L’Europe détruit un satellite pour sensibiliser à la bonne gestion des débris spatiaux

L’Agence spatiale européenne (ESA) a désorbité l’un de ses satellites en fin de vie afin d’éviter qu'il n'explose en orbite. L'engin s'est désintégré en rentrant dans l'atmosphère entre Hawaï et l'Alaska. Une opération qui doit encourager la communauté spatiale à adopter des règles de bonne conduite en matière de gestion des débris spatiaux.

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Environnement de débris spatiaux.
Pour éviter les orbites poubelle, l'ESA est à l'origine d'une charte zéro débris.

En fin de vie opérationnelle, le satellite européen d’observation de la Terre ERS-2, a fini par se désintégrer dans l’atmosphère. «La rentrée atmosphérique de notre satellite ERS-2 a eu lieu le 21 février à 18h17 CET (+/- 1 min) au-dessus de l'océan Pacifique Nord, entre Hawaï et l'Alaska»,a précisé l’Agence spatiale européenne (ESA) dans un tweet. A une altitude de 200 kilomètres (km), sa vitesse de descente était de l’ordre de 10 km par jour. A environ 80 km d’altitude, l'engin a commencé à se désintégrer et la plupart de ses pièces se sont consumées.

L’opération a été suivie de près par les experts de l'ESA mais avait en réalité démarré... 13 ans auparavant. En 2011, l’agence a décidé de mettre son satellite à la retraite après 16 années de bons et loyaux services. L'appareil avait alors quitté son orbite à 800 km d’altitude pour s’autodétruire dans l’atmosphère au moment venu.

S’il était resté sur son orbite opérationnelle, il y avait un risque qu’il finisse par exploser en créant de multiples débris. Auparavant, l'engin avait été «passivé» c’est-à-dire entièrement débarrassé de tout son fuel et de toute source d’énergie à bord pour éviter des risques d’explosion spontanée. Bref, une belle opération nettoyage spatial par anticipation.

Manœuvrer les satellites pour éviter les collisions

L’Europe a décidé d’être pionnière dans la favorisation d'un espace durable et soutenable. Cela passe par la réduction des débris pour sécuriser les orbites. «Il est extrêmement important de pouvoir gérer la fin de mission des satellites pour s’assurer de deux points : éviter que le satellite ne se fragmente en de nombreux débris et ne pas laisser un satellite inutile et inactif sur des orbites qui peuvent être occupées par des satellites actifs et utiles», explique Quentin Verspieren, coordinateur du programme de sécurité spatiale pour l’ESA.

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En tant qu’opérateur d’une trentaine de satellites, l’agence est concernée par la croissance du trafic spatial et la prolifération des débris qui mettent en danger des capacités spatiales qui sont vitales pour notre société ainsi que la vie des astronautes de la Station spatiale internationale (SSI). D’autant plus que l’on dénombre déjà 35 000 objets dans l’espace de plus de 10 cm, dont la plupart se situent en orbite basse. Un environnement contraignant qui impose à l’ESA d’effectuer 2 à 3 manœuvres par an en moyenne pour chacun de ses satellites afin d'éviter tout risque de collision.

«La sécurité et la durabilité des opérations spatiales sont au cœur des préoccupations de l’agence», insiste Quentin Verspieren. L’ESA s’est ainsi engagée à ce que toutes ses missions entrant en phase de conception après 2030 ne laissent aucun débris en orbite. Les solutions passeront par le design des engins ou par l’utilisation de services de retraits actifs de débris. Mais cela a un coût : Les états membres de l’ESA ont investi dans son programme de sécurité spatiale près de 1,2 milliard d’euros depuis 2019.

65000 fois plus de risques d'être frappé par l'éclair que par un débris spatial

La démonstration de désorbitation a été aussi l’occasion de lever les doutes quant au risque des chutes de débris sur la Terre. Même dans le cas d’un satellite comme ERS-2, qui faisait environ 2,5 tonnes, la probabilité de causer des victimes ou des dégâts sur Terre sont extrêmement minimes. D’une part, car les opérateurs de satellites font en sorte que les débris retombent au-dessus des océans ou de zones inhabitées.

D’autre part, car le satellite va se détruire en entrant dans l’atmosphère, l’essentiel de ses pièces se consument alors. Ainsi les experts de l’ESA avaient calculé que le plus gros débris lié à la désorbitation d’ERS-2 pouvait atteindre une cinquantaine de kilos. La probabilité pour qu’un de ces morceaux vous tombe sur la tête est infime. «On a 65 000 fois plus de chance d’être touché par l’éclair que par un débris tombé du ciel» explique l’ESA.

Convaincre Amazon et SpaceX

Comment aller plus loin alors qu’il n’existe aujourd’hui aucune loi véritablement contraignante en matière de gestion des débris spatiaux ? L’Europe veut convaincre la communauté internationale d’adopter une charte 'Zéro débris' rendue publique en juin 2023 au salon du Bourget. Plus d’une centaine d’organisations (agences spatiales, opérateurs, fabricants de satellites, universités, ONG…) auraient déjà annoncé leur intention de signer la charte.

Il reste pourtant des absents de marque comme SpaceX et Amazon qui sont les deux sociétés qui ont annoncé les plus grandes constellations de satellites. «Nous avons un dialogue avec ces deux entreprises pour nous assurer que leurs pratiques ne vont pas mettre en danger les capacités opérationnelles du reste du monde», explique Quentin Verspieren de l’ESA. Un point d’étape avec les potentiels signataires de la charte 'Zéro débris' est prévu en juin prochain. Nul doute que la désorbitation réussie d’ERS-2 sera exploitée pour convaincre les plus sceptiques.

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