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Airbus réalise avec deux A350 le premier vol long-courrier calqué sur les oiseaux migrateurs

Deux Airbus A350 ont effectué un vol transatlantique l’un derrière l’autre, réduisant significativement la consommation de carburant de l’appareil suiveur. Outre les carburants alternatifs, l’optimisation de trajectoires constitue un levier de choix dans la décarbonation du secteur.

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Airbus fello'fly
Faire voler les avions à la queue-leu-leu, comme les oiseaux migrateurs... Airbus l'a fait: plus de 5% de réduction de consommation de carburant à la clé. (copyright Airbus, S. Ramadier)

Le vol en V des oiseaux migrateurs sied à merveille aux avions. Airbus en a fait la démonstration mardi 9 novembre en assurant le vol de deux A350 d’essais se suivant à trois kilomètres de distance, reliant Toulouse (France) et Montréal (Canada). C’est le premier vol long-courrier effectué dans le cadre de son projet fello’fly, cantonné jusque-là à des essais menés en Occitanie. Et le résultat a répondu aux attentes, avec une réduction de 6 tonnes de CO2 pour l’appareil suiveur.

Cette démonstration à grande échelle donne du poids à cette solution basée sur le biomimétisme. Explication : l’avion suiveur récupère l’énergie perdue par l’appareil en tête en volant dans le courant d’air ascendant créé par son sillage, tout en évitant les zones de turbulences. Airbus a dû développer des systèmes de contrôle de vol ad hoc pour garantir la sécurité de l’opération. Le vol transatlantique des deux A350 confirme in fine un potentiel d'économie de carburant de plus de 5 % sur les vols long-courriers grâce à cette technique de vol, souligne l’avionneur.

Des tests menés dès 2016

Ce vol conforte Airbus dans cette voie. L’avionneur européen a mené des premiers tests en ce sens dès 2016, avec un A350 placé derrière un A380. Le projet plus abouti qu’est fello’fly n’a quant à lui été lancé que fin 2019, lors du salon aéronautique de Dubaï. L’année suivante, deux compagnies aériennes ont fait connaître leur intérêt vis-à-vis de ce moyen original de décarboner leurs avions : la française Frenchbee et la suédoise SAS Airlines. Certains de leurs pilotes ont d’ailleurs assisté au vol en tant qu’observateurs.

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«Nous avons reçu un fort soutien pour ce projet de la part de nos partenaires des compagnies aériennes et du trafic aérien, ainsi que des régulateurs, a commenté Sabine Klauke, directrice technique d'Airbus, pointant du doigt la nécessaire participation des fournisseurs de services de navigation dans cette initiative. La possibilité de déployer ce système pour les avions de transport de passagers vers le milieu de cette décennie est très prometteuse. Imaginez le potentiel si fello'fly était déployé dans toute l'industrie !»

Airbus fello'flyAIRBUS
Airbus fello'fly Airbus fello'fly (RAMADIER Sylvain)

Durant les essais, c'est la distance de 3 kilomètres qui a été retenue pour assurer ces vols optimisés (copyright Airbus, S. Ramadier)

Un miroir aux alouettes ? Pour insolite qu’elle paraisse, cette solution reflète bien l’importance de l’optimisation de trajectoires dans la décarbonation du transport aérien pour les avionneurs. Si les carburants alternatifs, tels que l’hydrogène et les carburants aériens durables, attirent davantage la lumière, cette voie a le mérite d’être peu onéreuse et de s’appliquer aux avions existants. Elle pourrait, en appliquant différentes solutions, permettre de réduire jusqu’à 10% la consommation de carburant des avions.

Une solution qui doit encore être certifiée

En septembre dernier, Airbus avait aussi dévoilé Albatross, un projet mené notamment avec Air France prévoyant un millier de vols optimisés à travers l’Europe entre 2021 et 2022. Montée continue plutôt que par paliers, procédure d’approche plus précise, usage d’un unique moteur au moment du roulage… Autre piste : le vol 4D, prenant en compte toutes les informations pouvant impacter la trajectoire (météo, trafic…) en temps réel.

Reste à mettre en œuvre ces solutions à grande échelle. «L'étape suivante consiste à obtenir le soutien des autorités pour que ce nouveau concept opérationnel puisse être certifié et, à terme, permettre aux compagnies aériennes de réduire leur consommation de carburant et leurs émissions de CO2», a d’ailleurs souligné le groupe dans son communiqué au sujet de fello’fly. L’optimisation de trajectoires des avions nécessitera l’implication active des acteurs du trafic aérien pour ne pas se voir couper les ailes.

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