Traitement de l'eau : la start-up Anodine développe des électrodes avec deux fois moins de métaux rares

La start-up grenobloise Anodine a mis au point des électrodes innovantes pour le traitement de l’eau. Leur vision : produire des électrodes avec bon sens, innovant à chaque étape du cycle de vie du produit. Leur particularité : utiliser deux fois moins de métaux rares que leurs concurrentes disponibles sur le marché. Elles pourraient, à terme, intéresser les producteurs d’électrolyseurs pour qui cette question des métaux rares constitue un frein au déploiement de leurs produits à grande échelle. 
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L'équipe d'Anodine a remporté le tromphée I-Lab 2023

Diminuer la présence de métaux rares et critiques dans les électrodes en conservant leurs performances : c’est aujourd’hui l’un des enjeux forts du secteur. Un défi auquel s’est attaqué la toute jeune start-up Anodine, lancée en février dernier et lauréate I-Lab 2023. Elle a développé des électrodes contenant deux fois moins de platinoïdes que les électrodes disponibles sur le marché. Ces dernières sont destinées dans un premier temps à l'électro-chloration des eaux usées mais pourraient être à l’avenir intégrées dans les électrolyseurs dédiés à la production d’hydrogène. 

Produire de l'hydrogène à partir d'eau de mer

L’histoire a commencé au Département de Chimie Moléculaire, à l’Université de Grenoble, où les trois cofondateurs, Damien Mouchel dit Leguerrier, Baptiste Dautreppe et Richard Barré ont fait leurs thèses. « Déjà à cette époque, j’avais l’envie de monter une start-up, mais mon sujet de thèse, sur la synthèse d’agent de contraste pour l’imagerie médicale ne s’y prêtait pas vraiment, car trop en amont », raconte Damien Mouchel dit Leguerrier. Cependant, c’est lors du confinement, en pleine rédaction de leurs thèses respectives que les trois amis ont finalement décidé de valoriser les travaux de thèse de Baptiste Dautreppe, récompensés par le prix I-PhD 2022, sur de nouveaux revêtements pour les anodes impliquées dans l’oxydation de l’eau. Ce dernier avait en effet mis au point un polymère breveté intégrant des nanoparticules de catalyseur (à base de métaux non nobles comme le nickel, le cobalt, le fer, etc.), et qui visait, à l’origine, à faire de l’hydrogène à partir d’eau de mer sans avoir besoin de dessalement préalable. La conception initiale de ce revêtement montrait qu’il était possible de créer une barrière pour les ions chlorures présents dans l’eau de mer.   

Deux fois moins de platinoïdes

« Mais nous nous sommes rendu compte, en intégrant la SATT Linksium, que l’hydrogène est encore un écosystème peu structuré, et que la problématique des électrodes risque d’arriver plus tard, lorsque le secteur se sera développé », raconte le cofondateur. L’équipe a alors décidé de se tourner vers un marché plus mature, avec des besoins bien identifiés, celui du traitement de l’eau. « Nous avons dû designer un nouveau brevet pour ce marché, avec un nouvel alliage n’utilisant plus de polymère, mais dont la composition permet de maximiser l’efficacité des catalyseurs dans le revêtement », précise-t-il. Cet alliage inclut cette fois des métaux rares, que sont les platinoïdes, mais dont la quantité a été réduite par deux par rapport aux électrodes déjà commercialisées pour l’électro-chloration de l’eau, pour des performances similaires. « A terme, nous aimerions diviser cette quantité par dix, voire s’en passer complètement même si cela nécessitera des projets de recherche plus longs », explique Damien Mouchel dit Leguerrier. 

Une levée de fonds pour les prochaines semaines 

Pour le moment, la start-up se concentre sur la faisabilité quant à la conception de l’outil industriel nécessaire à la production de ces électrodes. Un objectif qui devrait être atteint d’ici à la fin de l’année. « Ensuite, le but de 2025 est de fabriquer et d’avoir cet outil, qui nous permettra, à terme, de produire plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés de ce revêtement », indique le co-fondateur. La start-up se prépare, en attendant, à organiser sa première levée de fonds dans les prochaines semaines. 

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