Leurs cours de bourse prennent l’allure d’un tremplin à la pente de plus en plus raide. Les propos tranchants du président américain Donald Trump envers le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 28 février dernier, ont fait s’envoler les valeurs boursières des poids lourds de la défense européenne, déjà orientées à la hausse depuis l’invasion de la Russie début 2022.
En trois ans, les actions des français Thales et Dassault Aviation ont augmenté d’environ 150%, quand celle du suédois Saab a explosé de près de 500% et celle de l’italien Leonardo de quasiment 600%. Quant à l’allemand Rheinmetall, son cours de bourse affiche une hallucinante augmentation de plus de 1000%. Jamais ces groupes n’avaient atteint de telles valorisations boursières dans leur histoire.
Encore récemment pointés du doigt pour des questions éthiques, les industriels de la défense opèrent un spectaculaire retour en grâce aux yeux d’une partie des décideurs politiques et de certains investisseurs. Cette hausse vertigineuse des cours reflète l'augmentation de plus en plus marquée des dépenses militaires sur le Vieux continent, histoire de contrecarrer le désengagement américain du conflit ukrainien et de pouvoir faire face à la menace russe. Les sorties tonitruantes de Donald Trump depuis sa réélection ont fait se mobiliser les dirigeants européens, prenant conscience que le parapluie américain datant de la Guerre froide a bel et bien été remisé au placard.
Mobilisation en Europe
C'est le branle-bas de combat en Europe. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, propose d’assouplir les règles budgétaires, de sorte à ne plus faire entrer les dépenses de défense dans les calculs de déficit public des Etats membres. Et pousse à ce qu’elles pèsent au moins 3% du PIB. En 2024, les États membres de l'UE ont dépensé en matière de défense 326 milliards d'euros, en hausse de 31% par rapport à 2021, selon l'Agence européenne de défense. Soit 1,9% du PIB. La dirigeante a même dégainé un plan, mardi 4 mars, qui pourrait générer jusqu'à 800 milliards d’euros de dépenses supplémentaires, via un emprunt des Etats de 150 milliards d’euros.
Pour autant, la renaissance de l’industrie de défense en Europe ne dépend pas que de l'épaisseur du carnet de chèques. Encore faut-il que les pays membres de l’UE mettent de côté leurs dissensions et s’accordent sur la nature des contrats à passer, tout en privilégiant au maximum les champions industriels européens. Pour augmenter les volumes, des accords pourraient voir le jour pour permettre des achats conjoints. Côté industriels, les hausses effectives de cadences prennent du temps, beaucoup de temps. «Les déclarations seront-elles étayées par des contrats supplémentaires? Si les commandes viennent, nous serons prêts», a assuré Patrice Caine, le patron de Thales, lors de la présentation des résultats du groupe, mardi 3 mars. Mais le dirigeant de confier également qu'entre 5 à 10 années peuvent s'écouler entre la signature d'un contrat et la livraison d'un équipement. Les groupes de défense sont attendus au tournant.



