«La situation est très instable», «les hypothèses changent chaque semaine, voire chaque jour». Lors de la présentation des résultats trimestriels de Safran, fin avril, son directeur général, Olivier Andriès, n’a pas caché la difficulté à quantifier l’impact de l’augmentation des droits de douane imposés de manière confuse par la nouvelle administration américaine. Et les autres acteurs de l’aéronautique, touchés de plein fouet en raison du complexe schéma industriel du secteur, ne se sont guère frottés ces dernières semaines à fournir de quelconques estimations.
Mais un cabinet français spécialisé dans l’aéronautique s’est attelé à ce travail, tout du moins concernant les coûts de production supplémentaire des deux grands avionneurs, Airbus et Boeing : Archery Strategy Consulting. Résultat des travaux effectués par les experts de ce cabinet et transmis à L’Usine Nouvelle ? Les conséquences des droits de douane sur les coûts de production pourraient représenter 400 millions d’euros pour Airbus. Pour Boeing, c'est pire avec environ 1,2 milliard d’euros, au vu des derniers éléments connus et en prenant une hypothèse de droit de douane réciproques à 10% entre la Chine et les États-Unis.
Surcoûts et retards de livraisons en perspective
«Pour parvenir à ces estimations, nous avons pris en compte le nombre d’appareils assemblés aux États-Unis et leurs prix de ventes moyens, ainsi que l’origine géographique des pièces pour chaque grand programme assemblé aux États-Unis», détaille Rémy Bonnery, expert aéronautique au sein du cabinet Archery Strategy Consulting. Avant que le président américain Donald Trump n’annonce un abaissement prochain du montant des droits de douane pour la Chine, le cabinet de conseil avait évalué le surcoût pour Boeing à environ 2 milliards d’euros.
«Mais quoi qu’il en soit, Boeing sera bien plus impacté par les droits de douane qu’Airbus», résume Rémy Bonnery, précisant qu'Airbus n'assemble sur le sol américain que l'A220 et l'A320. Pas un appareil de Boeing n’échappe à la nécessité d’importer des pièces : notamment entre 35 et 45% pour le 737 et entre 55 et 65% pour le 787. Le monocouloir représenterait d’ailleurs à lui-seul un surcoût compris entre 500 et 700 millions d’euros, 265 exemplaires ayant été livré en 2024. Si les Airbus A320 assemblés aux États-Unis comprennent entre 80 et 90% de pièces importées, le faible volume de production qu'ils représentent (64 appareils l’an dernier sur un total de 602 A320 assemblés par l'avionneur) en minore l’impact, soit tout de même entre 300 et 360 millions d’euros.
Ces estimations sont forcément imprécises à cause des décisions erratiques de l’administration Trump. Mais les droits de douane promettent de toute façon de sérieux ajustements. Il y a des flux logistiques optimisés, comme l’a fait savoir le patron de Safran, des réductions au plus juste des stocks de pièces au niveau des usines et, côté avionneurs, une replanification des livraisons d’appareils assemblés en Europe et aux Etats-Unis. In fine, entre retards de livraisons et surcoûts, ce sont sans doute les compagnies aériennes qui pâtiront le plus de cette guerre commerciale.



