Réutec : transformer l’emballage en actif

En valorisant des déchets textiles, Baptiste Peru et Pierre Malbranque veulent en finir avec les colis considérés comme des consommables.

Baptiste Peru et Pierre Malbranque, Réutec
Baptiste Peru et Pierre Malbranque.

Comment concilier des expériences dans le textile et la logistique avec la lutte contre le gaspillage du carton et du plastique dans l’e-commerce? En 2020, Baptiste Peru, futur ingénieur de l’Icam de 22 ans, veut, avec un ami, créer une marque de vêtements écoresponsables à vendre en ligne. Il découvre alors que près de 4 millions de colis sont expédiés chaque jour en France, soit autant d’emballages à usage unique qui finissent très majoritairement dans la poubelle, et que 80% des 4 millions de tonnes de textiles jetés chaque année en Europe ne sont pas revalorisés : un non-sens absolu! En même temps, il repère, notamment, les solutions d’Hipli. Aussi, pourquoi ne pas transformer des déchets textiles en emballages réemployables, dans une démarche d’«upcycling» et de mutualisation ?

Tout juste diplômé, il lance donc le projet Réutec et conçoit ses premiers prototypes. Cependant, butant sur les aspects commerciaux et marketing, fin 2022, il doit trouver des associés. Via Réseau entreprendre Nord, il rencontre Pierre Malbranque. À 26 ans, ce diplômé en entrepreneuriat et innovation a déjà roulé sa bosse en France, en Corée du Sud et au Brésil. Et il en a non seulement assez de demander à ses opérateurs de vider chaque jour des poubelles d’emballages en carton, mais également d’être taxé pour ces déchets. La collaboration démarre en janvier 2023.

Logistique de retour

La particularité de Réutec ? La start-up, hébergée par l’incubateur Euratechnologies Blanchemaille, à Roubaix (Nord), cible à la fois les flux internes, BtoB, tels les approvisionnements de magasins à partir d’une plate-forme, et les flux BtoC de l’e-commerce, en s’appuyant aussi bien sur la logistique de retour que sur la voie postale. « Notre force est notre expérience dans la logistique. Baptiste et moi connaissons les problématiques et les outils. C’est plus facile pour discuter avec un responsable de supply chain », explique Pierre Malbranque, devenu le Pdg de l’entreprise. En outre, Réutec propose une solution clé en main. « L’idée, c’est de ne plus voir l’emballage comme un consommable, mais plutôt comme un actif. » La box, ou la pochette, est créée en interne, puis fabriquée par un atelier d’insertion de Tourcoing (Nord), AlterEos, entre autres, qui ensuite la triera, la nettoiera et la réparera si nécessaire. Chaque colis dispose d’un témoin d’effraction et d’un QR code sérialisé. Les clients sont ainsi en mesure de suivre leurs emballages et de connaître les gains générés. « Nous savons combien de cycles ont été effectués, mais aussi la quantité de déchets évitée ou l’eau économisée, complète Pierre Malbranque. Ce sont des données qui peuvent alimenter des "reportings". » Pour aller plus loin encore dans la réduction des coûts, de retour en particulier, il discute avec d’autres acteurs d’une mutualisation des circuits. Aujourd’hui, quelque 10000 emballages de Réutec sont en circulation, utilisés par une trentaine d’entreprises. Pour déployer la solution auprès de grands groupes, et « rendre la logistique encore plus circulaire », la start-up, avec ses sept salariés, prépare une levée de fonds pour la fin de l’année. En attendant, elle a réalisé son premier chiffre d’affaires en 2024 et l’a déjà égalé au premier trimestre 2025.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.