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Pourquoi l'A220 est un atout tant pour Air France que pour Airbus dans les moyens-courriers

Air France vient de prendre livraison de son premier Airbus A220, sur les 60 commandés. L’appareil devrait favoriser sa remise à flot sur le segment des moyens-courriers. En cette période de crise et de recherche de réduction de coûts, le potentiel commercial de cet avion peu gourmand en carburant est prometteur.

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Air France Airbus A220
Air France voit dans l'Airbus A220 un atout sur le réseau moyen-courrier.

L’ambiance était à la fête mercredi 29 septembre. Air France a dévoilé dans ses locaux de Roissy (Val-d'Oise) son premier Airbus A220-300. Un appareil censé rajeunir sa flotte de moyen-courriers et relancer sa compétitivité sur ce segment. Livré la veille, il provient de Mirabel (Canada), où se trouve le premier site d’assemblage de l’appareil. Au total, la compagnie aérienne a passé commande pour 60 appareils, mais également 30 options et 30 droits d’achats. C’est la plus grande commande d’avions jamais passée par Air France.

Pour la compagnie tricolore, cet avion, capable de transporter 148 passagers, tombe à pic. « Nous avons passé commande avant la crise du transport aérien, durant l’été 2019, rappelle Nicolas Bertrand, le directeur de la gestion de la flotte d'Air France-KLM. C’était le meilleur moment, car Airbus menait la relance commerciale de l’appareil. Son prix était alors très attractif, nous avons réalisé une excellente opération. »

Impossible de connaître le montant du rabais. Mais il pourrait avoir divisé son prix par plus de deux, pour un prix catalogue d’environ 91 millions de dollars (78 millions d’euros). Air France a bénéficié en outre d’aides de la part du gouvernement canadien pour les 12 premiers exemplaires.

Plus moderne des monocouloirs

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Avec cet appareil, le plus moderne des monocouloirs sur le marché, Air France renouvelle, sans trop casser sa tirelire, sa flotte vieillissante de moyen-courriers. Les A220 commandés vont peu à peu remplacer les 18 A318, les 30 A319 ainsi que les A320 les plus vétustes. La moyenne d’âge des moyen-courriers aujourd’hui en service chez Air France est de 16 ans.

Six exemplaires de l’A220 seront livrés jusqu’à fin 2021, puis une quinzaine chaque année jusqu’en 2025. Au menu : des racks à bagages volumineux, le wifi à bord, des prises USB A et C incorporées à chacun des sièges, des hublots panoramiques, des sièges de 18 pouces (47 cm) soit les plus larges du marché, éclairage ambiant assuré par des LED de couleur…

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Air France Airbus A220 Air France Airbus A220

Wifi à bord, prises USB, porte-tablette, LED... L'A220 est le monocouloir le plus moderne du marché. Crédit: Air France

Une baisse du coût d'exploitation de 10%

Si Air France a réalisé une bonne affaire à l’achat, la compagnie aérienne compte aussi sur une réduction du coût d’exploitation de 10%, par rapport à sa flotte actuelle. Des économies bienvenues alors que la compagnie aérienne traverse une passe difficile, entre un plan de départs volontaires et une recherche de réduction de coûts.

Une performance qui s’explique avant tout par une réduction de la consommation de carburant de 20% - par rapport aux A318 et A319 – grâce aux moteurs PW1500G de Pratt & Whitney, qui nécessite en outre de moindres besoins en maintenance. L’appareil va contribuer à ce qu’Air France atteigne son objectif de réduire de 50% ses émissions de CO2 au passager/km d’ici 2030 par rapport à 2005.

Une aubaine aussi pour Airbus

Le premier vol aura lieu le 31 octobre, reliant Paris et Berlin. L’A220 va vite assurer pour Air France de nombreuses liaisons entre Paris et des villes telles que Madrid, Milan, Venise, Lisbonne et Copenhague. L’appareil devrait in fine améliorer la compétitivité de l’offre d’Air France sur ce type de vols. À terme, les Airbus A220-300 – qui offrent une réduction de 34% des émissions sonores – devraient représenter près de 60% de la flotte moyen-courrier d’Air France aux côtés des A320 et des A321.

Si Air France se frotte les mains, Airbus n’est pas en reste. Pour l’heure, l’avionneur a engrangé 636 commandes pour son A220 auprès de 25 clients, à fin août, et livré 173 exemplaires auprès de 11 opérateurs. Cet avion, dont le rayon d’action avoisine les 6 400 kms, assure plus de 425 routes dans le monde et dessert plus de 225 destinations. Un bon score pour un avion qui a longtemps fait du surplace d’un point de vue commercial, mais qui a fini par percer avec l’arrivée à son bord de l’avionneur européen.

Une gamme complète de moyen-courriers

Rappel des faits : après des débuts poussifs marqués par des retards et des surcoûts, le CSeries de Bombardier entre en service en 2016, mais peine à se frayer une place face aux monocouloirs remotorisés lancés par Airbus et Boeing en réaction à ce programme concurrent, soit respectivement l’A320neo et le 737 MAX.

La guerre des prix entre avionneurs aura sans aucun doute contribué à saper le décollage du CSeries. Après un premier rendez-vous raté en 2015 avec Airbus, l’avionneur européen s’empare finalement du programme en 2017, le renommant ensuite A220.

Air France Airbus A220Air France
Air France Airbus A220 Air France Airbus A220

L'A220-300 peut transporter 148 passagers, en configuration 3-2. Crédit : Air France

En s’emparant de cet avion, Airbus a saisi l’opportunité de compléter à moindre frais sa gamme de courts et moyen-courriers. Quand d’un côté l’A220-100 peut transporter entre 100 et 120 passagers, l’A321XLR – le monocouloir de plus grande capacité d’Airbus – peut à l’autre extrémité embarquer 244 passagers. Boeing, empêtré avec la crise du 737 MAX et ne parvenant pas à accorder ses violons avec le brésilien Embraer, spécialise des avions régionaux avec lequel il s’était rapproché pour contrecarrer le CSeries, n’est pas en mesure aujourd’hui de proposer une offre équivalente.

Deux sites de production

Pour favoriser le décollage de l’A220, Airbus mise sur deux sites industriels : celui historique de Mirabel, au Canada, et celui de Mobile (Alabama, Etats-Unis) où sont aussi assemblés des A320. « Pour l’heure, nous assemblons 4 A220 par mois sur le site canadien de Mirabel, et 1 A220 par mois au niveau du site américain de Mobile, soit 5 appareils par mois », précise Christian Scherer, le directeur commercial du groupe, en aparté de l'événement organisé par Air France.

Mais le groupe compte rapidement aller plus loin. L’objectif, confirmé par le dirigeant, est de parvenir à une cadence de 14 appareils par mois vers 2025, via les deux sites de production.

Econome en carburant

La crise que traverse le transport aérien, générant une focalisation vers de plus petits vols et entraînant une recherche accrue d’économies, pourrait même être favorable à cet A220, économe en carburant, plus simple à remplir qu’un A320 ou qu’un Boeing 737, et plus moderne que les autres monocouloirs.

Une version allongée permettant de disposer entre 25 et 30 sièges supplémentaires, l’A220-500, est également étudiée chez Airbus, comme le confirme Christian Scherer. Alors qu’Air France prévoit de renouveler d’ici deux ans sa cinquantaine d’A320, cet appareil, s’il était disponible, pourrait être sélectionné. Et séduire d’autres compagnies aériennes.

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