Confrontée au réchauffement climatique et à la montée des eaux qui noie ses plages, l'île de Riverchelles voit son économie – dépendante du tourisme – bouleversée. Pour remplir les caisses du pays, une seule solution : exploiter les ressources minières. Incapable d’en assurer seul la gestion, le gouvernement de Riverchelles lance un appel d’offres auprès de ses deux voisins du même archipel, Cryptanga et Anumérique.
S'ensuit une guerre économique dans laquelle tous les coups sont permis. Piratage informatique, lutte d’influence sur les réseaux sociaux, crochetage de serrure, changement d’aiguillage des trains… Le tout, dans un gymnase de l’IUT Nancy-Brabois (Meurthe-et-Moselle), converti en camp militaire pour l'occasion. Une dizaine de tentes a été installée dans la salle, gardée par des militaires équipés d’armes factices. Dedans, une centaine d’étudiants nancéiens participent à un exercice de simulation de cyberguerre organisé par les armées et l’université de Lorraine, du 5 au 9 février.
«Chaque pays a son équipe de lutte informatique offensive, défensive et de lutte d’influence» précise Jean-Philippe, réserviste au Commandement de la Cyberdéfense (COMCYBER) du ministère des Armées qui organise l’événement avec l’Université de Lorraine, la Base de Défense de Nancy, Lorraine INP et la métropole du Grand Nancy.
Un environnement plus vrai que nature pour la guerre économique
Capitaine d’Anumérique, et étudiant aux Mines de Nancy, Paul Schriqui, 21 ans, donne des détails sur l’attaque que prépare son pays contre le Cryptanga : «Nous avons récupéré un accès au site internet qui informe sur l’état de leur réseau gazier. Nous allons en changer le contenu pour dégrader les chiffres. Ensuite, notre équipe d’influence enfoncera le clou», assure le jeune homme.
200 machines physiques et virtuelles, une vingtaine de maquettes – représentant notamment une ambassade, un train ou un automate industriel –, mais aussi une centaine de PC connectés. Pendant près d’un an, 90 contributeurs venus du ministère des Armées, de l’université de Lorraine et de grands groupes industriels ont travaillé sur le scénario de cette «cyberguerre» pour la rendre la plus réaliste possible.
«Les étudiants se connectent sur un serveur qui leur permet d’accéder à l’écosystème virtuel de leur pays fictif, à savoir le site du gouvernement, la presse locale et les opérateurs d’importance vitale (réseau électrique, gazier, transports) qu’ils doivent protéger contre les cyberattaques», détaille Jean-Philippe.
Objectif recrutement pour l'Armée comme les industriels partenaires
Réservé sur ses premières éditions aux futurs ingénieurs de Polytech et Télécom Nancy, le «Cyber Humanum Est» a décidé de s’ouvrir, pour sa quatrième édition, à des étudiants de la Faculté des Sciences et Technologie et de l’IUT Nancy-Brabois et de l’UFR Sciences Humaines et Sociales. Afin notamment d’intégrer une dimension de lutte d’influence à l'exercice, très importante pour l’armée.
Car derrière l’exercice, l’objectif, pour l’armée comme pour les industriels, est de recruter, l’armée ayant déjà embauché deux étudiants depuis le début de l’épreuve. Coté industriels, Geoide, Idverde, Thales, Capgemini, Sopra Steria, Siemens et Orange sont notamment partenaires de l'événement.
Derrière son écran, Paul Schriqui sait qu’il dormira peu cette nuit. Après une première journée de 9h à 18h, il se prépare à près de 32h de travail en continu, avec seulement trois heures maximum de repos sur un lit de camp. Une perspective qui ne le rebute pas : «Dans notre formation, nous avons peu l’occasion de faire de la gestion de crise. Là, c’est très intense en termes de gestion du stress, mais c'est aussi passionnant.». Un avant-goût de la cyberguerre en vrai.



