Si ce n’est pas une menace, alors c’est un sacré coup de pression sur les industriels de l'armement. Sébastien Lecornu a indiqué qu’il n’excluait pas de faire des réquisitions si ces derniers ne produisaient pas assez, et pas assez vite. «J’attends des industriels des efforts en la matière. Ce ne sont plus des arsenaux, ce sont des entreprises. Néanmoins, ce ne sont pas des entreprises comme les autres. Pour la première fois, je n’exclus pas d’utiliser ce que la loi permet au ministre et au délégué général de l’armement de faire. C’est-à-dire si le compte n’y était pas en matière de cadences et de délais de production, de faire des réquisitions le cas échéant». Ces réquisitions peuvent aussi bien concerner le personnel, que le stock que de l’outil de production.
Le ministre s’exprimait le 26 mars à l’occasion de la présentation à la presse d’un premier bilan sur les résultats de l’économie de guerre, soit deux ans après l’éclatement de la guerre en Ukraine. Il y a urgence à reconstituer les stocks des armées et à livrer les forces ukrainiennes en obus et en missiles de défense aérienne.
Pour atteindre son objectif, le ministre envisage également d’activer le droit de priorisation. Soit la possibilité d'ordonner à une entreprise qui produit des bien civils et militaires, de donner la priorité à la deuxième catégorie. Il ne s'interdit pas non plus de pouvoir imposer des stocks minimaux de matières premières et de composants aux sous-traitants et aux donneurs d’ordres de la défense. «Si parfois les cadences de production sont trop lentes, c’est parce qu’il y a une tentation de faire du flux tendu » a-t-il expliqué.
Le fabricant MBDA en première ligne
Sebastien Lecornu a encore exigé une accélération des calendriers de livraisons. En particulier pour le secteur le plus en tension : les missiles de défense aérienne produits par MBDA. Les 300 missiles Mistral sol-air de courte portée prévus pour être livrés début 2025 devront être livrés à l’été 2024. Les 200 missiles Aster de longue portée devront être livrés au deuxième semestre de cette année et non plus en 2026 comme prévu initialement. Sur ce segment, le ministre déplore un décalage entre la capacité à produire et à livrer et l’utilisation même de ces missiles. La question de prioriser chez les sous-traitants de MBDA la commande militaire sur une commande civile "est quelque chose de complètement regardable".

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Autre secteur en tension : l’artillerie. Le ministère s’attend à recevoir de la part de Nexter 55000 obus de 155 mm pour les canons Caesar à partir de cet été et non plus sur plusieurs années. Safran est également concerné. Le groupe devra livrer 600 bombes air-sol guidées en 2024 et 1200 l’année suivante.
Le ministre a reconnu que l’Etat avait sa part de responsabilité dans la difficulté des industriels à produire plus vite et livrer plus d’armes à l’Ukraine du fait de la baisse des crédits militaires qui ont été significatives dans les années 1990 et 2000 : «La perte de muscle industriel va très vite quand les décisions de réduction des crédits sont prises mais elle prend plus de temps pour monter en puissance ».
20 milliards d'euros de commandes en 2023
Toutefois, la situation a drastiquement changé et désormais les commandes sont au rendez-vous et significatives. La Direction générale de l’armement n’a cessé d’augmenter le montant de ses contrats depuis une douzaine d’année. Il est passé de 9,5 milliards d’euros en moyenne entre 2012 et 2016, à 15 milliards d’euros entre 2017 et 2022 pour atteindre 20 milliards d’euros en 2023.
Le montant des commandes encore en attente de livraison est censé offrir une grande visibilité à la plupart des industriels : Thales (6 milliards d’euros), Airbus Defence and Space (5 milliards), Airbus Helicopters (5 milliards), Dassault Aviation (5 milliards) ; Naval Group (4 milliards d’euros), MBDA (3 milliards d’euros), Safran (2 milliards), Nexter (1,5 milliard), les chantiers navals hors Naval Group (1,5 milliard), Arquus (1 milliard)…
Outre l’urgence à reconstituer les stocks et de livrer l’Ukraine, le ministre a évoqué une raison supplémentaire pour exiger une plus grande réactivité de ses fournisseurs : la concurrence de plus en plus vive à l'export. La perte de certains contrats a semble-t-il été mal vécue au ministère des Armées. «Nous avons raté quelques contrats notamment avec des clients potentiels en Europe de l’Est. (…) Ces contrats n’ont pas pu être remportés par les industriels français car les délais de livraisons affichés étaient par trop dégradés par rapport à ce que la concurrence pouvait proposer. C’est une alerte pour nous tous. Nous avons désormais des clients pressés», a indiqué Sébastien Lecornu. Or selon lui, l’export d’armes est indispensable au modèle de l’industrie de défense française. En vendant à l’export, les programmes d’armes pour les armées françaises sont mieux amortis et font tourner plus longtemps les usines.
Le message envoyé par Sebastien Lecornu aux industriels est des plus clairs : avec la guerre, l'Etat est devenu un client plus exigeant.



