Pression, loi du silence… Le management de Boeing dans le collimateur des autorités américaines

Une enquête menée par l’Agence fédérale de l'aviation américaine (FAA) fustige la culture managériale au sein de Boeing. Des dysfonctionnements qui expliqueraient en partie la série de problèmes que rencontre l’avionneur au niveau de ses programmes civils et militaires.

Réservé aux abonnés
737 MAX Southwest
Il y a quelque chose de pourri dans la culture d'entreprise de Boeing... La FAA a révélé des propos de salariés fustigeant la loi du silence.

La lettre de deux pages reçue fin août dans les bureaux de Boeing a dû faire l’effet d’une douche froide. Envoyée par l’Agence fédérale de l'aviation américaine (FAA), elle pointe du doigt des dérives managériales conduisant à mettre les problèmes sous le tapis. Son contenu, révélé lundi 23 août par le Wall Street Journal, jette une lumière crue sur une culture d’entreprise qui a conduit l’avionneur américain dans une impasse, comme le montrent les problèmes rencontrés dans la plupart de ses programmes, civils et militaires.

«Une enquête de la FAA menée cette année a révélé que 35% d'un échantillon d’employés de Boeing interrogés a signalé des problèmes, en particulier des pressions et un manque de transparence», souligne le journal américain. Des propos que la FAA a obtenus via une enquête menée entre les mois de mai et juillet de cette année auprès de 32 salariés. Et qui soulignent avant tout le manque de communication entre la FAA et les salariés de Boeing chargés, par délégation, d’effectuer des évaluations liées à la sécurité.

Florilège des témoignages glanés par la FAA, que le Wall Street Journal égraine dans son article : "l’environnement ne favorise pas l’indépendance", "la culture d'entreprise de Boeing semble empêcher ses employés habilités par la FAA de communiquer ouvertement avec la FAA", "je suis bien conscient que le fait d'évoquer des problèmes n'est pas apprécié", "je ressens une pression excessive mais je m'y oppose"…

Des dérives managériales

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Autant de propos qui prouvent une nouvelle fois les limites du système de délégation, déjà très critiqué suite aux deux crashs mortels ayant impliqués des 737 MAX, en 2018 et en 2019. Les dysfonctionnements cités dans cette lettre de la FAA font échos aux messages échangés en interne que Boeing à fait connaître au Congrès américain, suite à ces crashs, et qui ont révélés en 2020 par le New York Times. "Cet avion est conçu par des clowns, qui sont eux-mêmes supervisés par des singes", disait l’un d’eux.

Ce management défaillant, qui touche directement l’ingénierie et la production, pourrait expliquer en partie les problèmes techniques rencontrés par Boeing, aussi bien dans le civil avec le 737 MAX et le 787 que dans le militaire comme c’est le cas avec le KC-46. "Ces problèmes nécessitent un examen objectif et un enquête plus approfondie", conclut la lettre de la FAA. Elle constituera sans doute un nouvel élément alors que les autorités américaines cherchent à légiférer pour améliorer les processus de certification au sein de son industrie aéronautique, afin surtout de renforcer l’indépendance de la FAA.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.