et on a créé de l’emploi. Depuis qu’on vote les LPM et que je suis président, on les respecte au centime».
Plus de deux ans après le lancement du chantier de l’économie de guerre, les premiers résultats industriels sont là. Nexter s'apprête à tripler sa production de canons Caesar et augmente fortement ses cadences de production d’obus de 155mm, MBDA s’engage à réduire le cycle de production des missiles Mistral de 24 à 15 mois, Thales de son radar GM200.
Il subsiste toutefois encore des goulets d’étranglement. Le ministre des Armées Sébastien Lecornu s’est récemment irrité que MBDA ne produise pas assez vite ses missiles de défense aérienne Aster dont ont besoin les forces ukrainiennes mais également la Marine nationale engagée en mer Rouge. En cas défaillance d’un fournisseur, l’Etat n’exclut plus notamment de procéder à des réquisitions qui peuvent toucher le personnel, l’outil industriel, les stocks.



