Taille critique, souveraineté, compétitivité… Pourquoi les fabricants de satellites européens sont tentés de fusionner, sur le modèle de MBDA

Thales, Leonardo et Airbus poursuivent leurs discussions stratégiques de rapprochement pour constituer un champion européen des satellites… A l’instar de MBDA sur le segment des missiles. Un exemple à suivre selon Guillaume Faury, président du Gifas.

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THALES ALENIA SPACE VA FOURNIR AU CANADIEN TELESAT 300 SATELLITES
Face à la baisse du marché des satellites de télécommunications, Thales Alenia Space et Airbus Defence and Space ont annoncé des réductions d'effectifs dans leurs sites en Europe.

Le modèle d’entreprise du fabricant de missiles MBDA inspire les fabricants européens de satellites en difficulté. Depuis plusieurs mois,  Thales et Leonardo, associés au sein de la société commune Thales Alenia Space, ainsi qu’Airbus via sa filiale Airbus Defence and Space, ont entamé des négociations stratégiques pour consolider leurs activités dans le domaine des satellites.

«L'idée c'est d'amener des actifs de plusieurs entreprises européennes, Leonardo, Thales et Airbus, et de créer un acteur qui soit à la bonne taille détenu par ces trois entreprises. C'est un modèle, qui de ce point de vue là, ressemble un petit peu à MBDA», a précisé Guillaume Faury. Le directeur général d’Airbus s’exprimait en marge de la conférence de presse de présentation des résultats annuels du Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales), le 6 mai 2025.

Ces réflexions stratégiques sont en cours alors que les deux principaux fabricants européens souffrent de la baisse du marché des satellites de télécommunications et de la concurrence de Starlink, la filiale de SpaceX qui s’impose avec son modèle de constellation.

Un modèle basé sur la coopération entre états

Une alliance à la MBDA pourrait constituer une bonne alternative. Le missilier est une entreprise de 18000 salariés codétenue par le britannique BAE Systems (37,5%), l’italien Leonardo (25%) et Airbus (37,5%), implantée sur plusieurs pays européens. Dans ce modèle qui favorise la coopération entre Etats, les compétences technologiques ont été réparties dans les pays où MBDA est positionné. Les centres de compétences en France développent les bancs de tests et les calculateurs des missiles, ceux au Royaume-Uni les liaisons de données et les actionneurs de gouvernes. De quoi initier une interdépendance qui les incite à produire et acquérir des équipements communs.

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Guillaume Faury voit plusieurs avantages à se regrouper : «Dans nos métiers, et en particulier dans l'espace, au moment où les acteurs américains ont fait des investissements considérables sur un petit nombre d'acteurs, on a absolument besoin de se rassembler pour pouvoir être efficaces». En consolidant leurs activités, les fabricants européens espèrent constituer un acteur global capable de dégager des synergies et d’amortir plus rapidement ses frais d’investissement. «Nous sommes dans des activités où l'effet d'échelle est très important, c'est-à-dire où on a des investissements très importants pour un système ou un équipement qui ensuite va être produit en petite quantité, explique le patron du groupe Airbus. Plutôt que d’être deux à faire la même chose et à dépenser les mêmes montants, si on fait ensemble, on dépense une seule fois le montant pour l'amortir sur deux fois plus de produits. On voit très rapidement que l'équation est très favorable».

Impératifs de souveraineté

Cela est d’autant plus vrai, selon lui, pour les développements des systèmes très complexes et sophistiqués qui nécessitent beaucoup d'investissement comme les satellites.

Les pays actionnaires de Thales Alenia Space et d’Airbus Defence and Space soit la France, l’Italie et l’Allemagne, sont-ils prêts toutefois à mettre leurs œufs dans le même panier de la consolidation ? Les impératifs de souveraineté entrent en jeu alors que certains satellites accomplissent des missions sensibles pour leurs armées (observation, communication, renseignement électromagnétique…). «Les impératifs de souveraineté sont à prendre en compte. Je ne pense pas qu'ils freinent (la consolidation), mais ils rajoutent un niveau de complexité, reconnaît encore Guillaume Faury. Sur les satellites, nous sommes sur des niveaux de souveraineté et d'enjeux qui ne sont pas très différents de ceux des missiles».

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