Ce que l'expérimentation de Blédina dans les petits pots pour bébé consignés va apprendre à la filière

Après 18 mois de développement, Blédina a présenté jeudi 17 juin, sur son site de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), ses premiers produits disponibles en pots consignés. Une expérimentation collective, qui vise à poser des jalons dans le domaine de l’emballage durable et à renforcer la compréhension des enjeux tout au long de la chaîne, du verrier au distributeur.

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blédina expérimente les emballages consignés
Avec ses pots consignés, Blédina teste un nouveau modèle de distribution plus durable. La société est accompagnée dans son expérimentation par le distributeur Carrefour, la plate-forme de e-commerce zéro déchet Loop, le spécialiste du nettoyage Uzaje et le fabricant de bornes de collecte d'emballage Lemon Tri. L'expérimentation a débuté pour neuf mois.

C’est un travail d’avant-garde inspiré du passé auquel vient de se livrer le spécialiste de l’alimentation infantile. Blédina a présenté, jeudi 17 juin, ses premiers bocaux consignés. Ces derniers jours, 5000 conserves de 200 et 400 grammes ont quitté le petit centre de R&D situé à quelques mètres de l’usine de production de Brive-la-Gaillarde (Corrèze). L’expérimentation est prévue pour durer neuf mois. Les produits - une dizaine de références réalisées sur la ligne pilote -, seront testés dans une quinzaine de magasins Carrefour situés en Corrèze et en Ile-de-France. Ils s’ajouteront aussi au catalogue de la plate-forme de e-commerce Loop. Les deux distributeurs sont parties prenantes du projet.

Développé pendant 18 mois, le projet a été mené par une dizaine de personnes. Le travail a débuté à partir d’une feuille blanche. "Nous avons répondu à beaucoup de questions, mais il reste encore beaucoup d’inconnues", reconnaît Clara Mottier, la cheffe du projet qui évoque notamment le modèle écologique et économique.

Explorateur de la consigne

Labellisée B-Corp, la société Bledina s’est engagée à avoir 100% de contenants recyclables, compostables ou réemployables d’ici 2025. Ce projet, appelé "boucle d’or ", doit l’aider à développer le dispositif du réemploi. Encore balbutiant en France, le modèle de la consigne concerne essentiellement les bouteilles des Cafés Hôtels Restaurants (CHR). Demain, sous l’effet de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) qui prévoit des objectifs de réemploi (5% en 2023 et 10% en 2027), les emballages consignés devraient se multiplier. Les initiatives, peu nombreuses pour le moment, se heurtent au manque d’expérience des acteurs. "Relancer la consigne, c’est complexe", admet la cheffe de projet. Les connaissances manquent concernant ce modèle circulaire. "Ce qui est valable pour une bouteille consommée dans un restaurant ne l’est pas pour un pot pour bébé acheté en grande surface. Les habitudes diffèrent.On a besoin de voir ce qui va attirer le consommateur".

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Lauréat d’un appel à manifestation d’intérêt en 2019, Bledina est soutenu dans sa démarche par l’Ademe et Citeo. "On a besoin d’éclaireurs pour voir ce qui fonctionne et ce qui doit être optimisé", indique Sophie Nguyen, responsable développement réemploi de l’éco-organisme. "On a fonde beaucoup d’espoirs sur le retour d’expérience", confirme de son côté Lionel Poidevin, le directeur régional de l’Ademe. En contrepartie des subventions (dont le montant reste confidentiel), Bledina s’est engagé à partager ses connaissances. "Nous les informons régulièrement de nos progrès, de ce qu’on a appris. Ils nous questionnent, indique Clara Mottier. En tant que pionnier, notre rôle est de partager les informations qui serviront à tous les acteurs de l’agroalimentaire".

Un gain pour l’environnement entre 25% et 50%

Selon les analyses de cycle de vie réalisées, l’industriel a calculé que ses petits pots consignés permettront une réduction d’au moins 25% de l’impact environnemental à moyen terme et de 50% à long terme par rapport aux emballages actuels. Une belle perspective, sous réserve qu’un maximum d’acteurs rejoigne le mouvement et que les étapes de logistique et de nettoyage soient optimisées. Massifier les flux est une condition sine qua non pour parfaire le modèle et améliorer la performance. Il faudra surtout que le consommateur y adhère, ce que Bledina et Carrefour vont surveiller de près.

Nettoyage sous surveillance

Avec le comportement du consommateur et l’impact sur l’environnement, la faisabilité industrielle et sanitaire est le troisième enjeu de l’expérimentation. "Produire des petits pots, on savait faire. Les nettoyer pour les re-remplir, on ne savait pas", reconnaît la cheffe de projet. Cette étape cruciale, qui doit garantir des conditions d’hygiène et de sécurité drastiques, sera assurée en région parisienne par la société Uzaje. Auparavant, les emballages seront collectés via les bornes Lemon Tri implantées dans les grandes surfaces. L'entreprise aura en charge la logistique. Une fois nettoyé, chaque emballage reviendra ensuite sur le site de Brive-La-Gaillarde. "On a besoin d’éprouver et de qualifier cette étape", indique la cheffe de projet. "On vérifiera si le nettoyage respecte nos paramètres". Pour faciliter le process, Bledina a privilégié un contenant avec peu d’angles et une ouverture plus large. Ce modèle sur étagère a été fourni par le verrier OI.

Une robustesse à définir

La robustesse de l’emballage représente aussi un point primordial. "Il n’y a pas de cahier des charges sur les bocaux alimentaires destinés à la consigne, car il n’y a pas de demande. C’est à travailler avec les verriers pour trouver le juste équilibre du pot", admet Clara Mottier. Combien de cycles seront supportés par l’emballage ? A partir de quand l’état deviendra-t-il un frein pour le consommateur ? "Nous allons découvrir quelles sont limites d’acceptabilité d’un pot qui a un peu vécu. C’est important qu’on s’adapte pour encourager le consommateur et que le modèle reste vertueux".

Prix expérimental

Avec une consigne de 35 à 45 centimes selon les pots, les produits ne sont pas rentables pour l’industriel. "On a des coûts dans tous les sens", précise Clara Mottier, faisant allusion à cette production en mode dégradé, à petite échelle. "Nous avons travaillé avec le consommateur sur le juste prix acceptable, pas sur combien cela nous coûte et combien on est censé le vendre. C’est le travail qui commence maintenant : trouver le modèle d’affaire qui fonctionne." Avec Boucle d’or, l’industriel en profite aussi pour tester le multiportion, "une innovation dans l’innovation", selon Clara Mottier. Le grand pot de 400 grammes est, en effet, le premier à proposer plusieurs repas, donc de l’emballage en moins.

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