[2021 en mots-clés] La difficile émergence de la « taxonomie » verte européenne

En cette fin d’année, L’Usine Nouvelle revient sur les mots qui ont marqué l’actualité de 2021. Parmi eux, la « taxonomie » verte, une classification que met en place la Commission européenne pour octroyer un label vert aux investissements durables. L’inclusion du nucléaire et du gaz sur cette liste divise les 27.

Vues aériennes centrale nucléaire de Civaux
L’inclusion du nucléaire comme énergie durable et du gaz comme énergie de transition au sein de la taxonomie verte divise les pays européens.

La taxonomie verte n’a pas fini de faire parler d’elle. Cette liste des secteurs d’activités considérés comme vertueux pour le climat fait partie des efforts consentis par l’Union européenne pour devenir neutre en carbone à l’horizon 2050. Concrètement, il s’agit d’un label pour classer les filières en fonction de leurs émissions de CO2 et de leurs conséquences sur l’environnement. Un règlement a été adopté en 2019 sous l’impulsion de la Commission européenne. Et une première liste des activités économiques durables a été dévoilée en avril sous forme d’acte délégué, équivalent d'un décret d’application en droit européen. Elle doit entrer en vigueur au 1er janvier 2022.

Gaz, nucléaire : des énergies « vertes » ?

Mais les Etats membres de l’Union continuent de s’écharper au sujet des énergies vertes. Au centre de la discorde, l’inclusion du nucléaire comme énergie durable et du gaz comme énergie de transition (sous certaines conditions). Cette solution semble s’imposer ces dernières semaines, mais continue de diviser à Bruxelles. Une décision était initialement prévue en avril, avant d’être repoussée par l’exécutif européen pour cette fin d’année 2021. Ce sera finalement mi-janvier 2022, a indiqué Thierry Breton dans une interview accordée au journal allemand Die Welt. Le commissaire au Marché intérieur s’est toutefois montré ferme sur la position défendue par la Commission. « Il faut être pragmatique : nous aurons besoin à la fois du gaz et du nucléaire pour concrétiser nos objectifs climatiques pour 2030 et 2050 ».

Si les pays de l'Est misent sur leurs investissements dans le gaz pour réduire leur dépendance au charbon, la France bataille pour obtenir la reconnaissance du nucléaire. C’est en effet un enjeu de taille pour le coûteux renouvellement du parc nucléaire français. Comme le démontre la tribune co-signée par plusieurs ministres européens, dont Bruno Le Maire, en octobre.

Allemagne, Autriche, Danemark, Luxembourg et Portugal ne sont pas de cet avis. Ils s’y sont d’ailleurs frontalement opposés en novembre, lors de la COP26 de Glasgow. Des experts redoutent que la crédibilité de la taxonomie soit entamée si le nucléaire et le gaz devaient être labellisés comme durables, tandis que certains industriels critiquent vertement cette classification. A l’instar du PDG de Total, Patrick Pouyanné, qui dénonce « la réglementation la plus stupide qu’on ait inventée en Europe ».

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