« Règlement sur les batteries : catalyseur d’innovations ou frein au développement ? » L’initiative de recherche européenne BATTERY 2030+ et l’association industrielle Recharge ont organisé un débat en ligne, mercredi 9 juin, au sujet du futur règlement européen des batteries sur la recherche et le développement industriel. Un sujet qui occupera une partie de la réunion des ministres de l'Environnement de l'Union Européenne prévue à Luxembourg jeudi 10 juin, sur la base de la proposition de modernisation de la législation de l'UE sur les batteries publiée par la Commission européenne le 10 décembre dernier.
Une régulation européenne saluée par l’industrie
Parmi les points clefs de la proposition, « la durabilité » des batteries mises sur le marché de l’UE. Leur production doit ainsi avoir « la plus faible incidence possible sur l'environnement, à l'aide de matériaux qui ont été obtenus dans le plein respect des droits de l'Homme ainsi que des normes sociales et écologiques », est-il résumé sur le site de la Commission européenne. L’exécutif européen promeut également des batteries qui « doivent durer longtemps et être sûres et, à la fin de leur vie, elles devraient être réaffectées à d'autres usages, remanufacturées ou recyclées ».
« La mise en place d’une régulation européenne sur les batteries est saluée par l’ensemble des parties prenantes : cela nous donne les lignes directrices qui vont guider nos orientations stratégiques », a d'abord posé Michael Lippert, président de l’Association des partenaires européens des batteries (BEPA), avant de nuancer : « Il ne faut toutefois pas que ces règlementations se transforment en fardeau pour l’industrie… » Tout l’enjeu est donc de « trouver un juste équilibre entre cette direction générale et les contraintes industrielles ».
Faire émerger des ruptures
Premier point de vigilance soulevé par les industriels : ne pas brider les innovations de rupture. « La proposition actuelle se concentre beaucoup sur les technologies existantes… et non pas sur les innovations à venir », s’est inquiétée Annika A. Tidblad, conseillère technique senior chez Volvo Cars. Or, « les innovations dans les matériaux, en termes de design, d’application et sur le domaine du recyclage… voilà des points d’intérêt clefs que l’industrie souhaite voir apparaître dans la régulation », a pointé Claude Chanson, le responsable général de l’association Recharge.
Transparence : « oui mais… »
L’objectif de « transparence du marché des batteries » promue par l’Europe a également suscité des remarques de la part des invités. La proposition de la Commission européenne insiste en effet sur l’importance de partager les données (via un « passeport des batteries et un espace de données interconnecté »), afin d’ « accroître la transparence du marché des batteries et la traçabilité des grandes batteries tout au long de leur cycle de vie ».« Il s’agit de trouver un compromis entre l’échange de nos data et la protection des informations stratégiques, étroitement liées à la compétitivité de nos entreprises », a tenu à souligner M. Chanson de l’association Recharge.
Précisions sur la recyclabilité
Gare enfin à ne pas adresser des objectifs contradictoires à la filière, comme cela risque d’être le cas en termes de recyclage. « Plus nous prolongerons la durée de vie des batteries, comme l’UE nous y invite, plus nous devrons attendre avant d’avoir des volumes significatifs à recycler… » a soulevé Jan Tytgat, directeur des affaires publiques auprès de l’entreprise de recyclage Umicore. Sur ce sujet, peut-être que les rebuts de production – qui atteignent quand même 15 % pour les collecteurs de courants et parfois jusqu’à 40 % pour la production des cellules – pourraient résoudre cette apparente discordance. « Cela pourrait nous permettre de construire notre premier stock… » a confirmé M. Tytgat.
Même si la commercialisation démarrait grâce aux rebuts de production, l’accent doit d’ores et déjà être mis sur la collecte. La Commission européenne propose ainsi d’atteindre les 100 % de collecte pour les batteries industrielles et automobiles d’ici 2030, 70 % pour les batteries portables. « Il y a un gros effort de pédagogie à faire pour que les consommateurs rapportent les batteries… sans eux, nous ne pourrons rien faire, il faut les embarquer dans le mouvement ! » a relevé Wolfgang Weydanz, conseiller scientifique senior chez Bosch. Sur ce point aussi, l’Europe tient un rôle de premier plan.



