Un chiffre d’affaires multiplié par deux ou par trois tous les ans depuis 2020, des perspectives de croissance alléchantes mais pas assez de salariés pour répondre à la demande faute d’offre suffisante et qualifiée sur le marché du travail : voilà à quoi est confronté ThePackengers depuis quelques mois. Partant du constat que son métier « ne s’apprend pas à l’école », la société spécialisée dans l’emballage et le transport d’œuvres d’art, d’objets vintage et autres articles de collection a décidé de prendre le taureau par les cornes en mettant en place sa propre formation, avec l’aide de l’École des nouveaux mondes. Baptisé ENM Fine Art, le cursus, d’une durée de quinze mois, a commencé il y a deux semaines dans les locaux de son partenaire à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Les 20 élèves inscrits devraient donc être opérationnels mi-2024.
Un travail complexe
La start-up emploie 150 personnes en France mais seule une petite trentaine de ses salariés sont préposés à des tâches de manipulation et d’emballage. Un travail complexe comme le précise le Pdg Amaury Chaumet, : « Nous traitons des produits très diversifiés, en taille, en valeur, plus ou moins fragiles qui parfois voyagent en France ou vont à l’étranger, par bateau ou par avion. Tout cela implique de prendre des précautions différentes et donc d’utiliser, selon les cas, des emballages particuliers ». Avec une activité qui englobe la prise en charge chez le client, l’emballage dans l’un des hubs de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ou de Louvres (Val-d’Oise) puis la remise au transporteur, ThePackengers ambitionne de former au moins 60 personnes aux métiers de l’emballage et de la manutention. La société, qui ne dévoile pas son chiffre d’affaires, a réalisé 200 000 opérations en 2022 et aimerait multiplier ce montant par cinq d’ici à deux ans, portée par ses partenariats avec les commissaires priseurs comme Sotheby’s et Christie’s et les plates-formes comme Drouot digital et Interenchères où sa prestation « d’emballeur » est intégrée en tant qu’interface de programmation d’application (API). ThePackengers mise également sur les particuliers pouvant lui confier des produits de valeur comme des bouteilles de vin ou des sacs de luxe ou des articles de collection comme des disques en vinyle ou des oursons en bois. « Tout s’échange aujourd’hui grâce à Internet … certains produits n’ont peut-être pas une grande valeur faciale mais en ont une immense pour leurs propriétaires, c’est à eux que nous nous adressons car nous leur garantissons que leur produit arrivera à bon port sans une égratignure ».
Savoir vivre
Recrutés grâce à l’appui de l’Ecole des nouveaux mondes et du réseau Pôle emploi, les 20 élèves ont un statut de stagiaire de la formation professionnelle et sont titulaires d’un contrat d’apprentissage. La formation prévoit trois mois de cours théoriques et douze en entreprise. Elle porte non seulement seulement sur les techniques de manutention et d’emballage mais aussi sur des leçons de « savoir vivre ». « S’agissant de personnel qui sera en contact avec une clientèle plutôt aisée, il est indispensable de bien présenter et d’avoir une bonne attitude », précise Amaury Chaumet. L’apprentissage théorique est complété par des cours d’histoire de l’art et d’anglais. Concernant la partie pratique, qui aura lieu en entreprise dans les ateliers de ThePackengers situés dans la région parisienne, celle-ci sera focalisée sur le maniement des produits et l’emballage, à savoir le calage et la mise en caisse bois ou carton mais aussi sur l’utilisation de terminaux informatiques, la conduite de chariots de manutention et de véhicules de transport routier.
27 typologies d'emballages
La start-up utilise 27 typologies d’emballages, du « soft pack » en Tyvek à la caisse industrielle constituée de panneaux en bois. Les recommandations d’emballage répondent à un protocole particulier, déterminé par un algorithme au moment même où le client saisit les informations concernant le produit. Elles prennent en compte, notamment, la valeur de l’article, son poids, ses dimensions et le mode de transport. « On n’emballe pas de la même manière un lustre qui part vers Los Angeles et un petit tableau qui va à Bordeaux », observe Amaury Chaumet. De remarquer : « Dans le premier cas il faut utiliser une caisse en bois spécifique et suspendre l’article puis le caler alors que dans le deuxième un caisse en carton peut suffire ».
À la fin du cursus, les étudiants obtiennent un diplôme de niveau 3 intitulé Préparateur de commandes en entrepôt option manutention et transport d’objets d’art, reconnu par le ministère du Travail et admis au Répertoire national des certifications professionnelles de France compétences. Il leur sera possibile, bien sûr, d’intégrer d’autres entreprises que ThePackengers. Spécifique s’il en est, la formation présente d’excellentes perspectives. Comme le rappelle Amaury Chaumet : « À l’heure où l’on parle d’intelligence artificielle et d’automatisation, il reste des tâches comme l’emballage d’œuvres d’art et de produits de collections qui restent et resteront manuelles. » D’ajouter : « Même si l’on souhaiterait le contraire pour d’opportunes raisons de rentabilité et de temps, on voit mal comment l’expertise de l’homme, dans ces métiers-là, puisse être un jour remplacée par des robots ou des machines ».



