Pourquoi Airbus s’implique dans le projet d'avion bombardier d'eau de la start up Hynaero

Airbus a décidé d’accompagner le projet d’avion bombardier d’eau porté par la start-up girondine Hynaero. Alors que des intentions d'achat pour 27 appareils ont été émises, l'avionneur européen pourrait concevoir et fabriquer des pièces du Frégate F-100... Si les investisseurs continuent de suivre le projet.

Réservé aux abonnés
Hynaero Frégate-F100
Le Frégate-F100 d'Hynaero voit arriver un allié de poids : Airbus. L'avionneur européen vient prêter main forte à la start-up girondine.

Le futur bombardier d’eau Frégate-F100 voit arriver à son bord un passager de choix : Airbus. L’avionneur européen a décidé de soutenir le projet porté depuis deux ans par la start-up girondine Hynaero. Un rapprochement officialisé fin février. «C'est une preuve du sérieux de notre programme, se réjouit auprès de L’Usine Nouvelle David Pincet, président et cofondateur de la jeune pousse, et ex-directeur du groupement des avions de la sécurité civile basés à Nîmes. Ce partenariat avec Airbus pourrait constituer la colonne vertébrale du Fregate-F100.» De quoi aussi conforter l’ambition de faire certifier l’appareil vers 2031 et démarrer les premières livraisons dans la foulée.

Ce rapprochement pourrait permettre de combler un manque patent dans l’industrie aéronautique. La production des mythiques Canadair jaune et rouge a été définitivement arrêtée en 2015, conduisant au vieillissement inéluctable de ces flottes d’appareils – sans équivalent – capables de mener des attaques massives contre les grands incendies. En France, la moyenne d’âge de la douzaine de ces Canadair CL-415 dépasse 25 ans, conduisant à une baisse de leur disponibilité et de leur efficacité. Une faiblesse qui avait éclaté au grand jour en 2022, année marquée par l’intensité des nombreux feux de forêts. Et rien ne dit que l’avionneur De Havilland Canada soit en mesure d’honorer en temps et en heure les livraisons attendues du successeur du CL-415, le DHC-515.

Airbus veut créer un écosystème de lutte contre les incendies

Pour Airbus, l’initiative d’Hynaero visant à reprendre la main sur un segment industriel laissé en déshérence constitue une aubaine. «Après avoir passé en revue plusieurs projets, celui d’Hynaero nous a semblé particulièrement prometteur, confie Olivier Chalvet, chargé des missions feux de forêts chez Airbus Defence and Space. L’objectif est à la fois de les aider à obtenir des financements, via notre réseau de clients gouvernementaux et privés, et de faire gagner en maturité technique ce projet.» Pour l’heure, Hynaero a levé 1,1 million d’euros, dont 1 million a été consommé pour la phase de faisabilité du projet, qui s’achèvera dans quelques semaines. La start-up, hébergée dans les bureaux de l’incubateur Bordeaux Technowest, à Mérignac (Nouvelle-Aquitaine), a récemment lancé une deuxième levée de fonds de 15 millions d’euros, cette fois pour définir le design complet de l’avion. Mais pour l'ensemble du projet, il faudra bien davantage.

De son côté, Airbus cherche à développer tout un écosystème dédié à la lutte contre les feux de forêts, comprenant des avions, mais aussi des hélicoptères, des drones, des satellites et des systèmes de communication. Mais l’avionneur, comme les autres grands donneurs d’ordre, ne souhaite pas se lancer dans un coûteux programme de bombardier d’eau. Si ce type d’appareil revêt une importance cruciale, le marché mondial est estimé à quelque 250 engins pour les vingt prochaines années. Trop peu pour un grand groupe. L’avionneur tente d’adapter son appareil militaire A400M à la lutte contre les incendies, mais d’aucuns estiment que cet avion semble peu adapté pour ce type de mission.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Un partenariat dont les contours restent à définir

Pour le Frégate-F100 d’Hynaero, qui devrait pouvoir écoper 10 tonnes d’eau contre 6 tonnes pour le Canadair, l’arrivée d’Airbus pourrait avoir un effet de catalyseur. D’autant que les dirigeants de la start-up sont conscients de leurs limites. «La robustesse de notre projet et notre crédibilité se construisent sur les partenariats industriels que nous mettons en place avec les entreprises reconnues de l'aérospatial, affirme David Pincet. En clair, nous souhaitons garder la main sur la conception générale de l’avion et sur son assemblage en bout de chaîne, et confier à nos partenaires, dont Airbus, la réalisation des systèmes et sous-ensembles.»

Chez Airbus, on confirme que le rôle de l’avionneur reste à définir. «À ce stade, tout est encore ouvert, estime Olivier Chalvet. Airbus pourrait potentiellement concevoir et fabriquer certaines pièces, mais tout va dépendre de l’aptitude de ce projet à séduire des investisseurs.» Plus largement l’accompagnement de l’avionneur européen pourrait concerner des aspects aussi variés que la conception de l’appareil, la conception et la fabrication de sous-ensembles d’aérostructures, la définition des process industriel d’assemblage pour la future usine d’Hynaero, le développement des commandes de vol, le système de maintenance, ainsi que l’accompagnement commercial, marketing et financier.

Des livraisons prévues dès 2031

Tout à sa volonté de nouer des partenariats industriels pour donner corps à son projet, le patron d’Hynaero assure mener des discussions également avec Safran, Thales, Latécoère et un autre motoriste dont il préfère ne pas fournir l’identité. La start-up a par ailleurs noué des liens avec Altitude Aerospace (bureau d'études spécialisé dans la conception aéronautique), R&R Consulting (parcours de certification), Zelin (spécialisée dans la simulation des écoulements hydrodynamiques), mais aussi les sous-traitants aéronautiques Aresia et BT2i, ainsi que le centre français de recherche aérospatiale (Onera). Fin 2023, un protocole d’accord a été signé avec le gestionnaire de l’aéroport de Bordeaux Mérignac : Hynaero pourra disposer de 40000 m² de foncier, dont 25000 serviront à la future chaîne d’assemblage, qui pourrait représenter entre 450 et 500 emplois directs.

Pour Hynaero, l’enjeu désormais est donc de séduire les investisseurs, mais aussi les futurs clients pour son Frégate-F100. «Nous avons engrangé trois lettres d’intention d’achat à ce jour représentant jusqu'à 27 appareils, détaille David Pincet. Il s’agit de la sécurité civile française, d’un opérateur privé australien et d’un acteur privé en Méditerranée.» La start-up espère produire deux prototypes en 2029, lesquels permettront d’assurer les premiers essais et de décrocher une certification, entre 2029 et 2031. À terme, l’entreprise espère pouvoir livrer une dizaine d’appareils par an, une fois que la production sera rodée. «Les prochains mois seront déterminants et nous espérons qu’Hynaero arrivera à concrétiser ce projet en programme», considère Olivier Chalvet. Force est de constater que ce projet a au moins su mettre l'eau à la bouche du premier avionneur mondial.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.