Un projet de loi remet en question les projets de la Nasa sur la Lune

La NASA devrait-elle se concentrer sur Mars plutôt que la Lune ? C'est l'argument d'un projet de loi présenté le 24 janvier par des parlementaires américains. Le texte ne manque pas de faire réagir, en pleine course internationale pour mener des expéditions lunaires.

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Mission Lune 2024 nasa
La NASA espère mener une nouvelle mission habitée sur la Lune dès 2024.

La NASA se heurte une fois de plus aux exigences politiques. Un projet de loi présenté vendredi 24 janvier agite le secteur spatial aux Etats-Unis. Le texte remet effectivement en question les orientations de l’agence spatiale américaine, dont l’un de ses principaux objectifs : poser des astronautes sur la Lune en 2024.

Le “projet de loi d’autorisation” (ou “authorization bill”) est signé par le comité de la Chambre des représentants dédié à l’espace, un groupe qui intègre aussi bien des démocrates que des républicains. Concrètement, le document ne va pas modifier le budget de la NASA et il est encore susceptible d’être modifié. Ce type de texte représente toutefois un bon indicateur sur les chantiers que les parlementaires américains sont prêts à financer.

Le comité espace veut se concentrer sur Mars au lieu de la Lune

Les représentants américains reviennent sur un projet important, fixé par le président Donald Trump lui-même : accomplir un nouveau voyage habité sur la Lune dès 2024. Dans le cadre du programme Artemis, la NASA prévoit plusieurs missions humaines sur le satellite entre 2024 et 2028. Officiellement, ces expéditions doivent préparer un premier voyage habité vers Mars en 2033.

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Les parlementaires du comité espace défendent un objectif différent : “Le programme ‘Moon to Mars’ devra avoir un objectif intermédiaire d’envoyer une mission habitée sur la surface lunaire d’ici à 2028 et un objectif d’envoyer une mission habitée en orbite autour de Mars d’ici à 2033.” Autrement dit, ils suggèrent à la NASA de se concentrer sur Mars.

Autre nuance importante : la première mission vers Mars de 2033 se déroulerait en orbite de la planète rouge et non pas sur la surface martienne. Une mission lunaire reportée à 2028 ne serait pas complètement surprenante. C’était le délai initial de la NASA avant que l’agence soit pressée par Donald Trump pour accomplir ce voyage dès 2024, un calendrier très ambitieux. En revanche, le projet de loi semble abandonner l’idée d’un vaste programme lunaire avec l’exploitation des ressources du satellite et la préparation d’une présence permanente autour de la Lune. L’Europe n’était pas étrangère à ces projets : en octobre 2019, la NASA avait ouvert la porte à la présence d’astronautes européens lors des missions habitées sur la Lune.

Un projet de loi en faveur de Boeing ?

Autre approche radicale du projet de loi : les parlementaires soutiennent un atterrisseur lunaire possédé à 100 % par les Etats-Unis à la place de partenariats publics-privés avec plusieurs entreprises. Le comité espace souhaite aussi un atterrisseur capable d’aller sur la Lune sans passer par le projet de station spatiale Gateway.

Jusqu’ici, la NASA imaginait des allers-retours des astronautes entre cette station en orbite lunaire et la surface du satellite. Elle avait aussi lancé un appel d’offres aux industriels dans l’espoir de réduire les coûts sur le prochain atterrisseur.

Pour l’instant, la seule entreprise qui a proposé une architecture correspondant au projet de loi (c’est-à-dire indépendante de Gateway) est… Boeing. Une coïncidence qui risque de faire peser sur les parlementaires américains des accusations de favoritisme. Dans un communiqué, la Commercial Spaceflight Federation (une association d’industriels du spatial) estime que le projet de loi pourrait “mettre la NASA en situation d’échec en éliminant la participation commerciale et la concurrence des programmes clefs”.

Le patron de la NASA exprime ses réserves

L’administrateur de la NASA, Jim Bridenstine, n’a pas manqué de réagir au projet de loi. Le dirigeant a exprimé poliment des réserves, jugeant certaines pistes évoquées “inefficaces” ou “contre-productives”. “L’approche établie par le projet de loi entraverait notre capacité à développer une architecture flexible qui tire profit de l'ensemble des capacités nationales - gouvernement et secteur privé [compris] - pour atteindre les objectifs nationaux", argumente le patron de la NASA.

Jim Bridenstine précise qu’il souhaiterait travailler avec le comité espace pour modifier le texte controversé. Dans tous les cas, la NASA n’est pas à l’abri de nouvelles pressions politiques avec l’approche des élections américaines de novembre 2020. D’autant que le patron de l’agence spatiale est nommé par le président américain.

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