Vers un encadrement de la « shrinkflation » ?

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, annonce l’obligation prochaine faite aux industriels d’informer les consommateurs lorsque la quantité de contenu baisse, mais pas son prix.

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Bruno Le Maire entend aller plus loin dans la chasse aux changements de format associés à un maintien des prix.

Foodwatch crie victoire. Après un an de campagne et une pétition qui a recueilli plus de 47 000 signatures, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a annoncé le 31 août un prochain texte de loi qui, entre autres dispositions, obligera les industriels à informer les consommateurs lorsque la quantité de contenu baisse, mais pas son prix. « Même contenant, moins de contenu : l’inflation déguisée. Stop aux arnaques ! Nous rendrons obligatoire l’affichage des modifications de poids ou de contenu à emballage similaire, pour arrêter de tromper les consommateurs », a-t-il repris sur le réseau X (ex-Twitter). Cette mesure, si elle se concrétisait, encadrerait ainsi la « shrinkflation », ou réduflation, ou encore inflation masquée.

Pratiques abusives

L’annonce de Bruno Le Maire s’inscrit dans le cadre plus large de la réouverture des négociations commerciales entre industriels et distributeurs dès septembre et du blocage des prix de 5 000 produits. Le ministre évoque des « pratiques trompeuses » et « abusives ». Il n’hésite pas à citer la marque Kiri, dont les portions « sont passées de 15 g à 14 g ». Durant sa campagne, Foodwatch avait également nommé St Hubert, Saint Louis, Salvetat, Lindt, Teisseire, Uncle Ben’s ou encore Carrefour. Cette action avait, notamment, abouti à la saisine de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) par Olivia Grégoire, la ministre déléguée chargée du Commerce. L'enquête, réalisée en septembre et octobre 2022, n’avait cependant révélé que, à hauteur de 10%, des anomalies et des erreurs, mais pas de fraudes manifestes. En cette période de forte inflation, Bruno Le Maire entend donc aller plus loin dans la chasse à ces changements de format associés à un maintien des prix. Les députés de La France insoumise (LFI), eux, ont même déposé une proposition de loi pour interdire cette « pratique déloyale ».

Shrinkflation réaction janvier 2023 FoodwatchFoodwatch
Shrinkflation réaction janvier 2023 Foodwatch Shrinkflation réaction janvier 2023 Foodwatch

Casse-tête

Foodwatch indique vouloir désormais « veiller à la mise en œuvre » de cette disposition. L’organisation de consommateurs rappelle qu’elle réclamait une réglementation avec « une information en face avant du produit, indiquant la variation de quantité ; une indication clairement lisible ; une information claire aussi sur les sites de vente en ligne ; une durée minimum de trois mois pour permettre que le changement soit clair et repérable ». Toutefois, la rédaction puis l’application du texte promis risquent de virer au casse-tête : ce sont les distributeurs qui fixent les prix de vente, les industriels n’indiquant que des prix « conseillés », et, en magasin, indépendamment de la valse des étiquettes actuelle, le consommateur ne peut se référer, sur une période donnée, qu’au prix au kilogramme ou au litre.

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