Pourquoi Airbus est confronté à des problèmes de peinture sur certains A350

Certaines compagnies aériennes, dont Qatar Airways, font état de peinture craquelée sur certains de leurs Airbus A350. Des défauts qui tiennent à la difficulté à faire adhérer la peinture sur les matériaux composites, plus que sur l’aluminium.

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Airbus est confronté à la dégradation accélérée de la peinture de certains de ses A350.

Sur les clichés, la peinture est craquelée, bosselée, laissant même apparaître le matériau du fuselage qu’elle est censée recouvrir. Des photographies publiées lundi 29 novembre par Reuters révèlent des problèmes de peinture concernant certains A350. Selon l’agence de presse, Qatar Airways aurait cloué au sol 20 appareils sur 53 pour examiner ces défauts, et au moins cinq autres compagnies aériennes seraient confrontées aux mêmes difficultés. Des problèmes d’autant plus étonnants qu’ils concernant le dernier-né d’Airbus, mis en service en 2015.

« Il n’y a aucun impact sur la structure et sur la sécurité de l’appareil », assure un porte-parole du groupe. De fait, le problème est connu depuis plusieurs mois, mais l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) n’a émis aucune alerte. En concertation avec l’agence, l’avionneur a mis au point des solutions de réparation qu’il voudrait mettre en œuvre. Mais, toujours selon Reuters, l’enjeu tournerait autour du montant des compensations, en particulier avec Qatar Airways, client de lancement de l’A350. Lesdites compensations s’élèveraient à plusieurs centaines de millions d’euros.

Les matériaux composites au cœur du problème

Comment expliquer de tels problèmes affectant le programme le plus récent d’Airbus ? C’est justement sa modernité qui en est la cause. L’Airbus A350, comme le Boeing 787, a marqué une rupture nette dans l’industrie aéronautique par son recours massif aux matériaux composites, en lieu et place des métaux, pour réduire le poids de l’appareil : il en est constitué à 53%. « Or, l’adhérence de la peinture sur les matériaux composites est un sujet bien plus complexe qu’avec l’aluminium », relève une source impliquée dans ce programme et sollicitée par L’Usine Nouvelle.

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Dans le détail, le coefficient de dilatation des fibres de carbone étant peu élevé, les pièces en matériaux composites réagissent très peu aux écarts de température. Or, dans les avions de précédentes générations, le comportement de l’aluminium et de la peinture étaient similaires. « Autrement dit, en présence de matériaux composites, la peinture est davantage sollicitée, elle fatigue plus vite », précise le même expert. Une difficulté rencontrée dès le lancement du programme, et qui avait aussi concerné les rivets.

Constitués en titane, car ayant le même coefficient de dilation que le carbone, les rivets retenaient mal la peinture, ce qui avait conduit à devoir appliquer des produits spéciaux. Lesquels participeraient aussi à la détérioration accélérée de la peinture. Qui plus est, l’A350 est entièrement recouvert d’un treillis de minces fils de cuivre – une cage de Faraday – servant à absorber l’énergie de la foudre, les matériaux composites ne possédant pas les caractéristiques conductrices des métaux. Or, le coefficient de dilatation du cuivre est proche de celui de l’aluminium. Résultat : la peinture subit de très complexes interactions avec le reste des matériaux du fuselage et de la voilure des A350.

Un problème complexe

L’adhérence de la peinture est d’autant plus mise à l’épreuve chez Qatar Airways que les avions subissent des conditions d’exploitation extrême. « Ces appareils subissent des cycles thermiques sévères, un ensoleillement très fort puis des températures très froides en altitude », poursuit l’expert. Résultat de cette usure précoce : le craquellement de la peinture laisse par endroits, apparaître le treillis de fils de cuivre protégeant l’appareil du foudroiement. Une sous-couche qui serait elle-même détériorée au niveau de certains avions et laisserait les matériaux composites exposés directement à l’air libre.

Si la sécurité des appareils n’est pas en jeu, ce problème de peinture pourrait malgré tout constituer pour Airbus une source d’inquiétude dans la mesure où elle ne concernerait pas seulement Qatar Airways. « S’il est apparu en premier chez Qatar Airways, il pourrait dans les prochaines années surgir en différé au sein d’autres compagnies aériennes, estime l’expert. C’est une alerte que l’avionneur doit anticiper. » Finnair, Cathay Pacific, Etihad, Lufthansa et Air France seraient aussi confrontées au problème, selon Reuters. « Le problème n’est pas grave, mais il est complexe », résume l’expert. L'avionneur va devoir s'atteler à sa résolution sans y perdre trop de plumes.

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