Quand une start-up souhaite faire rimer luxe et durabilité… C’est le pari de Raiku, une jeune pousse estonienne, avec ses copeaux spiralés : soit des calages en bois «100% naturels et compostables », une alternative au papier froissé et au film à bulle, destinés à protéger des articles fragiles tels que des parfums, des produits cosmétiques, des spiritueux ou des pièces en céramique.
Si l’idée émane principalement de Rain Randsberg, un ingénieur mécanicien devenu directeur de la recherche et développement de Raiku, elle est promue à travers le monde par Karl Pärtel, ingénieur en écologie industrielle et diplômé en gestion de l’innovation et des affaires, cofondateur de l’entreprise en 2020 et spécialiste de la création de start-up dans les technologies propres. « Pourquoi déstructurer le bois pour en faire du papier, puis le froisser, quand on peut l’utiliser sous sa forme la plus simple, avec une transformation à peine perceptible? », s’interroge-t-il. Et de poursuivre : « Outre un aspect plus raffiné, les copeaux, à la différence du papier, ne sont pas abrasifs et ne dégagent pas de poussière. Ils présentent également d’excellentes propriétés élastiques grâce à leur structure à ressort, qui leur confère des capacités de protection supérieures. »
Procédé breveté
Pour en arriver là, la technique de fabrication est assez complexe et repose à la fois sur la maîtrise du travail du bois – « un matériau compliqué, avec des nœuds, un sens à respecter » – et sur un procédé thermomécanique breveté. Karl Pärtel explique que les copeaux du billon sont déroulés avec un outil et chauffés à la vapeur pour être courbés. Le résultat, « fruit de milliers d’heures de travail », est une bande parfaitement spiralée de quelques millimètres de large, d’une épaisseur de 0,2 à 0,3 mm selon les applications. Suivant les besoins, les spirales sont proposées en vrac, en tant qu’éléments de rembourrage, ou tissées en une sorte de matelas, à poser au fond d’un colis ou pour envelopper un produit. « Mais nous pouvons personnaliser les solutions et les formats », indique le jeune dirigeant. Les essences employées sont des bois «doux », comme le bouleau, le hêtre ou le frêne. Karl Pärtel souligne encore que le procédé permet d’obtenir un volume d’emballage vingt fois supérieur à celui de la matière première. De plus, par rapport au papier et au carton, la solution de Raiku requiert « dix fois moins de bois, 3000 fois moins d’eau, 50 fois moins d’énergie et zéro produit chimique ».
Afin d’améliorer ce bilan environnemental en termes de transport, et pour se rapprocher des groupes de luxe français, la start-up, qui ne dispose que d’une unité à Tallinn, en Estonie, a annoncé fin 2024 la construction d’une usine dans l’Hexagone. Chiffrant son ambition à un volume de production de 500000 m³ de copeaux par an d’ici à deux ou quatre ans, elle n’en dit guère plus pour l’instant.
En attendant, elle a reçu une enveloppe de 10 millions d’euros du Conseil européen de l’innovation et bénéficie jusqu’à cet été du soutien de LVMH via son programme d’accélération « La Maison des startups ».



