Investissements, partenariat avec l’auto, recrutement… Comment MBDA veut accélérer la production de ses missiles

Croulant sous les commandes, l’industriel français MBDA a produit un tiers de missiles en plus en 2024 que l’année précédente. Pour fabriquer encore plus rapidement, il investit massivement dans ses usines et recherche des partenaires dans le secteur automobile.

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Missile Aster MBDA
MBDA ambitionne d'avoir doublé sa production de nouveaux missiles en 2025 par rapport à 2023.

MBDA va-t-il pouvoir livrer ses clients ? Et si oui dans quels délais ? Ce sont les principales questions qui se posent au premier fabricant de missiles européen. Depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine, les délais de livraisons et la cadences de production sont devenus des obsessions pour tous les industriels de l’armement et en particulier pour le fabricant de missiles. 

«L'année dernière, j'avais mentionné que nous étions au milieu de très importants changements où les cadences comptent, où les volumes comptent et où la vitesse de l'innovation compte. Un an plus tard, ce diagnostic est encore plus vrai que jamais», a indiqué Eric Béranger, PDG de MBDA à l’occasion de la présentation des résultats annuels de son groupe le 17 mars.

Et pour cause. Le groupe croule sous les commandes. La filiale commune au groupe Airbus, au britannique BAE et à l’italien Leonardo a engrangé en 2024 pour 13,8 milliards d’euros de contrats. «2023 avait déjà été une année exceptionnelle, 2024 l'a été encore plus», s’est félicité son PDG. Résultat : la société affiche un carnet de commandes de 37 milliards d’euros, l'équivalent de sept années de pleine production !

Et le flux des commandes continue de se remplir. Le 14 mars, la France, l’Italie et le Royaume-Uni ont rendu publique une commande groupée de 218 missiles Aster de défense aérienne de moyenne et longue portée.

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Un quadruplement de la production des missiles Mistral

Il s’agit donc maintenant de produire massivement et livrer les clients dans les délais. Le groupe dit atteindre voire dépasser ses objectifs de "ramp-up" industriel. En 2024, MBDA a produit un tiers de missiles en plus que l’année précédente. «En 2025, la production et la livraison de nouveaux missiles aura doublé par rapport à 2023, ambitionne même Eric Béranger. Cela vous donne une idée de l’ampleur des changements qui s’opèrent au sein de l'entreprise».

L’industriel indique ainsi qu’il livrera cinq fois plus de missiles Aster en 2025 que ce qu’il avait prévu l'année précédente. Concernant les missiles courte portée Mistral, il indique avoir déjà réussi à quadrupler ses capacités de production en 2024, en avance d’un an sur le calendrier établi, passant de 40 missiles par mois en 2024 contre seulement 10 en 2022. 

Comment MBDA a-t-il relevé ce défi ? Le missilier a activé le maximum de leviers possibles.  Il a compté avant tout sur ses ressources internes et mobilisé l’ensemble de ses usines pour produire plus et plus vite. En 2024, l’entreprise avait annoncé un investissement industriel de 2,4 milliards d’euros sur cinq ans. Ses usines de Bourges (Cher) et de Selles-Saint-Denis (Loir-et-Cher) en France, de Rome et Fusaro en Italie, de Bolton au Royaume-Uni, de Schrobenhausen en Allemagne en bénéficient pleinement pour accroître leur production.

«Pour accélérer nous avons procédé à des investissements significatifs. Dans des nouveaux bâtiments, dans des nouvelles machines. Et nous embauchons», détaille le dirigeant. Le groupe envisage de recruter à l’échelle européenne 2600 salariés en 2025. Soit autant qu'en 2024. De quoi porter les effectifs à plus de 19000 salariés, soit 50% de plus qu’il y a cinq ans. Le plus difficile n’est pas de le recruter mais de former les nouveaux salariés, selon Eric Béranger.

Pas de production en Ukraine

Pour atteindre ses objectifs, MBDA souligne sa grande vigilance quant à la capacité de ses 2000 fournisseurs à suivre la cadence. «Toute la supply chain doit pouvoir accélérer et produire plus», insiste le dirigeant. Une surveillance avait été mise en place à l’époque du Covid afin de prévenir toute défaillance d’un de ses fournisseurs. C'est dans cette optique que MBDA n'a pas hésité, fin 2024, à faire l’acquisition auprès de Safran des 50% qui lui manquaient dans le capital d’un de ses fournisseurs critiques, la société Roxel, qui conçoit et produit les dispositifs de propulsion solide des missiles.

Pour franchir encore un palier dans la production de masse, MBDA cherche également de nouveaux partenaires en dehors de l’industrie de défense. Notamment pour les systèmes d’armes à produire en très grand volume comme les munitions téléopérées ou encore les dispositifs tueurs de drones et d’essaims de drones. «C’est une des leçons de l’Ukraine, la masse compte. Pour aller plus loin sur la production de masse, nous sommes en discussion avec certaines industries habituées à produire en volume comme l’industrie automobile, justifie Eric Béranger. Ils ont une expertise qui peut nous être très utile et dont on pourrait apprendre». Toutefois, le dirigeant garde le secret sur l’identité des partenaires avec lesquelles les discussions sont en cours.

Le groupe a par contre écarté l’hypothèse de produire directement sur le territoire ukrainien du fait de la complexité technologique inhérente aux missiles. «Il faut des années pour apprendre à faire des missiles», explique encore Eric Beranger. Et plus que jamais, pour MBDA, le temps, c’est aussi le nerf de la guerre.

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