Quelques semaines après le sommet de Paris sur l’intelligence artificielle au cours duquel un peu plus de 100 milliards d’euros de projets ont été dévoilés, Anthony Tchakérian était à Valence (Drôme) jeudi 13 mars. Le cofondateur de la SSII marseillaise Sesterce est venu y présenter en personne devant les acteurs économiques locaux le futur datacenter qu’il compte implanter, moyennant un investissement de l’ordre de 450 millions d’euros pour la première des trois tranches prévues.
«Les usages de l'IA vont se multiplier dans les années à venir et cela dans tous les domaines. Ce marché devrait atteindre 1500 milliards de dollars à l’horizon 2030, envisage le dirigeant. Le développement de l’IA a donc besoin d’infrastructures, telles que celle que nous allons implanter ici. L’enjeu est d’autant plus important que les plus fortes puissances de calcul sont basées à l’étranger, plus particulièrement aux Etats-Unis et en Chine. Implanter ici en Drôme un supercalculateur participe également à notre souveraineté nationale.»
Reste que le financement du projet n’est pas encore complètement bouclé. «Nous y travaillons, sachant que les 450 millions d’euros investis seront financés par de la dette à hauteur de 80%. Le solde, soit 20%, le sera en equity», explique Anthony Tchakérian, avant de concéder des contacts avec des fonds souverains moyen-orientaux, sans trop s’appesantir sur la question.
Le datacenter d'IA le plus puissant de France
Ce datacenter sera situé sur l’Ecoparc Rovaltain de Valence Romans Agglo aménagé au début des années 2000 autour de la nouvelle gare TGV. Il sera implanté non pas dans des bâtiments neufs, mais dans ceux construits à l’origine pour héberger un pôle de recherche fondamentale et appliquée en toxicologie environnementale qui n'est jamais entré en fonctionnement. Désaffecté pendant de nombreuses années, le site – d’une superficie de plus de 13000 m² dont 6700 m² de salles blanches – avait été racheté en 2021 par le groupe pharmaceutique lyonnais Mérieux au lendemain du Covid. Il souhaitait y implanter une de ses filiales, avant de renoncer.
Le projet porté par Sesterce prévoit donc de racheter le site (un compromis a d’ailleurs déjà été signé avec le groupe Mérieux) et de faire les aménagements nécessaires pour pouvoir y implanter 40000 processeurs graphiques. Cette force de frappe fera de ce datacenter le plus puissant de France, voire d’Europe, lors sa mise en service en 2026.
Autre chantier d’importance à réaliser d’ici là : blinder les alimentations électriques pour faire face à une consommation annuelle estimée entre 40 et 55 mégawattheures (MWH) et, surtout, installer les équipements qui doivent permettre de refroidir les installations et de valoriser la chaleur fatale, via un système de boucle d’eau fermée et d’échangeurs de chaleur. Le permis de construire devrait être déposé le 30 juin pour un début des travaux à la rentrée de septembre, le temps de purger les éventuels recours. L’aménagement se fera par tranche de 6 mégawatts.
Ainsi qu’Anthony Tchakérian l’a expliqué, ce projet va bien plus loin que la simple implantation d’un super calculateur, aussi puissant soit-il. «L’idée est d’attirer autour de cet outil des start-up et des grandes entreprises. Nous avons également l’intention de nouer des partenariats avec les universités locales comme l’Esisar, qui est devenue une référence en matière de cybersécurité, et proposer de la formation, assure-t-il. En fait, ce que nous voulons créer ici, c’est un véritable campus dédié à l’IA». De fait, le projet de Sesterce devrait générer la création de 800 emplois.




