Pourquoi le ministère des Armées regarde de près le dossier Vencorex

Face aux difficultés de Vencorex, un sous-traitant stratégique pour la dissuasion nucléaire française, la Direction générale de l'armement cherche la parade. En lien avec Bercy, sa direction de l’industrie étudie plusieurs scénarios pour éviter toute rupture d'approvisionnement. L'option d'une reprise est sur la table.

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Vol inaugural de la fusée Ariane 6 depuis Kourou en Guyane
ArianeGroup s'appuie sur Vencorex et Arkema pour fournir des ingrédients du carburant alimentant les boosters de la fusée Ariane 6.

Un grain de sel qui fait défaut et toute une filière stratégique peut dérailler. Le ministère des Armées suit de très près le dossier Vencorex, ce sous-traitant basé dans l’Isère en redressement judiciaire depuis septembre 2024 et menacé de fermeture. La raison ? Il s’agit du fournisseur d’un sel qualifié de très pur nécessaire à la fabrication du carburant des missiles de la dissuasion nucléaire (les M51, embarqués à bord des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins) et des boosters de la fusée Ariane 6.

La société iséroise ne livre pas directement ArianeGroup mais son fournisseur Arkema, qui transforme le sel en perchlorate sur son site de Jarrie en Isère. Fragilisé à son tour par les défaillances de son sous-traitant, le chimiste a annoncé le 21 janvier un plan de plus de 150 suppressions de postes sur son site de production. L'activité perchlorate doit perdurer, mais un défaut de Vencorex entrainerait une rupture d'approvisionnement. Problème,le périmètre de la seule offre de reprise pour l'entreprise (portée par la filiale hongroise de son concurrent chinois, Wanhua, qui sera examinée en mars) ne porte que sur une activité "tolonate", qui sert à la fabrication de peintures industrielles.

L’enjeu militaire de la propulsion spatiale est trop important pour que la DGA ne s’intéresse pas au sort des acteurs de cette filière. Y compris Arkema, qui ne réalise 5% de son chiffre d'affaires dans la défense. Sa nouvelle direction de l’industrie se dit en contact permanent avec les équipes de Bercy qui ont en charge le dossier. «On a trois scénarios dont la reprise de Vencorex par une autre entreprise, basée sur un business plan global», a indiqué le patron de la DGA, Emmanuel Chiva à l’Usine Nouvelle.  Le responsable avait évoqué le sort de ce sous-traitant critique stratégique à l'occasion d’une rencontre avec la presse le 30 janvier.

Un plan B du côté de l'Allemagne

Privilégié, ce scénario numéro 1 semble pourtant le plus compliqué à monter : il faut trouver un éventuel repreneur avec un business plan crédible prêt à acquérir une société déficitaire, soumise à une concurrence internationale féroce.

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Le scénario numéro 2 consisterait à bâtir une nouvelle unité de production. Il y a eu récemment un précédent similaire. Avec le soutien financier du ministère des Armées, le fabricant de charges propulsives Eurenco a investi ces dernières années sur son site de Bergerac (Dordogne) pour disposer de ses propres lignes de fabrication de poudre de gros calibre. Toutefois, il faudrait au moins 18 mois pour disposer d’une unité opérationnelle similaire à celle de Vencorex. 

La direction générale de l’Armement planche sur un troisième scénario, le plus réaliste à court terme. Il consiste à faire appel à des fournisseurs alternatifs français ou européens. «Il y en a», rassure-t-on du côté de DGA. Le groupe Arkema serait ainsi en train de qualifier un fournisseur de sel basé en Allemagne. Il y a deux possibilités pour une telle procédure : une version rapide par équivalence, qui prendrait quelques semaines, ou un processus de qualification coûteux et plus complexe qui peut prendre jusqu’à deux ans.

Quelle que soit l'issue de ce processus, la DGA se veut rassurante. «On a du stock, donc il n'y a pas péril»a indiqué le Délégué général à l’armement, sans toutefois préciser la profondeur des stocks disponibles chez ArianeGroup. A plus long terme, des fournisseurs français de sel capables d'assurer l'étape de purification pourraient aussi suppléer Vencorex.

Reste un dernier scénario, celui d’une nationalisation partielle et temporaire de Vencorex, qui ne règlerait pas le problème de son manque de compétitivité. Une solution poussée par les syndicats et les élus locaux, mais qui n'a les faveurs ni de la DGA, ni de Bercy, ni de Matignon (le Premier ministre a d'ailleurs reçu une délégation d'élus locaux le 4 février). Son coût serait exorbitant, de l’ordre de 300 millions d’euros, fait savoir une source ministérielle à L’Usine Nouvelle. Le gouvernement plaide plutôt pour une reconversion du site industriel et un nouveau "pacte territorial" avec les collectivités et les industriels de la plate-forme du Pont-de-Claix.

Hassan Meddah, avec Sylvain Arnulf

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